L’odeur des grillades, le goût des glaces à la grenadine concoctées par les mamans dans des sacs de congélation, les sirops à l’eau dans des petites bouteilles de Cristaline. Vous avez le tableau, vous avez la ref ? Nous voilà en plein été dans beaucoup de quartiers populaires.

C’est exactement comme ça qu’on est accueilli à l’entrée du stade André-Karman, à Aubervilliers, depuis le début du mois de juin. Barbecue, glacières et frigos sont installés par plusieurs associations de la ville. Les personnes présentes ne sont pas seulement là pour manger, mais pour assister à un spectacle, celui de la Auber Nations Cup.

Les bruits des ballons résonnent chaque été, sur le bitume bouillant des cités. Alors que les CAN des quartiers fleurissent partout en France depuis quelques années, la Auber Nations Cup a su s’imposer à Aubervilliers.

Il s’agit d’un tournoi de football organisé depuis deux ans maintenant au cœur de la ville d’Abou Diaby. Organisé par l’OMJA (Organisation en Mouvement des Jeunesses d’Aubervilliers), avec une dizaine d’associations de la ville. Ce tournoi se veut fédérateur. « Le terme “nations” est hyper important pour nous, on a une ville très diversifiée, beaucoup de nationalités sont représentées. On a voulu faire de même dans le tournoi, on a des équipes comme la Chine, le Portugal, le Sénégal, la France ou encore l’Égypte. L’idée étant de vraiment réunir tout le monde et d’exclure personne », nous confie Jean-Michel dit « Shellmy », membre du staff.

Effectivement, personne n’est exclu. En se baladant dans les gradins du stade, on ne peut qu’être frappé par la mixité sociale, culturelle et surtout générationnelle de ce tournoi. Si le football s’est toujours présenté comme un sport très jeune, dans les tribunes de ce stade albertivillarien, on croise beaucoup de parents.

C’est la première fois de ma vie que je vois un match dans un stade de foot

« Je suis papa, c’est vrai, mais je suis avant tout supporter algérien », nous crie Redouane, au milieu du kop algérien, quelques secondes après un but de Samir, numéro 8 des Fennecs. Passionné de foot, ce papa a entendu parler du tournoi dans sa cité située à deux pas du stade. « À la base, je venais surtout pour accompagner mes enfants. Il est impensable de les envoyer seuls voir des matchs. Au final, je m’éclate autant qu’eux. »

À quelques pas, nous rencontrons Soumia. La petite quarantaine, cette maman est coiffée d’un drapeau algérien, un enfant dans à chaque main. Dans la continuité de notre conversation avec Redouane, nous lui demandons si elle aussi est venue accompagner ses deux enfants en bas âge ? La réponse est sans appel : « Je suis surtout venue pour moi, oui ! C’est la première fois de ma vie que je vois un match dans un stade de foot. C’est aussi ce que permettent des événements pareils, organisés gratuitement. C’était incroyable : le spectacle, l’ambiance, les buts. Je vais revenir, c’est sûr ! » En termes d’ambiance, il y en a pour tous les goûts à Karman. « On fait de notre mieux pour que les gens passent un bon moment, voient un beau spectacle et fassent la fête ensemble. Au final, le foot n’est qu’un prétexte pour se rassembler », nous livre un autre organisateur.

Mon père me donne de la force

« Samir, on veut ton maillot, on veut ton maillot », voilà ce qu’on entend dans les vestiaires, quelques minutes après le match. Samir, c’est le milieu de terrain de l’équipe algérienne, qualifié pour la finale ce samedi soir. Ce jeune homme de 19 ans joue au foot depuis tout petit, du FCMA au FC 93, il a su séduire le public de la Auber Nations Cup.

Le premier supporter de Samir, c’est avant tout son père. Installé à chaque match sur une chaise pliante, en bord de terrain, ce dernier se montre très impliqué et admirateur de son fils : « Mon père me donne de la force, ça ne représente pas une pression pour moi, au contraire. Depuis tout petit, il m’accompagne sur mes matchs, c’est important pour lui comme pour moi. »

Nous croisons un autre fiston dans les vestiaires, cette fois beaucoup plus jeune, il s’agit de Liam, 10 ans : « Je supporte la Côte d’Ivoire en attendant de pouvoir jouer dans cette incroyable équipe, dans quelques années, j’espère. » Le papa de Liam, Philippe, n’est pas loin, il fait partie des nombreux bénévoles de l’événement. « J’amène toujours un de mes fils sur le tournoi, ça les fait kiffer. Ça leur permet aussi de comprendre pourquoi je suis fatigué en rentrant du tournoi, mais c’est de la fatigue positive, ce qui se passe est incroyable. »

La grande finale de la Auber Nations Cup se tiendra ce samedi 24 juin. En tête d’affiche : Algérie / Côte-d’Ivoire. Avant cette finale tant attendue dans la ville, il y aura un match pour déterminer la troisième place du podium. Une rencontre féminine pour mettre à l’honneur le foot féminin et un derby entre les anciennes gloires des deux clubs d’Aubervilliers : l’ASJA et le FCMA. Le tout, sous le regard bienveillant et amusé des parents.

Salimou Danfakha

 

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