Un an après l'effondrement à Rosny-sous-Bois, "les oubliés de la Justice"

AMBIANCE lundi 7 septembre 2015

Par Tom Lanneau @TomLanneau93

Il y a un an, le 31 août 2014 à 7h30, un immeuble de quatre étages s’effondre au 33 de l’avenue Jean Jaurès à Rosny-sous-Bois (93), ensevelissant ses résidents endormis sous les décombres. Le bilan est lourd : 8 morts, 11 blessés et une cinquantaine de personnes se retrouvent sans logement. L’enquête a conclu à une fuite de gaz, mais les circonstances exactes de ce drame restent mystérieuses. À l’enquête qui patine, aux lourdes séquelles psychologiques chez les victimes, s’ajoute le problème de l’indemnisation qui reste au point mort.

Ce samedi 5 septembre, de 10h30 à midi, près de 300 personnes se sont rassemblées pour marcher de l’hôtel de ville jusqu’aux lieux du sinistre, afin d’assister à l’inauguration de la stèle commémorative, placée au pied de l’immeuble qui conserve encore aujourd’hui des stigmates du drame. De nombreuses personnalités politiques étaient également présentes : Bernard Cazeneuve, Claude Bartolone, Valérie Pécresse, Stéphane Troussel, Elisabeth Pochon…

Le maire de Rosny, Claude Capillon (UMP), tient à souligner que le calvaire des familles des victimes et des rescapés est loin d’être fini. « Le problème numéro 1 reste la conclusion des experts. Les circonstances exactes de l’explosion restent floues. C’est pour cela que certaines familles ont l’impression que l’enquête n’avance pas et qu’on leur cache la vérité ». C’est d’ailleurs ce que me confiera la fille d’une des victimes de l’effondrement : « Vous avez vu comment l’immeuble a été soufflé ? Vous n’allez pas me faire croire que c’est juste la chaudière d’un particulier qui a rasé la moitié de l’immeuble ! »

Afin de « faire avancer le dossier », lors d’une allocution prononcée devant le ministre de l’Intérieur, Claude Capillon a déclaré vouloir se porter partie civile et saisir le doyen des juges d’instruction afin d’avoir accès au dossier, car « avec des questions sans réponses, il est dur de se reconstruire pour les victimes (…) d’autant plus que c’est la plus grande catastrophe qu’ai connu Rosny depuis 30 ans ». Tout en rappelant que le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir politique, Bernard Cazeneuve a assuré au maire qu’il allait contacter Christiane Taubira pour que les familles puissent être reçues par les magistrats qui instruisent l’affaire.

11988256_10206432585365672_4166652149144908255_nEn plus du flou entourant les origines exactes de l’incident et du sentiment d’avoir été « oubliés par la Justice », de nombreux rescapés évoquent les problèmes qu’ils ont rencontrés avec leurs assurances. Pascal Pitois qui habitait au premier étage de l’immeuble a été sorti des décombres 3 heures après l’effondrement, avec cinq côtes cassées et un traumatisme au rein gauche. Malgré la forte émotion émanant de la commémoration, il accepte de répondre aux questions : « depuis la catastrophe, je n’ai rien touché de mon assurance. Alors que j’ai tout perdu, on m’a juste payé 7 nuits d’hôtel, 500 euros de vêtements et les frais d’hôpitaux. J’ai même dû avancer mes frais de Samu ! » Aujourd’hui, Pascal affirme que lorsqu’il appelle son assurance, les conseillers lui répondent « nous n’avons pas les factures, nous ne pouvons rien faire » ou encore « vous devez nous fournir les justificatifs de ce qu’il y avait dans les décombres »… « mais je fais comment vu que j’ai tout perdu ? » lâche Pascal. Même problème pour la famille Sakho qui habitait dans l’immeuble avec ses trois enfants. « Grâce à la mairie, nous avons pu être relogés dans le quartier de la Boissière. Mais le gros souci, c’est que les assurances n’ont absolument rien remboursé ! » assène le père.

Le soutien des habitants, mais pas des assurances

Même rengaine pour monsieur Chotain, ancien militaire de 85 ans qui habitait au premier étage. « Les assurances ne l’indemnisent pas alors qu’il a cotisé toute sa vie ! Et vous avez vu son âge ! » s’exaspère sa fille. « Au bout de 6 mois, les experts nous ont contacté pour visiter l’appartement, mais on leur a bien précisé qu’on ne pouvait pas y rentrer… Eh bien ils sont quand même venus et y ont bien trouvé porte close ! » poursuit-elle. Après lui avoir demandé des photos des biens de l’appartement, aujourd’hui l’assurance lui demande un justificatif pièce par pièce. « La mairie m’a relogé rapidement dans une maison de repos à Rosny, et puis m’a fait bénéficier des dons qui ont été collectés » raconte M. Chotain, habillé de son costume sur lequel trône une demi-dizaine de décorations militaires. « Et de nombreuses marques ont également fait preuve de beaucoup d’empathie envers les rescapés. J’ai pu être totalement remeublé grâce aux dons d’Alinéa, de Domus et de But ».

11140035_10206432591045814_6422285695661858074_nManuel, ancien habitant du 2e étage, a pu bénéficier de 20 000 euros d’avance de frais. « Heureusement que j’avais une grosse assurance, mais ça part vite quand il s’agit de se remeubler ! Et aujourd’hui, concernant les biens matériels, l’assurance ne suit pas. Ils me demandent des preuves, des relevés bancaires pour justifier mes achats depuis que je suis dans l’appartement… » Afin de rebâtir l’immeuble et d’y voir plus clair dans les procédures judiciaires, le maire organisera, en octobre, une réunion avec les copropriétaires de l’immeuble. Concernant l’avenir de ce bâtiment, Manuel déclare : « apparemment, on va pouvoir reconstruire cet immeuble et le maire essaye de reloger tout le monde sur tous les étages, même si avec les nouvelles normes, il sera un peu plus petit ».

L’élan de solidarité qui a suivi l’effondrement est ce qui ressort le plus des discours des personnes présentes à la cérémonie. Ainsi, la plupart des personnes interviewées remercient les Rosnéens pour leur générosité concernant les dons de meubles, de nourriture… à tel point que la mairie avait dû cesser la récolte de certains objets dès le lendemain ! De même, les premiers cadavres extraits du bâtiment ont été sortis par des voisins. « On a été fortement touché par l’esprit collectif qui a entouré notre malheur, ça nous a été d’un grand soutien », racontent Pascal Pitois et Sylla Sakho. Néanmoins, la souffrance psychologique et financière reste fortement ancrée dans les discours des rescapés. « Aujourd’hui, j’ai une forte pensée pour une ancienne habitante de l’immeuble, qui a perdu son fils de 11 ans dans l’effondrement et qui vit seule aujourd’hui avec son deuxième enfant dans un hôtel, et cela depuis un an. Le Conseil régional lui a payé sa chambre depuis l’incident, mais aujourd’hui ils veulent couper les aides. Et encore une fois, l’assurance ne lui a rien reversé » souligne Manuel.

Tom Lanneau