L’architecture du flambant bâtiment des ateliers Médicis ne laisse pas indifférent. Située au cœur de Clichy-sous-Bois, la structure a accueilli durant trois mois l’école de cinéma Kourtrajmé, initiée par Ladj Ly, le réalisateur originaire de Montfermeil, nommé aux César l’an dernier. Le 1er février, les initiés se sont retrouvés pour accueillir la nouvelle promotion et connaître les deux lauréats qui continueront l’aventure. Durant trois mois, les futurs scénaristes ont bénéficié de cours afin de peaufiner leur plume et accentuer leurs sensibilités artistiques.

Ce samedi est d’ailleurs une journée spéciale pour les élèves de la première session. Après trois mois passés à étoffer chacun un scénario de court métrage, deux d’entre eux vont être distingués par un jury composé d’enseignants et de responsables de l’école, pour réaliser leur scénario. Petit plus, lesdits scénarios seront réalisés en collaboration avec les étudiants de la session suivante, spécialisés, eux, dans la réalisation.

Pour en arriver jusque là, le parcours n’a pourtant pas été simple. Sur 1038 candidats, seulement 10 ont été sélectionnés pour intégrer la première session dédiée à l’écriture d’un scénario. Gaouda Kanouté, originaire d’Étampes, se dit chanceux d’avoir été choisi pour vivre cette expérience : « Ça fait longtemps que je désire travailler dans le cinéma. J’avais seulement réalisé quelques courts métrages auparavant mais en apprenant l’ouverture de cette école, j’ai tout de suite présenté ma candidature lors des oraux d’admissibilité. » Autodidacte, il a investi dans du matériel afin de produire des films en indépendant. Les trois mois de cours lui ont « permis de structurer (son) travail afin de bien écrire (son) scénario et de connaître les codes du métier ». 

Kassovitz et Cassel en soutien, le CNC en partenaire

Aussi ont-ils eu l’occasion d’être en contact de stars du cinéma lors de masterclass tels que Kim Chapiron. « On a appris tellement de choses lors de ces rencontres et cela nous a rassurés de savoir que nos efforts allaient payer petit à petit », s’enthousiasme Gaouda Kanouté. L’école dispose en effet d’un large soutien dans le milieu du cinéma, de la part d’acteurs comme Vincent Cassel, Mathieu Kassovitz ou encore Leïla Bekhti. « Cette école profite de ton envie pour t’apporter les codes, témoigne Manal. D’ailleurs, Ladj Ly nous a gâtés avec le gratin du cinéma. »

Pendant ces trois mois, le fait d’être seulement dix a permis aux étudiants de nouer des liens forts entre eux, au point que certains se morfondent en larmes lors de cette dernière journée d’école. L’aventure est cependant loin d’être finie. Leur formation ayant un partenariat  avec le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), elle constitue pour eux une passerelle qui leur permettra une fois dehors de continuer à développer des projets cinématographiques. Aussi, un réseau sera organisé pour mettre en lien les différents promotions.

Il est maintenant midi, les noms des deux lauréats ne sauraient tarder. Après un léger moment de suspense, où les étudiants se tiennent assis, sans bruit, à l’affût du bruit moindre bruit pouvant trahir les résultats de nomination, le réalisateur et co-fondateur de l’école : Ladj Ly, prend la parole. « Malgré les difficultés et l’excellent travail de chacun d’entre vous, nous avons décidé de choisir Alexis et Manal ». Tout le monde saute de joie à l’annonce des résultats, exaltation et ferveur sont les deux mots d’ordre au sein du petit groupe. « J’avais tellement d’espoir dans les neuf scénarios de mes amis que je me voyais déjà féliciter l’un d’eux une fois les annonces faites », nous raconte, ému, Alexis « Ce que j’ai écrit est le résultat de cette immersion avec mes 9 collègues. Leurs conseils, nos discussions et toutes ces petites choses du quotidien m’ont permis d’en arriver là où je suis. »

Faire des ponts entre l’Afrique et la France

Sachant qu’une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, Ladj Ly attend que l’euphorie retombe pour faire une deuxième annonce : « En plus des deux lauréats élus, l’un d’entre vous va signer un contrat avec une boite de production afin de réaliser son scénario. Il s’agit de Bilel ». Là encore, un brouhaha d’exaltation se fait ressentir dans toute la salle. « Etant dans le cinéma depuis dix ans, c’est actuellement le rêve de toute une vie qui est en train de se réaliser », s’enflamme Bilel, avant d’ajouter : « Je n’aurais jamais pu réaliser ce rêve sans l’aide du collectif Kourtajmé et des Ateliers Médicis qui ont ouvert cette école et nous ont permis de nous faire une place dans le milieu ».

Cette première session semble donc être une réussite tant au point de vue humain, pour avoir su consolider un groupe et que chacun puisse tirer le meilleur de l’autre, qu’au point de vue professionnel, avec un apprentissage ayant porté ses fruits et permettant d’attirer à eux nombre de producteurs et professionnels du milieu prêts à concrétiser leurs projets.

Si la réussite de cette première session est un facteur d’agrandissement et de développement de l’institution, les dirigeants ne comptent pas s’arrêter là. « Nous avons des discussions en cours avec des partenaires au Maroc, au Sénégal, au Mali et en Côte d’ivoire. La finalité serait d’ouvrir des écoles sur place, pour ensuite faire des ponts entre l’Afrique et la France », nous explique Amade Ly, directeur de l’école. Une vision à long terme et tournée vers l’international avec un objectif clair : exporter le savoir-faire français à travers le monde. « Notre but est que les Africains puissent compléter leur formation cinématographique par le biais de spécificités françaises, afin d’enrichir leur formation et d’envoyer sur place des producteurs français pour donner des cours dans les écoles » Le directeur de l’école finit, plein d’entrain : « Nous sommes déjà en route, Afrique nous voilà ! »

Amine HABERT et Yassine BNOU MARZOUK

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