Après la tempête, le calme. C’est un peu l’histoire des Champs-Elysées qui, une semaine après le violent acte 18 et ses scènes de violences urbaines, ont vécu un samedi beaucoup plus calme, marqué par une omniprésence policière. Pas d’armée à l’horizon, donc, mais la police, partout : fourgons, blindés, canons à eau… Epicentre de la colère des gilets jaunes depuis quatre mois, l’avenue des Champs-Elysées a été interdite aux manifestants pour la première fois, par arrêté du nouveau préfet de police de Paris, Didier Lallemant.

Il est environ onze heures ce samedi 23 mars quand Michel ouvre son kiosque à journaux, situé avenue de Friedland, près de l’Arc de Triomphe. Malgré le calme apparent, il se veut prudent. Et pour cause, il craint de nouveaux débordements entre certains gilets jaunes et les forces de l’ordre, comme cela avait été le cas la semaine précédente. « J’avais fermé mon kiosque la dernière fois, confie-t-il. J’ai regardé les informations avant de venir. On va voir ce que je fais aujourd’hui, ça va dépendre de la situation. »

10 stations de métro fermées, des Champs quasi-inaccessibles

Quand bien même Michel laisse son kiosque ouvert, il y a fort à parier qu’il ne va pas battre des records de fréquentation ce samedi. Et pour cause : les Champs sont vides et rares sont ceux qui s’y pavanent. Comme si chacun avait perdu l’habitude d’arpenter l’avenue le samedi. Mais ce n’est pas la seule raison. Dix stations de métro sont purement et simplement fermées toute la journée : Champs-Elysée Clémenceau, Tuileries, Concorde, Franklin D. Roosevelt, George V, Charles de Gaulle Etoile, Concorde, Assemblée nationale, Invalides, Miromesnil, Varenne. De quoi dissuader même les plus courageux.

Ils sont quand même quelques-uns à être là, à l’image de François, commercial, venu se balader. « C’est complètement à l’opposé de ce que j’ai pu voir à la télé la semaine dernière, constate-t-il. Mais est-ce que ça va être comme ça toute l’année ? C’est ça, le problème. » Bernard, médecin, n’a pas l’air franchement emballé par le visage offert ce samedi par les Champs. « Je ne me sens pas tellement rassuré par la présence des policiers, lance t-il d’emblée. Une partie d’entre eux aurait pu se rendre à Denfert-Rochereau où sont rassemblés les gilets jaunes. »  S’arrêtant un instant pour prendre en photo un bâtiment barricadé, il ne peut s’empêcher de constater les dégâts. « Ça me rend triste de voir toutes ces vitrines pétées, souffle-t-il. Ça tue le commerce. Il y a beaucoup de monde habituellement le samedi. »

Les Champs-Elysées, samedi 23 mars 2019

Je ne vois pas en quoi ça va changer les choses

Amine est venu d’Argenteuil (Val-d’Oise) pour se promener avec ses amis. Lui aussi ne se réjouit pas vraiment de ce qu’il voit. « C’est calme mais on n’est pas dans un cadre rassurant », explique l’homme d’une vingtaine d’années. A quelques mètres de là, Karim est encore plus dubitatif. « Je ne vois pas en quoi ça va changer les choses, affirme-t-il. Il y aura toujours des manifestants qui voudront en découdre avec la police. Moi, je vais à Denfert-Rochereau en solidarité avec les gilets Jaunes. Si ça commence à bouger, je m’en vais. »

Amine

La mobilisation parisienne des gilets jaunes s’est déroulée dans le calme, allant de la place Denfert-Rochereau au Sacré-Coeur. Des tensions ont cependant éclaté lors de la dispersion du cortège, ce qui a conduit les forces de l’ordre à utiliser des gaz lacrymogènes. L’interdiction de manifester devrait être reconduite dès samedi prochain sur les Champs-Elysées. Pas sûr que cela suffise à retrouver de la vie et du passage sur la « plus belle avenue du monde ».

Fleury VUADIAMBO

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