Nacer Kettane : "Sur le moment je n’y croyais pas, c’était surréaliste"

C'EST CHAUD mercredi 14 janvier 2015

Par Mimissa Barberis

Le président de la radio Beur FM, était aussi l’invité de l’émission “Bondy Blog Café” cette semaine. Dans une interview, il nous livre ses impressions sur les événements tragiques survenus la semaine dernière.

À quoi avez-vous pensez au moment où vous avez appris l’attentat contre Charlie Hebdo ? 

Sur le moment je n’y croyais pas, c’était surréaliste. J’étais loin de penser qu’il y avait eu autant de morts. Ce n’est pas qu’on pense à quelque chose mais on reste suspendu en l’air devant l’énormité de l’information.

À aucun moment je n’ai pensé à ceux qui ont tué les gens de Charlie Hebdo c’est comme-ci qu’ils n’existaient pas en tant qu’être humain.  Pas un seul moment je me suis dis que ce sont des pauvres types, des loubards ou des guerriers. Tout ce qui me renvoie à eux est associé à quelque chose de matériel qui n’a rien d’humain comme une arme, quelque chose qui fait du mal. À mes yeux, ils sont complètement déshumanisés.

Comment expliquer que des êtres humains peuvent commettre ces atrocités ?

C’est l’Histoire. Je veux dire qu’il y a une décision de vouloir piller les peuples en prenant les matières-premières, les richesses de pétrole, de minerai, l’or, le cuivre. Pour continuer à assoir le business on va aller faire la guerre en inventant des armes de destruction massive en Irak et on va leur fabriquer à l’intérieur des monstres.

Les musulmans doivent-ils rassurer leur compatriote français ?

Non. La communauté musulmane n’existe pas. Il y a des français qui sont d’origine algérienne, marocaine, tunisienne, turque, kurde, berbère qui ont des traditions comportementales, vestimentaires, culinaires différentes de la société française. Je dois dire qu’en France il y a eu des comportements gravissimes de la classe politique française qui a toléré tous ces imams auto-proclamés dans les quartiers qui sont venus de l’étranger pour acheter la paix social. Et sur un fond de précarité et de chômage avec des populations en déshérence, ces jeunes-là rencontrent des types qui leur disent là-bas la vie est plus belle et il ira venger Saddam Hussein, Ben Laden, il va laver l’affront qu’on a fait au prophète. De ce point de vue-là, l’Etat français a une lourde responsabilité car elle doit intégrer les laisser pour compte dans la République.

À la suite de l’annonce de l’attentat contre Charlie Hebdo, les gens se sont rassemblés à la place de la République pour condamner les événements. Ces personnes étaient solidaires et unis. Cela fait longtemps que nous n’avions pas ressentie ce sentiment là…

Il y avait surtout le peuple de France. Il y avait la France des barricades et surtout ces gens que nous avons vus dès le premier rassemblement à République. C’était la France rebelle, insolente, résistante. Celle qui vous dit je vous emmerde. Je dis toujours que nous, les enfants d’immigrés, nous sommes des patriotes et pas des nationalistes. La France telle que nous l’aimons et que nous avons vu à la place de la République est celle de 1789 et 1793. C’est la France de la décolonisation, de Manoukian, des fédérés, de l’affiche rouge.

Pensez-vous que cette solidarité qu’on a ressenti dimanche dernier perdura dans le temps ?

C’est aux politiques de se saisir de l’occasion. Je dis qu’il faut organiser un grenelle du dialogue social en réunissant des médias, des associations et des syndicats afin de consolider ce qu’il s’est passé et ne pas sombrer dans le tout sécuritaire, la stratégie de la citadelle assiégée à son mortifère. Il faut ouvrir la liberté de circuler, il faut ouvrir les frontières. Il faut être positif. L’immigration c’est du sang neuf. L’Afrique a besoin de nous. Aujourd’hui ce que l’on vit, c’est par ricochet toutes les affres de la décolonisation. C’est comme-ci qu’il y avait eu un tremblement de terre qui avait fait que les pays colonisés étaient arrivés à leur indépendance. C’est ce qui se passe aujourd’hui avec l’islamisme qui interpelle les sociétés occidentalisées pour dire attention on est dans la même humanité : arrêtez de consommer tout seul, arrêtez de ne penser qu’à vous, arrêtez de remplir vos frigidaires. Nous avons besoin d’être avec vous donc pensez à nous.

Propos recueillis par Mimissa Barberis

Bondy Blog Café, spécial Charlie Hebdo, dimanche 18 janvier à 12h sur FranceÔ et 13h sur LCP