Quand la diaspora congo-zaïroise est prise de nostalgie pour Mobutu

AMBIANCE vendredi 19 mai 2017

Par Jonathan Baudoin @JoBaudoin

Vingt ans après avoir été chassé du pouvoir par la rébellion de Laurent-Désiré Kabila, appuyé par le Rwanda et l’Ouganda, Mobutu Sese Seko bénéficie encore d’une certaine nostalgie auprès d’une partie de la diaspora congo-zaïroise, alors même que cette diaspora s’est exilée durant la dictature du léopard de Kinshasa. Explications. 

Voilà vingt ans quasiment jour pour jour que Joseph-Désiré Mobutu a dû quitter le Zaïre et s’exiler, vaincu par la rébellion menée par Laurent-Désiré Kabila, qui rebaptisa le pays République démocratique du Congo (RDC). Depuis 1997, l’image d’un Mobutu, au départ profondément détesté au sein de la population congo-zaïroise et de la diaspora s’est peu à peu améliorée aux yeux de certains Congolais, au point qu’une nostalgie du dictateur du Congo-Zaïre (1965-1997) s’est développée dans une partie de la diaspora. Une chose incompréhensible pour moi, mais qui n’est pas non plus sans raison. Sous Mobutu, un appareil d’État semblait être apparent, sans craindre une mainmise du pays, notamment de l’économie, par l’extérieur. Ensuite, l’idée selon laquelle le Zaïre détenait un certain prestige au niveau international, était forte.

Congo-Zaïre sous Mobutu : répression, tutelle, corruption

Pourtant, l’appareil d’État sous Mobutu n’était visible qu’en matière de services de sécurité, surtout pour éliminer des adversaires politiques. Et les exemples ne manquent pas : Evariste Kimba en 1966, pendu à l’endroit où s’est élevé le stade des Martyrs à Kinshasa ou Pierre Mulele en 1968. S’agissant de l’apparente indépendance du pays, le Zaïre était bien sous tutelle étrangère, en particulier occidentale – États-Unis, Belgique, France, Royaume-Uni -, dans un contexte de la guerre froide. Les interventions étrangères pour sauver le régime face à des rébellions ne sont pas négligeables. Citons celle de la France de Valéry Giscard d’Estaing en 1978, face aux “gendarmes katangais” à Kolwezi. A partir du moment où la guerre froide a pris fin, le soutien occidental s’est tari, à l’exception de celui de la France. Et le génocide rwandais de 1994, faisant déplacer des centaines de milliers de Tutsis, en plus des génocidaires hutus vers l’est du Zaïre, a fragilisé le pouvoir zaïrois et permis à la rébellion de Kabila père de se développer et de pouvoir renverser la dictature de Mobutu.

Au niveau économique, la période de zaïrisation, le mouvement créé par Mobutu, a permis à des militaires et à Mobutu lui-même de s’enrichir indéfiniment, généralisant la corruption et périclitant le potentiel économique des mines, des usines, et même des exploitations agricoles. Exemple : Renault Zaïre, filiale de l’ex-régie française, avait développé des fermes aux alentours de Kinshasa permettant à des centaines de personnes de se nourrir décemment. Une fois ces fermes rachetées par l’État, leur rendement s’est effondré car les cadres du régime ont capté les revenus issus du travail agricole.

Kabila et Mobutu, même combat ?

Le sentiment de nostalgie à l’égard de Mobutu s’expliquerait aussi par la gouvernance de Joseph Kabila, au pouvoir depuis l’assassinat de son père, en 2001. La diaspora congo-zaïroise oppose Mobutu à Kabila fils alors qu’en fait, Kabila est le véritable héritier politique de Mobutu. Comme Mobutu, l’actuel président s’enrichit sur le pays et enrichit ses proches dans un système de corruption quasi général au pays. Comme Mobutu, Kabila laisse la RDC sous tutelle étrangère, notamment celle de la Chine, dans le développement de ses structures économiques. Comme Mobutu, Kabila reste au centre du jeu politique congo-zaïrois, mais avec une différence sur la forme : là où Mobutu faisait des discours fleuves de plusieurs heures, empêchant des opposants politiques de s’exprimer, Kabila s’enferme dans le mutisme le plus absolu, laissant parler ses adversaires qui se fatiguent de la sorte. Cerise sur le gâteau : nombre de dignitaires kabilistes étaient déjà des cadres mobutistes dans les années 1980 et 1990, preuve, s’il en fallait, que la classe politique ne s’est pas renouvelée.

Restent les grands perdants : les habitants. La richesse par Congo-Zaïrois reste très faible. Selon le FMI, le PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat au Congo-Zaïre était de 773 dollars en 2016, soit un niveau semblable à ce qu’il était en 1983 ! Dès la fin des années 1980, l’appauvrissement du Zaïre était continu jusqu’en 2001, en raison de la fin de la guerre froide, de l’impact du génocide tutsi, de la rébellion renversant le régime de Mobutu puis de la guerre entre Kabila père et ses anciens alliés rwandais et ougandais.

Jonathan BAUDOIN