« Ce n’est pas normal d’expulser des jeunes qui vont à l’école »

C'EST CHAUD lundi 21 octobre 2013

Par Charlotte Cosset @CharlotteCosset ET Tom Lanneau @TomLanneau93

Vendredi dernier, les lycéens ont défilé pour le deuxième jour consécutif en soutien à Leonarda et Khatchik, lycéens étrangers expulsés brutalement. Un mouvement spontané qui promet de rester mobilisé. Reportage.

Leonarda et Khatchik. Deux noms qui, depuis mercredi 16 octobre, symbolisent le mouvement d’indignation qui a saisi toute une tranche de la population française. La première est kosovare (et non italienne puisque dans ce pays, le droit du sol n’existe pas), le second arménien. Il y a encore un mois, c’étaient deux lycéens parisiens parmi tant d’autres. Depuis jeudi dernier, de nombreux établissements sont bloqués et des manifestations ont lieu dans la capitale pour soutenir ces étudiants étrangers. Vendredi, une manifestation de près de 4 000 personnes reliait Bastille à Nation. A 16 heures, une centaine de manifestants, pour la plupart lycéens, étaient encore présents pour défendre les droits de Leonarda et Khatchik.

« On dit que les Roms ne veulent pas s’intégrer mais on expulse ceux qui vont à l’école » s’indigne cette élève de 1e ES au lycée Pablo Picasso de Fontenay-Sous-Bois. Elle espère que ce mouvement permettra à Leonarda et à Khatchik de revenir étudier en France. « Qu’on foute la paix à ceux qui ne posent pas de problème », s’enflamme-t-elle. La jeune fille se trouve dans un groupe d’une quarantaine de lycéens qui se sont assis sur la route, place de la Nation, pour manifester leur mécontentement. Un cordon de policier aux brassards oranges assure la sécurité mais semble prendre un malin plaisir à chahuter et à prendre de haut les manifestants qui ne laissent pourtant apparaître aucune forme d’animosité.

Un groupe discute sur le côté. « Dès que j’ai entendu parler de l’affaire je me suis mobilisée à fond », explique Mona. Sa copine Leila confirme, « on souhaite que Manuel Valls nous entende. Ce n’est pas normal d’expulser des jeunes qui vont à l’école. Etudier est un droit. » Quelques slogans sont scandés, « Qu’est-ce qu’on veut ? Des papiers pour tous ! »

Manuel Valls vivement critiqué

Sur les pancartes et les blousons des jeunes, des étiquettes Front de gauche sont collées. Pas d’hommes politiques en vue, seul Mélenchon a pointé le bout de son nez en début d’après-midi, et pourtant les pressions et tentatives de récupération semblent bien réelles. « Les partis politiques se sont servis de notre mouvement », confirme Leila. D’ailleurs, les lycéens dénoncent le fait que, profitant du mouvement de foule, de nombreux militants collent des stickers « Parti de gauche » sur leurs blousons « alors qu’on n’est pas venu ici pour faire de la politique ! » Mais les jeunes ont su malgré tout résister. Prévue à 13 heures par les syndicats, les étudiants sont partis plus tôt de Bastille pour prouver leur indépendance.
Tous sont réunis depuis deux jours car choqués par la réaction du Ministère de l’intérieur. L’interpellation dans un bus scolaire de Leonarda a ému une grande partie de la population et de la classe politique. « C’est pas normal qu’on soit sous un gouvernement de gauche et que tout se passe comme si nous étions dirigés par la droite », grogne Zakaria, élève de seconde. Quelques inconditionnels de la droite n’ont d’ailleurs pas hésité à défendre le ministre.

« On sent que ça peut partir vite »

Une réflexion que les jeunes ne sont pas les seuls à se faire. De nombreux militants et membres d’organismes de Droits de l’Homme sont aussi présents pour soutenir le mouvement des lycéens. Parmi eux, Lunès, une militante féministe. « Ça donne la patate de voir ces jeunes qui se bougent. Je pense que c’est un mouvement qui ira loin », s’enthousiasme-t-elle. Marc aussi est satisfait de cette mobilisation. « Ça va mettre une grosse pression sur le gouvernement. Ce matin, j’étais au lycée Victor Hugo il y a eu quelques échauffourées. On sent que ça peut vite partir », témoigne-t-il. En effet, les policiers sont sur le qui-vive. Alors que le petit groupe se lève, la tension monte. Le cordon se resserre, des coups de pieds et des coups de coudes partent des deux côtés. Des cris de jeunes filles se font entendre tandis que les policiers, impassibles, continuent de les bousculer sur le trottoir. Certains portent même des gilets pare-balle, des Taser et une vingtaine de camions de police sont présents, place de la Nation, pour faire face à une centaine d’adolescents de 15 ou 16 ans.

Etat d’alerte que les lycéens digèrent mal : « nous sommes venus dans un but pacifiste et on nous répond à base de coups de pied, de coups de poing…. », s’indigne une fille venant d’un lycée du 4e arrondissement. « Nous, on n’est pas des casseurs, on sait pourquoi on est ici ! » s’exclame-t-elle. Depuis samedi dernier, les lycéens sont en vacances. Une pause qui risque de mettre fin à ce mouvement naissant. Cependant, quelques élèves de Bagneux affirment que les vacances scolaires ne mettront pas un point final à leur mouvement d’indignation : « Si on n’était pas motivé, on aurait pas commencé le blocus de notre lycée à 6 heures ce matin ! On recommence dès demain 14 heures à Bastille ! », crie l’un d’entre eux.

[dailymotion]http://www.dailymotion.com/video/x1688al_soutien-des-lyceens-a-leonarda_news[/dailymotion]

Charlotte Cosset et Tom Lanneau

Les réactions des internautes

  1. jeudi 24 octobre 2013 10:41 Emilie22

    Comme nous sommes tous, peu ou prou depuis la dixième génération de nos ancêtres des enfants d'immigrés, il ne faut jamais oublier que sans l'intégration des immigrés nous ne serions pas là à deviser dans cette belle langue qu'est la langue française. Toutefois, les temps changent et bien évidemment, il n'y a rien de commun dans la société française, entre ce que notre pays a vécu dans les années soixante et aujourd'hui. Personnellement, en tant qu'étudiante et bénévolement, je donnais des cours de français à des personnes d'origine africaine qui, en 1965 arrivaient, appelés par notre pays pour exécuter les boulots dont aucun Français ne voulait pour lui ni pour lui, ni pour ses enfants. Dans les années 70, je renvoie la belle jeunesse d'aujourd'hui à la chanson de François Béranger qui eut un certain succès "Mamadou m'a dit" et qui conclut dans son refrain, "on a pressé le citron on a jeté la peau". Malheureusement pour tous, descendants d'anciens immigrés ou nouveaux nous avons pu observer que cette société dite mondialisée a jeté dans le chômage par millions, des Français quelque ils soient. Alors la question s'est dorénavant s'est posée différemment et ce parti honteux d'extrême droite a grimpé avec la courbe du chômage beaucoup plus sûrement qu'avec les agitations de "cabri" de Copé le décomplexé de circonstances. Puisque nous vivons des moments dont l'histoire se souviendra (la pire crise économique connue dans le monde depuis 1929) il est important que l'on ramène notre jeunesse à un vrai engagement politique et à une vraie réflexion qui ne pourra jamais se satisfaire d'emballements occasionnés de plus, par la défense de cas "douteux" ce qui est selon moi le cas de la famille de Léonarda, comparativement à bien d'autres cas qui méritent une vraie attention. Comme j'ai fait un rappel de chanson poétique, je renvoie à l'interrogation d'un autre grand poète de la chanson, Brel qui vous dit : "Demandez-vous belle jeunesse, le temps de l'ombre d'un souvenir, le temps de souffle d'un soupir : Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?" Car la jeunesse d'aujourd'hui sait qu'elle ne veut pas "ramper toute sa vie sous le joug du chômage, de la désespérance, elle se mobilise pour refuser ce qui lui paraît inique. Dommage qu'elle est conduite par des adultes sans discernement parfois qui justement croient qu'il suffit de s'emparer de n'importe quel problème pour l'agiter au mépris des risques qu'il font encourir à ceux-là même qu'ils utilisent..
    • jeudi 31 octobre 2013 15:39 Martha

      Nous ne sommes pas tous des enfants d'immigrés d'une part (25 % ont au moins un ascendant immigré), d'autre part, l'immigration a toujours une limite par rapport à un pays donné. Elle semble atteinte aujourd'hui quand un pays ne peut plus intégrer, loger, donner des emplois. Nous vivons effectivement une époque difficile par une mondialisation qui ne peut que restreindre l'efficacité des Etats à piloter au moins une partie de leur économie.
  2. lundi 21 octobre 2013 15:43 Martha

    Jeunesse naïve ! Le père a amené sa famille en France car il n'obtenait pas assez de financement des autorités italiennes, pas de volonté d'intégration (nous aurons plus d'argent en France dixit le père). L'école n'est qu'un prétexte, d'ailleurs la scolarité de Léonarda était plutôt chaotique. Mais de toute façon, il existe une loi, normalement les sans papiers sont expulsables, sauf dérogation. Si la France doit accueillir toute la misère du monde, attendons nous à une augmentation importante de nos impôts et encore, vu la dette du pays, cela ne suffira pas !
    • lundi 21 octobre 2013 16:36 Bondynoise

      Si Leonarda aimait tant l'école, comment se fait-il qu'elle avait, en à peine deux mois , 21 1/2 journées d'absences, les années précédentes 66 demi-journées en 6e, 31 en 5e, 78 en 4eI. Une élève qui est loin d'être studieuse et motivée!
      • lundi 21 octobre 2013 17:12 hop HOPE

        BONDYNOISE Bonjour et merci à vous pour ces infos Personnellement ..son attitude ..son verbiage etc..m'avient mise "mal à l'aise" Cette façon d'être et de s'exprimer ne ME semblent pas être ceux d'une élève studieuse impliquée dans ses études et toute occupée à ses projets et son futur métier
        • lundi 21 octobre 2013 17:26 Bondynoise

          Si ce lien ne fonctionne pas, vous pouvez lire le résumé dans Le Point. http://www.lepoint.fr/societe/affaire-leonarda-ce-que-dit-vraiment-le-rapport-19-10-2013-1745766_23.php
        • lundi 21 octobre 2013 17:22 Bondynoise

          Bonjour Hop Hope, si vous voulez lire le rapport complet sur la famille de Leonarda, voilà le lien:http://www.jeanmarcmorandini.com/article-311384-leonarda-jeanmarcmorandinicom-publie-l-integralite-des-24-pages-du-rapport-remis-a-manuel-valls.html
          • mardi 22 octobre 2013 11:31 Bondynoise

            Moody, Vous pouvez lire le même rapport dans les Echos, cette source vous conviendra peut-être. C'est d'ailleurs ce rapport que je voulais citer, mais le lien ne fonctionnait pas. Je connais suffisamment le système, puisque j'ai enseigné dans le 93. Si "la réussite scolaire d'un élève ne correspond en rien à sa volonté ou implication", peu de mes anciens élèves défavorisés auraient aussi bien réussi. Votre jeu de mot sur mon pseudo est méprisant et digne d'une cour d'école.
          • mardi 22 octobre 2013 06:51 moody

            @Stupinoise on s'en balance de sa reussite scolaire l 'important c'est d'essayer, de s'impliquer, de VOULOIR
          • mardi 22 octobre 2013 00:54 STUPIDNOISE

            Citer jeanmarcmorandini en source, j'espère que c'est une blague. Donc oui, 21 demi-journées d'absences correspond à 10 jours environs d'absences. C'est beaucoup, mais elle n'est pas spécialement au dessus de la moyenne des élèves français d'origine sociale défavorisée. (qui est d'environs 7-8) Et aussi je tiens à préciser que dans plus dans la plupart des établissements scolaires, les retards sont considérés comme "absence"; aucune idée si son établissement suivait ce système, mais en tout cas la réussite scolaire d'un élève ne correspond en rien à sa volonté ou implication.
  3. lundi 21 octobre 2013 13:44 Talleyrand

    Au delà du pathos, il faut revenir sur le fond : les parents ont mentis sur la nationalité de cette jeune fille parce qu’il était plus facile d'obtenir des papiers en France (dixit le père), la jeune fille a été souvent absente des collèges qu'elle fréquentait, le père a été impliqué et mis en cause dans des braquages, le père n'a jamais cherché du travail (ce qui pose la question de savoir de quoi il vivait), quatre ans qu'ils épuisent leur recours en justice et qu'ils les perdent (combien cela a t il couté aux contribuables), je n'ai pas vu beaucoup de lycéens manifester pour leurs futures retraitent, ils devraient commencer par cela au lieu de défendre l'indéfendable !
    • lundi 21 octobre 2013 14:44 Bondynoise

      Le président Hollande n'aurait pas dû intervenir. Les socialistes sont en train de se suicider. http://www.europe1.fr/International/En-Italie-la-famille-de-Leonarda-a-aussi-eu-des-problemes-1680215/ Lire aussi http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/10/19/01016-20131019ARTFIG00306-l-expulsion-de-leonarda-conforme-a-la-loi.php.
      • lundi 21 octobre 2013 14:54 BC

        c'est peut être le rêve secret de Hollande / dissoudre la chambre et faire comme les 2 seuls présidents qui ont été élus 2 fois Chirac et surtout Mitterrand avec la cohabitation ..... qui sait ?
        • mardi 22 octobre 2013 23:21 Amélie

          Sous Mitterrand, les mandats présidentiels duraient sept ans, et non pas cinq comme aujourd'hui, qui correspondent au rythme des élections législatives.
          • jeudi 24 octobre 2013 10:00 Emilie22

            Ce serait alors le pire des régimes qui a immobilisé pendant tout les septennats de Mitterrand le processus législatif qui aurait pu régler bien des choix politiques que la gauche défendait : le droit de vote des immigrés notamment..... et elle l'aurait fait avec la légitimité d'un pouvoir soutenu par sa majorité. C'est ce modèle qui a permis, selon moi, la montée du Front National car elle a bloqué les uns et les autres dans la défense de leurs vraies valeurs (celles de droite se réfugiant toujours vers la défense des droits de ceux qui ont déjà au vain prétexte que nous aurions selon elle la même égalité de chances et celles de la gauche qui a toujours compris que face à l'injustice de la naissance ne légitime pas que l'humain n'y fasse pas quelque chose pour rétablir l'équilibre) Si Hollande voulait cohabiter, ce qui me paraît bien difficile compte tenu effectivement de la durée plus courte du mandat présidentiel, ce serait encore une fois, alimenter une des thèses du Front National : "tous pourris, sauf nous" et qui malheureusement grandit dans le pays.
    • lundi 21 octobre 2013 14:36 BC

      talleyrand .... je partage votre avis les "gens qui militent pour les sans papiers et les roms viennent de se mettre une balle dans le pied ..... qui va les suivre sur la défense de ces gens maintenant ,le RESF vient de se ridiculiser ,je ne croirais plus jamais à leur demande de pétition envers des enfants de réfugiés parce que j'ai l'impression d'avoir été bernée toutes ces années ......bien sur les enfants ne sont pas coupables mais leurs parents inintégrables(sauf à vivre de subsides ) ont été soutenus envers et contre tout par des associations irresponsables ,..... ces associations auraient du avoir une règle :ne pas s’immiscer dans les cas particuliers comme cette famille ,elles auraient du tenir un discours généraliste sur le droit d'asile : certaines le font avec bonheur ..... elles n'avaient pas le droit de soutenir une famille contre l'état ,le système français ..... elles ont agi au mépris des règles et résultat ;tous les sans papiers et roms vont être mis dans le même sac (c'est à dire des gens qui viennent pomper le fric des français )elles ont réussi au delà du possible à fédérer les français contre les roms et les demandeurs d'asile ..... quant à la presse ,elle atteint le niveau zéro ,mais cela ne m'étonne pas ,j'avais lu à la dernière présidentielle que 80 % des journalistes étaient de tendance Mélenchon ..... donc contre Valls et Hollande (quoiqu'ils fassent d'ailleurs .....)
      • mardi 22 octobre 2013 23:16 Amélie

        Cette jeune fille est instrumentalisée de toutes parts : par sa famille (son père agit comme un impresario prétentieux), par RESF, par les médias, par les politiques. La façon dont Hollande l'a prise en otage en lui demandant de choisir entre sa famille et la France est ignoble, et ne parlons pas de Mélenchon et de EELV qui en font presque une icône pour se payer Valls mais n'agissent en rien pour elle. Quant à RESF, ils sont parfois jusqu'auboutistes jusqu'à l'absurde. Certains ne rechignent pas à défendre des délinquants. Prenez connaissance du "cas " Wissem, un jeune homme tunisien arrivé en France avec un visa touristique d'un mois pour rendre visite à sa tante, qui a réussi à s'inscrire au lycée (avec quelles complicités, nous ne le saurons pas) puis se rend coupable d'agression en réunion sur de jeunes femmes. RESF a manipulé les lycéens, les a fait manifester en soutien à Wissem, sans piper mot sur les actes délictueux de ce dernier. L'historique de l'histoire est sur ce lien : http://www.lemainelibre.fr/search/apachesolr_search/wissem