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C’était le soir de la fête nationale, mais entre le 13 et le 14 juillet, c’était surtout une fête familiale pour lui. Samba* venait d’obtenir son BEP électronique. Ses deux frères avaient des choses à célébrer aussi : Modibo*, 14 ans, a eu son brevet et Mara*, 20 ans, son bac. On vous laisse imaginer la fierté des parents. Le père prévoit une grande fête pour le samedi suivant. « Tous mes enfants candidats aux examens ont réussi, s’enorgueille-t-il. En tant que chef de famille, je me devais de créer de la joie pour que ce soit une motivation pour l’avenir. »

En attendant ce jour, le paternel permet à Samba de sortir dîner avec trois copains pour célébrer sa réussite. Direction le « Cantine Corner », un restaurant de Clichy façon fast casual. L’adolescent n’a qu’une consigne : « A minuit et demi, tu dois être à la maison ».

Mais cette soirée remplie de joie va prendre une toute autre tournure. Samba est à l’heure, pourtant. Vers minuit 10, il appelle sa maman en visio pour la rassurer et lui dire qu’il arrive. Avec un ami, il fait juste un petit détour pour récupérer un jeu vidéo. C’est là, dans le 18e arrondissement, qu’il croise des policiers sur son chemin.

Ils savaient très bien qu’ils tiraient sur un enfant

Il fait sombre et la voie n’est pas éclairée. « Je suis passé par la rue Léon à l’angle de la rue Myrha, raconte le jeune homme. Il y avait un rassemblement de jeunes. Moi, j’avançais et j’ai tourné sur le trottoir pour me différencier parce qu’ils étaient sur la route. Il y avait des voitures, j’ai avancé et j’ai vu un policier qui m’a mis un flash (sur la tête, ndlr), je me suis retourné, j’ai avancé et j’ai reçu le tir dans la tête. »

Ebloui par la lumière du flash au visage, Samba* n’a pas pu éviter le tir de LBD (lanceurs de balles de défense) : « Je ne savais pas ce que c’était ». L’adolescent s’écroule. Son pote le relève et l’accompagne, tant bien que mal. « Il n’y avait personne dehors, aucune lumière, rien, même pas un lampadaire ». Les policiers, eux aussi, sont partis : « Je pense qu’ils m’ont vu tomber », soupire Samba. Un restaurateur finit par lui porter secours.

La scène dure quelques instants mais elle risque de traumatiser pour longtemps le jeune homme et sa famille. Son père, avocat, est encore indigné : « Quand le coup est parti, mon fils baignait dans le sang ! Le flash sert à identifier la cible, ils savaient très bien qu’ils tiraient sur la face d’un enfant. Tout ça est fait exprès… Et j’ai la tentation de croire que c’est du racisme. Aucun policier n’aurait accepté que son enfant subisse la même chose. »

L’IGPN saisie, une plainte au pénal en cours

Le papa ne comprend pas comment son fils a pu être visé en plein visage. « Les LBD40 doivent être utilisés vers le bas, pour ne pas atteindre des organes vitaux, explique-t-il. Mon garçon fait 1m83, il était à 10 ou 15 mètres du policier. C’est presque un tir à bout portant ! Lorsqu’ils ont atteint la cible, ils ne sont jamais venus pour voir s’il y avait besoin d’assistance. C’est de la non-assistance à personne en danger. C’est gens-là sont des criminels ». Et d’ajouter : « C’est comme si la police avait tiré sur un animal sauvage qui n’était pas protégé. Ça, c’est inoubliable. »

Depuis, Samba a été opéré, hospitalisé six jours à l’hôpital Cochin. Sa mâchoire a été fracturée et il a perdu l’usage de son oeil.

L’avocat compte bien faire valoir les droits de son fils. « Nous avons décidé d’utiliser toutes les voies légales, explique-t-il au BB. Je me suis fait entendre par l’IGPN et je déposerai plainte officiellement ces jours-ci, lorsque j’aurai tous les documents médicaux légaux. Je la rédigerai auprès de l’IGPN, au pénal aussi et on n’hésitera pas à utiliser la procédure civile. »

Le temps de constituer son dossier et de réunir les pièces nécessaires, la famille de Samba reste prudente, précautionneuse et soucieuse de la légalité. « Nous avons récupéré la balle grâce à l’association des droits de l’homme de Barbes, ajoute le papa. Nous attendons les enquêtes administratives pour trouver l’identité du policier. Nous comptons obtenir des résultats au pénal et au civil. »

Audrey PRONESTI

*Les prénoms ont été modifiés

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