Au Trocadéro, "on ne veut pas de Juppé, on ne veut pas de plan B, c’est Fillon ou rien !"

POLITIQUE dimanche 5 mars 2017

Par Jonathan Baudoin @JoBaudoin

François Fillon a réuni ses partisans place du Trocadéro, dans le 16e arrondissement de Paris, ce dimanche après-midi, avec le soutien de Sens commun, émanation politique de La Manif pour tous. Le Bondy Blog s’est rendu sur place pour connaître les motivations des milliers de personnes réunies sous une pluie intermittente Reportage.

Tout commence avec le voyage dans le RER C, à la gare de Saint-Gratien, dans le Val-d’Oise. La maire LR de la commune, Jacqueline Eustache-Brinio et quelques militants Les Républicains s’y engouffrent, prêts à rejoindre le “grand rassemblement populaire”. Gênée, l’édile ne fera aucun commentaire : “J’ai du respect pour vous mais je ne répondrai pas au Bondy Blog”.

“C’est un coup d’État”

Sur la place du Trocadéro, plusieurs milliers de personnes se sont regroupées, majoritairement blanches et âgées, entonnant comme slogans “Fillon président” ou encore “Fillon, tiens bon ! La France a besoin de toi”, dans une atmosphère calme, sous un climat alternant “le soleil d’Austerlitz” selon le député Éric Ciotti ou une pluie anglaise (ou galloise, c’est selon). D’après l’équipe du candidat LR, 200.000 personnes avaient fait le déplacement. C’est Bruno Retailleau, coordinateur de la campagne de François Fillon, qui l’a dit à la tribune avant le discours de ce dernier. Il a même réévalué le chiffre à 300 000 quelques instants après la fin du rassemblement. Ce chiffre est totalement exagéré. Celui de 35 000 à 40 000 paraît déjà plus proche de la réalité

Rassemblement en soutien à François Fillon, sur la place du Trocadéro dans le 16ème, Paris

Parmi les manifestants figure François, un pied-noir de 73 ans vivant à Viroflay (Yvelines). “J’ai voté, je veux que mon vote soit respecté” assène-t-il, écœuré par le comportement de la presse, notamment du Canard Enchaîné et de Mediapart, qui “ont organisé ce lynchage médiatique” envers François Fillon, selon lui. “On ne veut pas de Juppé. On ne veut pas de plan B, c’est Fillon ou rien !” pour Corinne, une quadragénaire qui n’a “jamais milité de [sa] vie”. “C’est un coup d’État” ajoute-t-elle. Pour Karl Pineau, étudiant à Sciences Po Lille, sa participation se veut être un soutien envers l’ancien Premier ministre victime à ses yeux d’une injustice menée par une “oligarchie cosmopolite” regroupant juges, médias, intellectuels et hommes politiques au sein du parti Les Républicains.

Au cours de ce meeting improvisé en catastrophe, le candidat de la droite a défendu le choix du “peuple de droite”. “Laisserez-vous les intérêts de factions et de carrière et les arrière-pensées de tous ordres l’emporter sur la grandeur et la cohérence d’un projet adopté par plus de quatre millions d’électeurs ? (…) Je continuerai à dire à mes amis politiques que ce choix à la fois leur appartient et ne leur appartient pas”, a-t-il déclaré à l’attention de son camp.

Macron, les médias et “les traîtres” dans le feu des critiques chez les militants

Un autre nom que celui de François Fillon semble être au cœur des discussions des soutiens du candidat LR. Il s’agit d’Emmanuel Macron. Notamment sur la question du lien entre l’ancien ministre de l’Économie et les médias. “Les médias roulent pour Macron. Il suffit de regarder le temps d’antenne”, indique Karl Pineau, très remonté à l’égard du candidat En Marche. “Macron incarne vraiment la suite de François Hollande”, ajoute-t-il. Les personnes interrogées par le Bondy Blog critiquent de manière unanime le rôle des médias. Une presse “infecte” selon François. “Les médias sont de connivence car ils ont tous des subventions de l’État”, avance Corinne.

Quant à la vague de désistement envers la candidature de Fillon depuis quelques jours, avec Bruno Le Maire, Pierre Lellouche ou Jean-Christophe Lagarde de l’UDI, tous condamnent leur comportement. Notamment Karl Pineau, qui n’y va pas de main morte. “Ils sont libres de le faire, mais ils ne sont pas de droite. Ce sont des gens de gauche !” juge-t-il. “Je pensais qu’ils étaient plus costauds, mais pour moi ce sont des traîtres”, surenchérit Corinne.

“On est là parce qu’on veut nous faire taire”

Rassemblement en soutien à François Fillon, place du Trocadéro dans le 16ème, Paris.

Lors de la première manifestation contre la Loi Travail, le 9 Mars 2016, François Fillon écrivait sur Twitter que la rue ne devait pas prendre le pas sur la République, et qu’elle porterait atteinte à la liberté. Cette déclaration passée n’est-elle pas en contradiction avec ce rassemblement ? Aucun rapport selon les militants. “À mon avis, François Fillon faisait la distinction entre les manifestations qui troublent l’ordre public et les manifestations qui sont d’ordre politique de soutien […] Donc, il n’y a aucune contradiction”, estime Karl Pineau par exemple.

Mais l’étudiant de Sciences Po Lille avoue tout de même que ce rassemblement a pour but de “faire une démonstration de force“. Pour Corinne, c’est le seul moyen de se faire entendre. “On est là parce qu’on nous fait taire. Il n’y a que la rue. On n’a plus que ça, sinon on est foutu. C’est la rue ou rien !”, confesse-t-elle.

Reste maintenant à savoir si la mobilisation d’aujourd’hui constitue une relance de la campagne de Fillon ou le chant du cygne de la part de l’ancien Premier ministre.

Jonathan BAUDOIN

Crédit Photo : Julien Autier