Samedi 12 février, aux alentours de 14h30, Hedi (prénom modifié) est assis dans le camion utilitaire d’un ami. Ils sont alors trois dans le véhicule garé sur le parking des 3000 à Aulnay-sous-Bois, revenant du foot. Quatre policiers de la BAC arrivent discrètement pour procéder à un contrôle. Ils font descendre en premier Hedi et l’un d’eux lui fait une fouille au corps. S’attardant trop sur ses parties intimes, Hedi lui dit : « Enlève ta main j’ai mal ! – Tu veux que j’appuie plus fort ? », lui répond le policier, et il exerce une pression plus forte. Hedi repousse sa main et lui tourne le dos pour se tenir l’entre-jambe quand soudain l’agent de la BAC lui met un coup de poing violent en pleine mâchoire. Un deuxième policier intervient pour tenir Hedi par la gorge et son collègue lui remet un coup de poing de l’autre côté de sa mâchoire.

Pendant dix minutes, Hedi est laissé à terre avec du sang qui sort de sa bouche. La flaque de sang laissée au sol témoignera de la violence des coups portés à son visage. Ses deux amis voulant intervenir se retrouvent bloqués à l’intérieur du camion, sous la menace de flash-ball des deux autres policiers.

Emmené au commissariat d’Aulnay-sous-Bois pour une garde-à-vue pour « outrage et rébellion », Hedi se retrouve assis à l’arrière du véhicule de la BAC entre deux policiers qui le frappent de leur matraque dans les côtes le long du trajet. « « On va te niquer, tu veux pas qu’on te ramène dans un coin pour te finir ? », me disent-ils », raconte Hedi. Avant d’entrer dans le commissariat, ils l’attrapent par les cheveux et les oreilles pour le forcer à s’essuyer la bouche mais il refuse, voulant laisser ces marques de violence. Il finira par cracher sur son pantalon pour que le sang s’y imprègne.

Dans le commissariat, il est placé deux heures en cellule de dégrisement, alors qu’il n’est ni saoul ni sous l’effet de stupéfiants, avant d’être emmené à l’hôpital Jean Verdier de Bondy pour une visite médicale. Après diagnostic, le médecin appelle les deux policiers qui l’accompagnent et leur demandent : « Qui a fait cela ? – Ce sont nos collègues. – Il faut l’emmener d’urgence à la Pitié-Salpêtrière. » Un magistrat ordonne aux deux policiers d’emmener eux-mêmes Hedi à la Pitié-Salpêtrière. Après examen le diagnostic tombe : double fracture de la mâchoire, nerf de la lèvre inférieure dévitalisé et deux dents qui ont traversé la gencive. Trois jours d’hospitalisation, une opération avec une pose de broches et trente jours d’ITT.

Hedi a pris un avocat et porté plainte à la police des polices, l’IGS. Il est dans l’attente d’une confrontation et déterminé à obtenir réparation pour le préjudice subi. A partir de huit jours d’ITT, un policier est condamnable. Avec trente jours dans le cas de Hedi, ce dernier espère avoir un résultat satisfaisant. Ce qui l’a le plus étonné dans tout ça c’est qu’il connaissait les policiers qui l’ont violenté : « Dans notre quartier, il y avait un chantier, des tours ont été détruites et j’ai participé à la sécurité du chantier sur ce même parking où j’ai été agressé. Ils me voyaient travailler, me disaient bonjour. J’ai 23 ans, j’ai une société sur les marchés. Ils savent que je ne suis pas quelqu’un de bizarre… »

J’ai de mon côté contacté le commissariat concerné mais n’ai pas eu de réponse : « Je ne suis pas au courant de cette histoire et personne ne peut vous renseigner ici », m’a répondu la personne qui a décroché le téléphone. En attendant, Hedi est en arrêt de travail et attend le traitement de sa plainte.

Inès El Laboudy

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