Pour lutter contre les contrôles aux faciès dont sont victimes certains jeunes hommes, surtout d’origine africaine, le gouvernement Ayrault a promis de préparer un texte de loi qui obligerait chaque policier à délivrer un récépissé à une personne contrôlée. En montrant ce reçu, son détenteur pourrait ainsi éviter plusieurs contrôles abusifs dans la même journée. Une mesure controversée pour certains, mais qui soulève pas mal de questions. Je me suis donc rendu à Châtelet, où j’ai croisé beaucoup de policiers, afin d’avoir leur avis, vu qu’ils sont directement concernés par cette future action du gouvernement.

Après plusieurs refus, un jeune policier décide de me répondre. Je l’appellerais Kevin. Il souhaite qu’on s’éloigne un peu de ses collègues, « c’est pour être au calme » me dit-il. Il n’hésite pas à répondre à mes questions, même si un « je n’ai pas le droit de communiquer là-dessus », se hissait de temps en temps dans ses réponses. Mais il était globalement très à l’aise et serein. Sur les contrôles aux faciès : « tu vois là nous sommes à Châtelet et comme tu peux le constater, il y a beaucoup de personnes d’origine maghrébine et africaine. Elles ont donc plus de chances de se faire contrôler qu’une personne d’origine européenne par exemple, tu es d’accord ? Idem pour le secteur de la Gare du Nord ou ailleurs en Seine-Saint-Denis ou du Val d’Oise. Ensuite, il faut savoir qu’un contrôle est souvent dû à un comportement suspect ou à un signalement. Si on nous fait le signalement d’un homme aux cheveux blonds et bouclés, c’est clair que tous ceux qui correspondent à ce signalement auront plus de chance de se faire contrôler qu’un homme chauve. C’est comme ça que les contrôles fonctionnent en général ». Et quand je lui demande s’il peut y avoir de la discrimination déguisée, il me rétorque : « Regarde moi (il est Noir), tu crois vraiment que j’ai que ça à faire ? Il doit y avoir des collègues racistes c’est  sûr, mais c’est une minorité ». Il est à noter que nous retrouvons de plus en plus de policiers d’origine extra-européenne, surtout dans les zones urbaines, comme Paris. Concernant le principe du récépissé, notre jeune policier ne voit pas ça d’un bon œil comme je m’y attendais. D’après lui, «  cela créera un gros malaise au sein de la police et un travail en plus, puisqu’il faudrait remplir le récépissé ».

Même constat pour Ludovic, un autre policier que j’ai appréhendé : « Nous sommes déjà en sous effectif dans certaines brigades, surchargés au niveau du travail, sachant qu’il est de plus en plus dangereux. Remplir des récépissés n’améliorera pas nos conditions de travail ». Comme Kevin, il m’affirme que les contrôles d’identité sont souvent dû à un « comportement ou signalement » et rajoute que « ceux qui parlent de discrimination ne connaissent en rien la réalité du terrain ». Il déplore aussi le comportement de certains de ses collègues qui « n’arrangent rien ». En lui racontant une anecdote, où j’ai été témoin d’un contrôle d’identité abusif (un ami s’était fait contrôler deux fois en une soirée par la même patrouille, alors qu’il partait et revenait juste du sport), je lui ai demandé si effectivement un récépissé aurait pu « protéger » mon ami : « Des histoires comme celle-là, j’en entends souvent. Je ne dis pas que c’est faux, mais c’est clair que ça pose problème. Mais ce que tu me racontes reste quand même assez marginal dans le fond. Tous les policiers ne harcèlent pas les gens, et en général, les contrôles se passent bien, et le récépissé au contraire, jettera la suspicion sur toute la profession ».

Est-ce que le fait de délivrer un récépissé à chaque contrôle d’identité mettra fin aux contrôles aux faciès ? J’en doute fort. Est-ce que cela apaisera la relation entre la police et une partie de la population française ? Je ne le sais pas. Est-ce que cela aura un impact sur la baisse de la délinquance ? Je ne le pense pas. Et est-ce que j’y suis favorable ? Je ne le sais pas, car je doute de son efficacité. Pourtant j’ai déjà vu des contrôles abusifs, où aucune réponse n’est apportée pour y mettre fin.

Quoiqu’il arrive une vraie question est posée, mais pour trouver une vraie réponse, c’est autre chose. Tout ce que je sais, c’est que cette future mesure du gouvernement socialiste suscitera une vive et brûlante polémique lors de son arrivée. Il est donc judicieux de prendre en compte l’avis des deux partis, les « contrôleurs » et les « contrôlés ».

Prosith Kong

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