Hicham Boulhamane, candidat tout-terrain à Creil

AMBIANCE mardi 17 mars 2015

Par Rouguyata Sall @rouguyata

Hicham Boulhamane forme avec Isabelle Maupin le binôme « Génération citoyenne », liste divers gauche candidate dans le canton de Creil. L’homme qui a failli détrôner le maire de Creil en 2014, est aujourd’hui en course pour lui prendre son fauteuil de conseiller départemental dans l’Oise. Portrait.

L’Oise, c’est un peu la banlieue nord de la banlieue parisienne. Aux portes de l’Ile-de-France, ce département est un bassin d’employés pour la région parisienne. Paris a ses cités-dortoirs. Creil en fait partie. Et c’est pour cette petite ville picarde de moins de 40 000 habitants qu’Hicham Boulhamane s’est porté candidat et fait campagne depuis plusieurs mois.

Dernière semaine sur les chapeaux de roues.

Le planning est très chargé, c’est le sprint final de la campagne : maintien de la présence sur le terrain, poursuite des échanges avec les citoyens et les associations, production documentaire, réunions publiques et grand meeting de clôture ce vendredi 20 mars. A ses côtés, Isabelle Maupin, deuxième membre de ce binôme obligatoirement paritaire. Avec Hicham, ils partagent une expérience malheureuse des structures politiques classiques. Tous deux sont ex-socialistes. Elle est aussi une ex-EELV.

Une volonté de renouvellement politique les anime et ensemble, ils proposent un programme de 17 pages. Huit chapitres pour écrire leurs propositions en face des manques ou des échecs. De l’action sociale, où des chèques-engagement viendront encourager les jeunes à adhérer aux clubs de la ville. A la culture, avec la création d’un pass pour tous les évènements publics. En passant par l’emploi, où favoriser l’implantation des entreprises et soutenir les PME sont leurs crédos. Pour les jeunes sans qualification, ils voient un rapprochement entre les entreprises et les jeunes, une meilleure adéquation entre les formations et les compétences prisées par les entreprises, qui sont là, contrairement à ce que le taux de chômage pourrait faire croire.

De « Génération Creil » à « Génération Citoyenne ».

AfficheLe programme a été élaboré avec les militants qui parcourent le canton à la rencontre des habitants. Un travail de terrain piloté par Isabelle et Hicham. A l’époque, il milite à la tête de Génération Creil, groupe créé au sein du conseil municipal PS où il siégeait depuis 2008.

Le socialiste qu’il était a eu la naïveté de croire qu’élu, il pourrait faire bouger les choses. Il a plutôt découvert les rouages de la gestion municipale de Jean-Claude Villemain (PS), « sans concertation avec les élus et encore moins avec les habitants ». Le PS, il le voit « comme un parti de supporters, pas un parti de militants ». Alors en 2013, il prend son courage à deux mains et se met en retrait du Parti socialiste, afin de construire avec d’autres conseillers municipaux, leur propre dynamique citoyenne.

« Génération Creil » naît pour dépasser les limites des partis traditionnels, pour satisfaire le besoin de faire de la politique autrement. En 2013, la campagne pour les municipales bat son plein. L’adhésion est là : « Plus d’un an de campagne au contact de la population, on a senti l’engouement des Creillois ». Des personnes qui n’avaient jamais voté s’enrôlent même dans les bureaux de vote. Un immense travail de rassemblement qui rapporte 25 % des voix au premier tour et 35% au deuxième, à 497 voix du fauteuil de maire.

Une réelle victoire dans la défaite arithmétique.

Depuis, « Génération Creil » s’est diffusée. Le mouvement a inspiré et l’engouement a dépassé les frontières creilloises : Montataire, Villers, Nogent ont souhaité rejoindre la dynamique. A l’étroit dans « Génération Creil », ils étendent la structure à « Génération Citoyenne ».

Hicham est fier de la propagation de la mobilisation, fier des engagements de ces personnes qui ne sont pas des rentiers de la politique. A l’instar d’Isabelle, médecin et lui responsable commercial au sein d’un éditeur de logiciels informatiques. La campagne est libre aussi, affranchie de tout carcan de communication ou de tracts moulés au siège national du parti. Cette liberté vient de leur poche, de leurs économies qui financent la campagne, leurs livrets A et parfois ceux de leurs enfants.

Hicham habitait dans le quartier de Rouher. Ce quartier, Hicham l’a quitté baccalauréat en poche. Au revoir les hauteurs de Creil pour la capitale des Flandres et son université Lille 1 où il a choisi l’informatique. Diplômé, il retourne à Rouher. Aujourd’hui, Hicham y habite toujours car « s’il n’y a pas d’exemples, on n’arrivera pas à tirer les quartiers vers le haut. Ce quartier, j’y habite de manière volontaire, pas de manière subie ». Il n’y est pas né mais c’est comme si. Quand ses parents marocains traversent la Méditerranée en 1978, il a 3 ans. Son père aujourd’hui retraité, a fait toute sa carrière chez Calberson, au poste de manutentionnaire. Pour sa mère ce sera femme de ménage et engagement dans le monde associatif. Et ça, elle n’a pas manqué de lui transmettre.

Rouher et son centre Georges Brassens où le soutien scolaire a fait grimper ses notes. Ce même centre où il aidera à son tour les jeunes à faire leurs devoirs. C’est cette structure qui l’a amené à s’intéresser au fonctionnement de la ville, à rencontrer des acteurs de la vie associative et à devenir l’un d’eux. Certains sont présents ce 14 mars salle Voltaire où Hicham et Isabelle animent leur dernière réunion publique sur fond de présentation Powerpoint violette. Le violet, leur identité, leur couleur. Peut-être leur portera-t-elle chance le 22 mars prochain.

Rouguyata Sall