C’est dans les studios de RTL que Philippe Bilger a accepté de répondre à mes questions. Le ton est donné :  on parlera de l’islamophobie. Aujourd’hui, il se présente comme un citoyen curieux de ce qui se passe dans la société. Toutefois, il prend conscience que tout le monde à un moment donné peut tomber maladroitement, consciemment ou inconsciemment dans une forme de racisme.

D’un point de vue de la loi que signifie l’islamophobie ?

Cela signifie qu’est sanctionnable toute provocation qui consiste à susciter la haine et la violence contre l’islam. Cela consiste à diffamer et à insulter des personnes à cause de leur religion.

Est-ce que l’islamophobie naît de la peur ?

Très certainement ! Il y a une peur, une angoisse. On a l’impression que le monde traditionnel, la France va être bouleversé, métamorphosé. Il y a quelque chose qui vient nous déranger dans notre monde, dans notre espace intellectuel, religieux et civique.

Y a t-il des textes de loi qui vise expressément l’islamophobie comme il peut en exister pour l’antisémitisme ?

Dans les textes on ne vise pas l’islam mais on parle de la religion. On comprend bien dans la loi de 1881 que c’est la provocation à la discrimination, à la haine à cause de la religion (article 24 alinéa 5)  et la diffamation raciale à raison de la religion (article 32 alinéa 2) et l’injure raciale à raison de la religion (article 33 alinéa 3). Ces textes prévoient une peine d’emprisonnement et/ou une amende. Sans doute considère-t-on à tort ou à raison que l’antisémitisme est une forme d’hostilité particulière. Peut-être à  cause de l’holocauste. C’est clair que ce serait peut-être plus lisible pour le citoyen de savoir qu’il y a un racisme d’ordre général dans lequel sont insérées toutes les religions.

A  t-on le droit de railler, de critiquer ou de condamner une religion ?

Je pars du principe que les idées méritent d’être combattues et contredites. Une croyance c’est plus difficile parce que ça appartient au tréfonds de l’être. Et c’est très dur quand je vois le Pape se faire trainer dans la boue par Laurent Gerra sous le regard complaisant et obscène de la bande de Vivement dimanche, ça me dégoute ! Mais je n’aurais jamais l’idée de faire des manifestations pour ça. Donc je crois qu’on a le droit de tout critiquer dans la limite des lois  et qu’ensuite on a le droit d’engager toutes les actions qu’on veut à l’encontre de ceux qu’on estime qu’ils commettent des infractions contre notre religion.

Pourquoi Charlie Hebdo s’acharne au nom de la liberté d’expression à caricaturer le Prophète Mohamed alors que ces caricatures  font du tort à la communauté musulmane ? Charlie Hebdo dépasse-t-il les limites de la liberté d’expression ?

Charlie Hebdo ou d’autres considèrent qu’ils ont le droit de faire ce qu’ils ont fait parce qu’en face d’eux il y a une opposition qui n’est pas légitime ni démocratique. C’est une opposition qui se traduit de manière intégriste et violente. Encore une fois, je pense que c’est une imprudence au moment où ils l’ont fait mais que pour la démocratie c’est nécessaire.

Pourtant cette liberté d’expression blesse des personnes. Pourquoi continuer à la défendre ?

Bien sûr qu’on blesse des gens, qu’on offense non pas des victimes mais des croyants. Mais vous ne pouvez pas fonder des restrictions à la liberté d’expression uniquement parce que la pensée libre crée forcément des blessés.

Que pensez-vous-de l’interview de Diam’s dans  l’émission Sept à Huit ?

J’étais énervé qu’on l’accueille voilée. Tout d’abord, je ne suis pas persuadé d’aimer cette invitation purement promotionnelle dans ces conditions et qui est en réalité une promotion purement cultuelle avec un voile de la part d’une personne qui a certainement une grande aura dans une communauté. Je ne suis pas persuadé que cela donne un bon exemple. Par ailleurs, je trouverais grotesque aussi le fait qu’une personne vienne faire une promotion du christianisme. Là, en l’occurrence j’ai eu l’impression d’une action politique qui a été favorisée par les journalistes.

Pourquoi est-on plus agacé par l’islam que par le judaïsme ou le christianisme ?

Avec le judaïsme, objectivement, on le voit, généralement il n’y a pas de problème particulier. Les chrétiens, les catholiques en dehors des troubles durant certains spectacles il n’y a pas non plus de problèmes particuliers. On peut distinguer les farfelus, les délirants, les intégristes des autres. Pour l’islam mon grand problème c’est qu’à chaque fois qu’on dénonce un intégrisme islamique on vous répond que vous n’y connaissez rien ou qu’il y a une masse de musulmans modérés. Seulement ceux-là on ne les voit pas.

Pourtant cette partie d’intégriste est infime ?

Elle est infime mais elle a du pouvoir. Mais ce qui me frappe c’est que même peu nombreuse, elle ose tout. Peut-être parce qu’elle s’appuie sur une foi qui peut me paraitre discutable dans son expression ou peut être que l’islam fait peur à l’heure actuelle parce qu’elle est peut-être la seule religion qui se vit comme une victoire à conquérir.

Propos recueillis par Mimissa Barberis

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