La crise sanitaire n’aura définitivement pas mis fin au débat sur les violences policières. La vidéo de l’homme blessé à Villeneuve-la-Garenne a agité les réseaux sociaux et provoqué la colère des jeunes des quartiers de la ville, fin avril. Le 22 mai, c’était les proches du jeune Sabri Chouhbi qui défilaient pour réclamer « la lumière » sur les circonstances de sa mort. La prise de parole de Camélia Jordana résonne avec l’actualité quand elle parle « des hommes et des femmes qui se font massacrer quotidiennement en France, tous les jours, pour nulle autre raison que leur couleur de peau ».

La chanteuse pointe le fait que ceux qui sont victimes des violences policières sont majoritairement « noirs ou arabes ou simplement ‘pas blancs’ » et que « généralement, ce sont les hommes qui se font tuer ». Pourtant dans les médias, ce sont principalement des femmes qui s’expriment. Elles s’appellent Assa Traore, Amal Bentounsi ou encore Sabine (nom d’emprunt de la fille aînée de Liu Shaoyo pour garantir la sérénité de l’enquête). Comme Camélia Jordana, elles n’hésitent pas à dénoncer les violences.

Quand on pense aux violences policières, on pense d’abord aux hommes qui en sont principalement victimes mais on ne pense pas à leurs mères, à leurs soeurs, à leurs filles, victimes collatérales qui doivent vivre avec la mort d’un proche, jugée injuste. Pour honorer la mémoire d’Adama, d’Amine, de Liu, elles multiplient les conférences, les interviews et s’engagent.

Si elles sont dans la lumière, elles œuvrent aussi dans l’ombre, mènent de longues batailles judiciaires et soutiennent leur proches en prison. Ces femmes sont donc le premier soutien des hommes victimes de la police. Mais il ne faut pas oublier qu’elles peuvent aussi subir directement ces violences.

Elles sont légitimes pour parler de la brutalité de la police. Elles aussi ont grandi au milieu des barres d’immeubles, elles aussi ont dû affronter des discriminations liées à leur couleur de peau et elles aussi perçoivent la police comme une menace ancrée dans leur quotidien. Camélia Jordana parle de son ressenti et de son expérience : « Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic, et j’en fais partie. Aujourd’hui j’ai les cheveux défrisés. Quand j’ai les cheveux frisés je ne me sens pas en sécurité face à un flic en France. »

En tant que femme non blanche, elle exprime le sentiment d’insécurité qu’elle éprouve à l’égard de la police, un sentiment partagé par un certain nombre d’internautes, comme le montre le hashtag #MoiAussiJaiPeurDevantLaPolice.

Les femmes sont à l’avant-garde de la lutte contre les violences de la police. Leur vécu, leurs expériences, leurs craintes méritent d’être entendues. Malheureusement pour une partie de l’opinion publique, Camélia Jordana devrait uniquement chanter et ne pas faire entendre sa voix pour parler de l’inquiétude grandissante des minorités face aux violences policières.

Jade LE DELEY

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