Lors des deux dernières semaines du moi de Mai, les boutiques ont fait un record de ventes de K-way. En effet, la pluie n’a cessé de nous  tenir compagnie. Vendredi dernier, Hadjila, à la terrase d’un café parisien, nous a dépeint ce cadre déprimant…

Aujourd’hui, nous sommes le 31 Mai, le printemps fait sa révolution parisienne depuis deux mois, neuf jours, onze heures, cinq minutes et il nous a mis une belle douille.Je suis attablée à la terrasse de mon café, les arbres ont envie de bourgeonner, les oiseaux de chanter mais ils ont la haine alors ils rappent. Le printemps souffle le chaud et le froid et je ne sais pas si j’ai chaud ou froid.

Si le printemps tunisien a démarré d’une immolation, chez nous la flamme ne prend pas et les manteaux font des featuring avec les jupes et les shorts. Les rouges à lèvres corail ne rehaussent pas le teint blafard des parisiennes en quête d’élégance printanière, la terracotta posée en diagonale des joues nous rappelle uniquement qu’à l’orange, on freine et on s’arrête, c’est mieux. Les compensées estivales qui libèrent les orteils saucissonnés et gonflés ne compensent rien, les complexes sont toujours d’actualité et les oiseaux ne chantent toujours pas.

Les tentatives échouées des mecs en quêtes de style, le cul entre deux saisons, ne s’avèrent pas concluantes. Non, vraiment, le port du trench, du jean brut et des mocassins  est révolu depuis que Lou Bega a mis un peu de Monica in my life et un peu de Jessica by my side. Les hipsters ont la belle part, ils sont les seuls à s’épanouir face à ce Printemps en carton. Leur swagg de pécheurs semble désormais compris, leur K-way mastic plastique et leurs chinos retroussés s’épanouissent enfin, exposant aux yeux de tous des mollets frêles et velus, rehaussés de chaussettes aux couleurs farfelues, qui habillent les méduses, ces sandales de plages en plastique immondes, j’ai toujours détesté les méduses. Et aussi les hipsters.

Nous sommes le 31 Mai et la révolution de Jasmin n’aura pas lieu. A Paris, l’unique souffle de potentielle révolution est révolu depuis que l’on sait que Montebourg écoute les 2b3 et que les files d’attente des salons d’UV sont aussi longues que celle de la CAF, et que personne ne s’en étonne. Les demoiselles au teint orange industriel, en hiver à moins cinq degrés, douze centimètres de neige et autant de couche de fond de teint sur le visage nous ont porté le mauvais œil, j’en suis persuadée. Le dérèglement climatique, c’est elles en fait, comment expliquez que le Printemps se soit tiré en Laponie, en Norvège et en Finlande ? Est-ce qu’il y a des tarifs de groupe ? Peut-on leur rendre Eva Joly ?

Les seuls signes qui trahissent le Printemps sont l’humidité et la lourdeur du temps, les cheveux des meufs font la gueule et la seule guerre menée est celle contre les frisottis et les pointes sèches, les brushing sont morts au combat.

Un rayon de soleil transperce le ciel et illumine la capitale, pour faire place à un second et un troisième puis à un soleil éclatant et radieux,  la météo est schizophrène et je ne peux m’empêcher de penser à Alain Gillot-Pétré. Il ferait un deuxième malaise en direct, j’en suis sûre,  mais on ne tardera pas, cette fois, à rendre l’antenne.

Je noie mon chagrin dans mon thé à la bergamote, j’ai arrête la caféine, le temps me rend déjà assez nerveuse. Ce n’est pas vrai. J’en suis à mon troisième café serré et cette fille à coté de moi ne cesse de piailler avec sa copine, jupe courte, trop courte et Mykita vissé sur le nez. « Nan mais j’sais trop pas comment m’habiller avec ce temps pourri quoi ! » (Je confirme). « Ah ouais nan mais trop pas quoi ! », affirme bêtement d’un ton nabillesque (faisant référence à Nabilla) son amie, les yeux vitreux et la moue affichant un air de dégoût profond. « J’ai plus rien à m’foutre, j’ai été obligée d’mettre ma jupe en speed c’matin, j’suis dégoutée, j’ai trop froid » « Ah ouais nan mais trop quoi », répète inlassablement sa copine, l’air possédé cette fois.

Elle ment. Ses jambes, si blanches qu’elles en deviennent phosphorescentes, même en pleine lumière, abritent un milliard de points rouges, signe d’un arrachage de poil très frais, à l’épilateur. Elles luisent, et ça empeste le monoï de chez Monop’. Elle savait mais elle fait genre, elle voulait juste attraper un peu de soleil mais elle ne s’en sortira qu’avec les compliments de quelques mecs en chien, ou plutôt en loup : « trop bonne » « Tu veux te marier ? » et quelques lignes de gloire sur le Bondy Blog, la pauvre fille.

Rien, absolument rien n’est compréhensible dans cette saison. Le temps veut nous faire passer un message et les revendications du Printemps sont empreintes de mauvais présages. Nous sommes le 31 Mai et les oiseaux sont morts de n’avoir pu chanter, vive les oiseaux.

 

Hadjila Moualek.

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