"Le jour où la baraque a été détruite, la nostalgie a fait surface"

GARDE à VUE vendredi 13 juin 2014

Par Sonia Bektou

De la fin de la seconde guerre mondiale jusqu’aux années 1970, près de 100 000 personnes peuplaient les bidonvilles. A Nanterre (92) ou Noisy-le-Grand (93), les travailleurs immigrés, majoritairement algériens, ont construit un avenir meilleur pour leurs enfants. Témoignage 2/3.

Hamid*comme beaucoup de travailleurs algériens est arrivé en France dans les années 60. Il se souvient et raconte le bidonville de Nanterre et le relogement.

Comment êtes-vous arrivé dans les bidonvilles de Nanterre ?

Dans mon village en Algérie, beaucoup d’hommes étaient déjà partis pour la France. Je les voyais revenir tous beaux, avec de l’argent pour faire vivre leur famille. J’étais un jeune marié, je me suis dit qu’il fallait que j’aille travailler en France, et que je reviendrai dès que j’aurai accumulé assez d’argent pour rentrer au pays. En fin de compte, c’est ma famille qui m’a rejoint, et j’ai même eu des enfants ici !

Pouvez-vous décrire le moment où votre baraque a été rasée ?

Il n’y a pas un, mais deux sentiments. Le premier, c’est qu’on se sent revivre, il y a un renouveau qui nous attend. Je dirais « renaissance ». On se dit qu’on va pouvoir vraiment commencer une vie de famille avec des conditions convenables pour les enfants et qu’on aura un chez soi. Et il y en a un autre inattendu, on a attendu tellement longtemps afin d’être relogés et que notre bidonville soit définitivement rasé ! Mais, le jour où la baraque a été détruite, la nostalgie a fait surface. On repense à toutes ces années dans ce lieu qui du jour au lendemain n’est plus. Ça fait réfléchir, on l’aimait bien notre baraque. Alors la voir disparaitre par des travailleurs qui eux, ne voient qu’une baraque parmi tant d’autres, alors que c’est la notre, ce n’est pas facile.

Où avez-vous été relogés par la suite ?

Lorsqu’on a détruit ma baraque, j’étais avec ma femme et mes deux filles. Une a été conçue lors de mes nombreux voyages au pays, lorsque j’étais seul en France, quant à la seconde elle est née au bidonville. Donc, je suis resté sur Nanterre, dans la cité de transit du Pont-de-Bezons (92).

Vous êtes passé d’une baraque à un appartement du jour au lendemain, comment avez vous vécu le changement ?

Ma femme et moi étions très contents de pouvoir enfin avoir des meilleures conditions d’hygiène de vie. C’était vraiment un plaisir de quitter le bidonville, surtout que nous avions beaucoup attendu. Par contre, il y avait des nouveaux problèmes que nous n’avions jamais connus tels que la gestion du gaz de ville par exemple. On a dû s’adapter, après cela n’a pas pris énormément de temps, par contre j’ai mis du temps à m’adapter au loyer, je dois l’avouer. Je n’avais pas cette aussi grosse charge qui pesait sur mon salaire quand j’habitais au bidonville.

Comment êtes-vous arrivé à Courbevoie aujourd’hui ?

Quand je suis arrivé à la cité de transit du Pont-de-Bezons ma femme est tombée malade. Elle est partie se soigner à la Pitié-Salpêtrière. Elle est restée des mois, et moi je travaillais tout le temps. Nos filles étaient très petites, je les faisais garder par nos voisins. Je suis parti voir une assistante sociale car la situation était de plus en plus dure, je ne pouvais pas manquer un jour de travail et je n’avais pas toujours les moyens de les faire garder. Quant à ma femme, elle avait des problèmes psychologiques, avant qu’elle aille se faire soigner lorsque je faisais les courses, elle finissait tout le frigo en quelques jours. Le gardien m’a dit qu’elle organisait des journées avec ses copines où elles papotaient et mangeaient.

C’était un très gros problème, et on parle de solidarité, mais à la cité toutes les bonnes femmes profitaient de cette situation, le gardien qui m’a prévenu, c’est un des seuls français du quartier ! La solidarité, c’est une idée reçue ! Alors j’ai été envoyé en foyer Sonacotra, mes filles ont été à la Dass car avec les problèmes familiaux elles ne voulaient plus être avec leur mère. Après le foyer Sonacotra qui est un très mauvais souvenir (trop de nuisances sonores et peu d’intimité) j’ai demandé un appartement à Nanterre, mais on m’a envoyé à Courbevoie. C’est trop cher, j’ai vraiment envie de retourner à Nanterre, je préfère largement cette ville. C’est moins cher et je peux voir mes copains au foyer.

Sonia Bektou

*Prénom modifié

Les réactions des internautes

  1. samedi 14 juin 2014 20:54 Amélie

    "Le gardien m’a dit qu’elle organisait des journées avec ses copines où elles papotaient et mangeaient. C’était un très gros problème, et on parle de solidarité, mais à la cité toutes les bonnes femmes profitaient de cette situation, le gardien qui m’a prévenu, c’est un des seuls français du quartier !". Ce passage laisse à penser que les Algériens s'accommodaient de cette situation et que seul le Français du quartier y portait un tant soit peu d'attention. Pour ce qui concerne la composition ethnique du quartier, on peut lire avec profit cet article de Christophe Guilluy : http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2014/06/06/31001-20140606ARTFIG00247-christophe-guilluy-cyniquement-nos-dirigeants-ont-enterre-les-classes-populaires.php . Sur la situation des femmes algériennes en France, le beau livre de Leïla Sebbar "Fatima ou les Algériennes au square" : http://www.myboox.fr/livre/fatima-ou-les-algeriennes-au-square-1715711.html
  2. samedi 14 juin 2014 12:28 Milena

    En aucun cas Sonia a mentionné que ce cas était une généralité. Et je ne vois pas pourquoi elle devrait éviter de parler de ces faits là pour la fameuse "solidarité francaise" et faire taire "les femmes arabes qui papotent" comme vous dites.
    • samedi 14 juin 2014 13:10 BC

      Milena .... quand on décrit ainsi ce qui se passe "C’était un très gros problème, et on parle de solidarité, mais à la cité toutes les bonnes femmes profitaient de cette situation, le gardien qui m’a prévenu, c’est un des seuls français du quartier ""quand on parle de "BONNES FEMMES "je doute que le témoin ait une bonne opinion des femmes en général .... je ne veux pas croire que tous les émigrés algériens pensent comme lui ..... ou alors c'est triste car je pense que toutes ces "bonnes femmes " avaient énormément de mérite de suivre leur mari d'élever des enfants et souvent nombreux sans grand parents ,sans famille autour pour les aider .... j'en ai un peu marre qu'on dise que tous les hommes émigrés aient été formidables et qu'on ne parle pas assez de leurs épouses .... est ce culturel ? ... j'espère que non
  3. samedi 14 juin 2014 10:06 BC

    vous parlez d'un "cas social " je doute que tous les émigrés algériens aient connu cette vie .. l'état providence français :foyer sonacotra pour le père , hôpital pendant des mois pour la mère , Dass pour les enfants a été mis à contribution largement ....c'est cela la ""solidarité à la française"" ,toute la société y concoure par ses impôts ,par les cotisations sociales .....vous auriez peut être pu éviter la critique des femmes "elle organisait avec ses copines des journées où elles papotaient et mangeaient " Idir parlait des "grosses fesses " des femmes arabes mais il est vrai que de ne pas pouvoir sortir du foyer conjugal entrainent généralement un surpoids du au manque d'activité ;sous les voiles et autres tenues enveloppantes ,il y a souvent de l'obésité cachée