Mélenchon veut accentuer le fossé

PRéSIDENTIELLES 2012 vendredi 20 avril 2012

Par Hugo Nazarenko-Sas

Dès 17 heures 30, la foule s’amasse devant l’entrée du hall des expositions. Sur le parvis, les vendeurs de brochettes cohabitent avec les supporters de Mélenchon, tous ou presque flanqués d’un drapeau ou d’un pin’s estampillé « Front de Gauche ». Ici, une centaine de manifestants contre les discriminations faites aux sans-papiers se fait entendre, armée de djembés et de porte-voix. Là, une rangée de cars déverse son flot de militants, qui vient se mêler à la foule croissante.

A l’intérieur, les militants se pressent vers la tribune, chacun essayant de se faire une place le plus près possible de l’orateur du soir. Pour la plupart, ils sont sûrs de leur choix, mais d’autres hésitent encore. Anthony est de ceux-là. Le jeune homme de 22 ans se dit volontiers socialiste, mais est venu ce soir parce qu’il est « resté sur [sa] faim avec les 20 minutes de la Bastille » (ndlr : le 18 mars dernier). Encore indécis, il conçoit que le « discours de Hollande est plus réaliste » mais attend de se laisser surprendre.

A 19 heures, la musique s’arrête. Et l’animatrice habituelle des meetings de Mélenchon de monter sur l’estrade. Se succèdent à la tribune Christian Piquet, le porte-parole du Front de Gauche, Martine Billard, la coprésidente du Parti de Gauche et Pierre Laurent, le secrétaire national du Parti Communiste. La foule trépigne. S’impatiente. Il faut attendre quarante minutes pour voir apparaître Jean-Luc Mélenchon au pupitre. Une forêt de drapeaux rouges se dresse alors. A peine arrivé sur l’estrade, il contemple la foule et rit. Avant de passer à l’attaque. « Écoutez, tendez l’oreille, vous entendez ce bruit de fond ? Ce sont les rats qui quittent le navire ». Petit clin d’œil à Fadela Amara, Martin Hirsch …

Sans transition, l’actuel troisième homme des sondages félicite ses soutiens. « La victoire qui se dessine est fille des combats inlassables que le plus grand nombre a mené quand bien même étaient-ils trahis ». Une heure durant, il fait du Mélenchon, tapant tour à tour sur la finance, les grands patrons, le Front National et les nationalistes en tout genre, appelant la France à lancer un mouvement « qui ouvrira une brèche pour l’univers entier », insistant sur la nécessité d’une République « écologique », martelant ses idées de prédilection et sur lesquelles il a fait campagne, le SMIC à 1 700 euros en tête. Parfois, il est interrompu par la foule qui hurle « Résistance ». Mais il reprend à chaque fois de plus belle, interpellant ses partisans chauffés à blanc. « Vous ne devez rien, ils vous doivent tout. »

Avant de rendre le micro, Mélenchon égrène les noms des responsables du monde entier qui appellent à voter pour le Front de Gauche. En guise de conclusion, bordé par son équipe de campagne, il entonne LInternationale puis La Marseillaise, reprises en cœur par les 60.000 personnes – selon le Front de Gauche – présentes dans la salle.

Puis, il quitte l’estrade. La salle se vide. Le rideau se tire. Rendez-vous dimanche.

Hugo Nazarenko-Sas