Kaaris : "Les petits couplets, c'est pas pour moi"

AMBIANCE, CULTURE, PROFIL ADN mardi 12 août 2014

Par Hadjila Moualek ET Hugo Nazarenko-Sas

Kaaris aurait pu ne rester qu’une silhouette imposante suintant le rap hardcore et maniant un verbe acerbe, un vers qui a le diable au corps. Une carrure de 100 kilos d’ambition et de détermination qui a fini par faire ses preuves. Portrait.

33 ans, dont treize de rap. Si Kaaris était superstitieux, il aurait pu voir ce nombre comme un signe un peu divin de toutes ces années de galère. Un peu. Les punchlines de Kaaris auraient pu être des clichés de Helmut Newton : une description de la réalité brute et mise à nue, du noir et blanc, comme son clip Zoo dans lequel sans aucune peine, il te “nique ta race.” Les clichés d’une réalité froide, portée par un côté un peu mauvais garçon, beaucoup provocateur qu’ont en commun les deux artistes.

En arrière-plan, aucune envie de plaire, surtout pas l’envie de séduire. Un instantané cru et cruellement cul. Parce que le cru peut-être élégant quand il a le mérite de l’honnêteté. Lorsque K-double A confesse ne pas particulièrement passer un bon moment en interview et que je lui demande ce qu’est pour lui un bon moment, il me répond le plus sérieusement du monde : « C’est quoi un bon moment ? Si je suis en train de baiser je jouis et que je crache, ouais, on peut parler d’un bon moment mais là nan. » Les âmes sensibles s’en offusqueront. La messe est dite pour celui qui rappait « avoir avalé l’hostie de travers ». La cohérence avec soi-même est une qualité assez rare dans ce milieu pour être signalée. Kaaris est un artiste rare, donc. Et comme tout ce qui est rare est précieux, il faut parfois du temps, et du flair, pour être mis en lumière et ne plus être qu’un Goliath de 100 kilos qui a le diable au corps.

Kaaris, aka Talsadoum, aka K Double A, aka Double Rotor, aka Chiaka, aka Chaka Zoulou aka Pablito est un artiste sur lequel on a beaucoup écrit. Sur lequel on a beaucoup jasé. Un personnage intriguant. Mais qui est ce rappeur qui a bousculé les codes du rap en seize rafales mitraillées sur Kalash de Booba et qui a fait taire les détracteurs de celui qu’on disait incapable de révéler un artiste, avec la médiatisation qu’on lui connaît ? Sur celui « qui m’as mis en lumière, dit-il, Booba est un mec qui a de la force à donner. Il m’a appris à pécher le poisson là où aucun autre mec dans le rap n’a su le faireOn ne m’a quasiment jamais appelé pour aucune mixtape sauf pour Street Lourd 2 mais j’ai fait huit mesures et les petits couplets, c’est pas pour moi. Avant ça, y avait bien eu Niroshima 1 et 2, une mixtape de Poska à l’ancienne mais c’était en 99-2000, donc c’est pour te dire, on ne m’a jamais appelé, pourtant les mixtapes dans le rap, c’est pas ce qu’il manque. »

Il explique aussi que les rares fois où il a posé ses couplets, ils sont vite passés à la trappe : « J’étais là, j’ai posé avec des rappeurs, mais ils ont retiré mes couplets parce que je les ai brûlés ». Il s’arrête, réfléchis, et répète : « Ils ont retiré mes couplets et on ne m’a jamais rien proposé jusqu’à ce que Mehdi m’appelle. Au bout de treize piges je suis en train de les brûler maintenant ».

Brûler vifs les sorciers sur le bûcher et entrer en Therapy pour trouver le succès mérité. Car Mehdi, c’est Therapy, le point commun entre Booba et lui, le beatmaker à la tête du label du même nom, l’écurie dont Kaaris est le pur-sang, le seul et unique. Cheval cabré sous le capot, l’étalon noir dira de lui qu’il est sa plus belle rencontre. D’ailleurs, il ne parle jamais de lui à la première personne, il dit toujours « nous », « on ». Non pas par reconnaissance mais parce qu’il sait bien que sans son équipe, il n’en serait pas là.

On a tendance à croire que Kaaris est bien plus qu’un rappeur. Il a cette intelligence qui fait écho à la brutalité pertinente de ses textes, quitte à choquer. On le voit se laver les mains à la vodka dans son clip Zoo. Le public crie au scandale, l’accuse de salir l’image de l’Islam en interprétant ce geste comme une insulte aux ablutions religieuses. Pourtant, le gamin de Sevran qui ne révisait pas beaucoup mais percutait vite, au front marqué par l’inclination au sol due aux cinq prières quotidiennes, à la barbe grainée et parfaitement taillée, est un homme qui a l’humilité de ceux qui ont attendu « très très très longtemps » avant de connaître la reconnaissance.

Est-on prédestiné à écrire des textes qui tutoient la mort en permanence lorsque sa naissance fait écho à la disparition brutale de son propre père ? Il nait à Abidjan, passe ses toutes jeunes années là-bas et voit Sevran, son fief, sa ville qu’il revendique à travers tous ses textes, lui offrir l’asile. Il a 7 ans. C’est sa mère qui élèvera ses huit enfants, « elle nous a éduqués comme elle a pu et j’ai été aimé même si on n’avait pas tout ce qu’on voulait … j’étais souvent dehors ». Et lorsqu’il n’était pas dehors, il était à l’école, gamin intelligent mais pas passionné même si, à l’époque « je maniais déjà la langue de ce fils de pute de Molière. »

Soit. Mais Kaaris partage un autre point commun avec Jean-Baptiste Poquelin : l’amour de la langue, qu’il aime manier au sens propre, et sale comme au figuré. « J’écris toujours dans un souci de perfection. J’essaie de faire en sorte d’être bien compris, déjà qu’on fait du rap et qu’on nous prend pour des idiots. J’aime bien imager mes punchlines et j’aime que l’image soit belle… J’aime bien les images. »

Fraîche candeur. Une candeur de gosse qu’on retrouvera dans sa capacité à nous raconter le synopsis de son Tarantino préféré. Tout en nuances : « Je te raconte le speech ? C’est un cascadeur, il a une voiture, sa place à lui, elle est équipée. Il accoste des filles, il les fait monter dans sa voiture et il fait des accidents avec sa caisse… Les meufs, il les explosent à côté de lui, il les voit en direct parce que lui, il est protégé, il les explose, il fait ça à plein plein plein de meufs, y a des meufs qui crament, et celles qui crament pas elles créent un club et elles le butent …

Elles créent un club et elles le butent. Mais nul besoin de club à Kaaris pour pulvériser tout les records. Le loup de la street qui a relégué Le loup de Wall Street et son record de 506 fuck au rang de prêche d’une messe luthérienne d’une église de Sarcelles, explose les compteurs en quarante minutes d’interview. Ses ventes d’albums en quelques semaines. Le niveau des punch’ en quelques seize mesures.

Comme du Scorsese, il y a de la grandeur, de la décadence, du mal, pas de bien, du sexe, de la violence et du machisme en K2A. Et comme du Scrosese, c’est trash et c’est bon. Nul doute que ce Raging Bull de Kaaris n’a rien d’un Infiltré.

Hadjila Moualek et Hugo Nazarenko-Sas

Les réactions des internautes

  1. dimanche 24 août 2014 14:05 Abou

    Y'a un truc qui m'échappe : on encense ces rappeurs (Kaaris, Booba), on leur déballe le tapis rouge (radio, presse écrite, TV) sans jamais remettre en question leur "art" et l'impact que cela peut avoir sur la société et la jeunesse. Skyrock n'est jamais pointé du doigt et les politiques semblent ne pas être préoccupé par ce phénomène de rap (a l'américaine). On (médias et politiques) préfère parler de voile, d'islam et de halal comme si le danger était là (qu'on ne me parle pas des djihadistes ou de Merah SVP). Allez comprendre la logique. Moi je pose la question, qu'est ce qui est plus dangereux pour notre jeunesse : un retour au religieux (islamique ou chrétien) ou cette dégénérescence qui vante le meurtre, la vulgarité et les partouzes ?
  2. vendredi 22 août 2014 11:42 Maudit globe

    Tu me manques ma blonde
  3. lundi 18 août 2014 01:35 Samantha

    Kaaaaaris en attente du deuxieme album sachant deja que sa sera du lourd !!! 93270 Tres bon article !! Et nadia je ne te connais pas , donc je ne vais pas te critiquer mais ton commentaires ne sert à rien , si tu n'as rien à faire vient pas écrire des commentaires de haineux sur les rappeurs ou autre chanteurs ! Tu aimerais qu'on viennent te descendre sachant pertinement que on te connait !!
  4. mardi 12 août 2014 18:25 Désirée

    Il est difficile d'écrire sur les rappeurs parce que tous les textes sont les mêmes mais là c'est réussi et les parallèlles avec helmut newton et scorcese sont risqués mais maitrisé même si je suis pas fan de kaaris, trop d'insultes
  5. mardi 12 août 2014 17:06 BC

    je ne connais pas .... mais en lisant ce texte ... je n'ai pas l'impression que cela parle de sexe , de violence ou de machisme mais plutôt de DESTRUCTION ,d''anéantissement ...l'emploi des mots le suggère : buter , exploser ,pulvériser ,cramer ,brûler .......parler de Molière comme un fils de pute ; là c'est un peu fort ......compliment aux auteurs de l'article ,ce n'est pas mièvre ,vous avez réussi à transmettre le choc de la rencontre
  6. mardi 12 août 2014 09:56 Martha

    Le rap connait pas ! celui entendu de loin, violence, provoc et dans la réalité des types qui se battent et qui prennent les filles ou les femmes pour des moins que rien (sauf leur mère bien sur).
    • mardi 12 août 2014 11:45 NAdia

      on ne pouvait faire plus caricatural.. comme quoi la désinformation ça se transmet d'ignorant en ignorant !
      • mardi 12 août 2014 20:21 Martha

        Vous parlez de désinformation, pas sure du tout.
  7. mardi 12 août 2014 00:14 Nadia

    Kaaris ... Aucun mérite aucun talent si ce n est celui d égarer avec lui une jeunesse déjà égarée .... Kaaris booba la fouine même titre que m-pokora lotie 2be3 et tous ces rigolos sans voix et sans intérêt !
    • lundi 18 août 2014 01:31 Samantha

      Nadia je ne te connais pas mais crois tu que ton commentaire remplit de bêtises et de méchanceté sert à quelque chose après l'effort des deux journalistes . Kaaris tu l'aime pas ni booba ni les autre . Ok mais vient pas insulter les gens . Marre de ce genre de commentaire. Coll
    • dimanche 17 août 2014 17:57 Hashka

      Nadia, avant de vouloir émettre une "critique", ou du moins un semblant, il faudrait déjà connaître de quoi l'on parle, et surtout ceux qu'on critique. A part du venin dénué de poison, il n'y a rien d'intéressant qui ressort de votre commentaire.