La Marseillaise, le prof et l’étudiante

AMBIANCE lundi 11 mars 2013

Par Mimissa Barberis

En cours de libertés fondamentales une étudiante fait un exposé sur un arrêt rendu le 23 décembre 2011 par le Conseil d’Etat. Dans cette affaire, une association reproche au ministre de l’éducation d’imposer le chant de La Marseillaise dans les écoles primaires. Passage en revue.

L’association considère que les phrases « Qu’un sang impur abreuve nos sillons » et « Quoi, ces cohortes étrangères feraient la loi dans nos foyers ! » sont contraires aux droits et libertés fondamentaux. Le Conseil d’Etat rejette son argumentation en disant « que ce chant symbolise, en tant qu’hymne national, les valeurs de la République ».

Le Conseil d’Etat représente le plus haut degré de la juridiction administrative. Il tranche les litiges entre les particuliers et l’administration. Mais ce qui est causasse chez lui, c’est qu’il est à la fois juge et conseiller du gouvernement dans la préparation des projets de loi. C’est dire s’il  n’a pas le cul entre deux chaises… Mais voyons un peu le débat entre le professeur et l’étudiante…

–       Cet  arrêt vous l’approuvez… sans réserve ?

–       Non… pas sans réserve. C’est vrai que remis dans un contexte actuel on peut sentir qu’il y a du racisme et qu’il y a une atteinte aux  libertés fondamentales. Mais là, c’est pas le cas.

–       Enfin… si ces propos ne sont plus dans leur contexte la solution serait de les changer tout simplement, non ?

–       Non ! Il y un passé historique. En plus, elle a valeur historique dans la constitution…

–       Valeur historique ? Euh… la Révolution française  ne date pas non plus de 2 000 ans… C’est pas les pyramides égyptiennes… en France, on a vécu très longtemps sans La Marseillaise.

–       C’est vrai… mais…elle représente le combat pour la démocratie…

–       Votre avis, le fait qu’il faille trucider le « sang impur » est un rappel nécessaire pour la démocratie ?

–       Non… mais… ça permet de rappeler que c’est pas une évidence de …

–       Non mais… Je me permets de vous interrompre si vous me permettez, parce que la discussion est quand même sérieuse. Est-ce-que vous pensez qu’à un enfant de quatre ans à qui on impose de chanter cinq fois par jour « qu’un sang impur abreuve vos sillons » est adapté à son âge ?

–       Non… non…mais c’est à l’enseignant de faire comprendre avec des mots adaptés le contexte dans lequel est née La Marseillaise. Et qu’il n’y a ni violence ni racisme…

–       Faut avoir les yeux pour le croire et les oreilles pour entendre vos propos.  Écoutez… je sais pas comment vous envisagez d’élever vos enfants un jour…mais…Qu’est-ce-que vous pensez des joueurs de football qui refusent de chanter et qu’un entraîneur a laissé entendre qu’il  sanctionnerait les réfractaires en ne les sélectionnant pas ?

–       Au niveau de la sanction, je ne suis pas très foot en soi…

–       Mais c’est un problème de droit. Vous avez dit que le chant étant inscrit dans la constitution, elle ne peut par définition être contraire aux droits de l’Homme…

–       C’est pas l’image que j’ai de la constitution française. Là, le chant fait partie de l’éducation des enfants…

–       Ah bon ? Moi je pensais que l’éducation c’était la physique… les mathématiques… l’histoire… la politesse… On a l’impression que si demain il existait un Etat islamique Aqmi au Mali on pourrait très bien reprendre la formule mais on ne parlerait pas du même « sang impur ». Qu’est-ce-que vous en pensez ?

–       Bah effectivement… là… c’est pas relié à un contexte historique comme ça peut l’être…

–       C’est vous qui le dîtes. Je me permets de vous dire que l’Islam a une ancienneté qui n’a rien à envier à celle du catholicisme et qu’il représente une population mondiale importante… donc au niveau de la démocratie l’Islam ça pèse. Je suis un peu dubitatif par rapport à ce que vous dites…

Mimissa Barberis