« C’est une révolution ! Ma fille a mis cinq minutes pour aller au lycée, contre vingt hier », s’exclame Dhoimrabi qui vit ici depuis six ans. Ce mardi matin, c’est l’effervescence au nord-ouest de Rennes. Entre les dix barres d’immeubles composées de 16 étages chacune, une bouche de métro est apparue. Après huit années de travaux, la deuxième ligne du métro de Rennes a ouvert mardi 20 septembre. Les quelque 6 200 habitants arriveront à Saint-Anne, la place du centre-ville, en cinq minutes. Une avancée pour le quartier.

Construit en 1927, le quartier Maurepas – Patton compte près de 12 500 habitants.

Le centre-ville va enfin nous être plus accessible

Grands sourires aux lèvres, habitants du quartier et curieux empruntent les escalators qui mènent en bas des tours. Dans le cadre du programme national de rénovation urbaine, une enveloppe d’environ 100 millions d’euros a été mise à disposition dans le but de réhabiliter les tours HLM de Maurepas. Ce nouveau moyen de déplacement va désenclaver ce quartier populaire où 49.8 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Il va également permettre aux habitants d’accéder plus facilement à des emplois éloignés de leur lieu de vie. C’est le cas de Sarah, croisée sur un banc, qui habite dans ce quartier depuis un an : « Le centre-ville va enfin nous être plus accessible ». Et vice versa : depuis l’incendie de la Mosquée du quartier, en juin dernier, Sarah a fait de son appartement un lieu de prière pour les femmes. « Des sœurs des quatre coins de la ville vont pouvoir venir chez moi. C’est important », se réjouit-elle.

Plus de brassage de population et de mixité sociale

Dans les locaux de la Mission locale, située à quelques mètres de la station de métro Gros-Chênes, Valérie accompagne des jeunes à la recherche d’un emploi. « L’arrivée du métro va entraîner plus de brassage de population et de mixité sociale », pointe celle qui parle de désenclavement. « Cette évolution, en plus de permettre l’accès à un plus large territoire, va redynamiser le quartier et peut-être apporter de nouveaux habitants, commerces », souligne Anatole Begui, conseiller mobilité du quartier. Pour lui, c’est une ouverture sur la ville.

Si certains habitants parlent de révolution, le politologue et auteur de Sociologie de Rennes, Romain Pasquier tempère : « Comme tout phénomène sociologique, il aura des effets positifs et négatifs. L’arrivée du métro va modifier les habitudes des habitants de ce quartier marqué par des inégalités sociales importantes ». Cependant,  « les habitants vont avoir le sentiment de faire plus partie de la ville ». Sans trop s’avancer sur les effets à venir, il estime que le quartier pourrait voir arriver « une population étudiante qui viendrait « mixer » le quartier ».

Désengorger la ligne de bus qui se rend en centre-ville

Wayna habite le quartier depuis sept ans. « Mon quotidien va changer », sourit-elle. Le métro en bas de chez elle va permettre « d’élargir les possibilités sur la ville ». Elle ajoute : « C’est une chance pour mes enfants qui s’arrêtent à une autre station de la ligne A pour aller à l’école ». Pour Capucine, Agathe et Alya, toutes les trois étudiantes, le métro va surtout permettre de désengorger la ligne de bus qui rejoint le centre-ville en 15 minutes « quand il n’y a pas de perturbations », rigolent les trois jeunes filles.

J’ai peur que ça engendre plus de trafic de drogue qu’il n’y en a déjà

Mais tous les habitants ne sont pas du même avis. Christine et sa sœur sortent du bâtiment 11 pour faire leurs courses au Aldi qui orne la dalle du quartier. Aujourd’hui, c’est moules frites au menu. Christine voit l’arrivée du métro d’un mauvais œil et craint pour sa sécurité. « J’ai peur que ça engendre plus de trafic de drogue qu’il n’y en a déjà. » Cette dernière affirme constater une hausse du nombre de points de deal depuis le début des travaux de la nouvelle ligne. « Comment on va faire l’hiver quand il fera nuit à 17h ? », s’inquiète celle qui a vu son quartier changer en 40 ans. Sarah, voisine de Christine, partage les mêmes craintes que cette dernière.

Des travaux ont déjà été engagés pour la réhabilitation totale des dix tours du quartier.

Changer l’image du quartier

Mais Christine voit aussi le verre à moitié plein : « Peut-être que l’arrivée du métro va permettre aux habitants du centre-ville de changer l’image qu’ils ont sur notre quartier » . C’est ce que souhaite également Valérie de la Mission locale : « Dans le quartier, il y a des clichés à effacer. J’espère qu’avec le temps, la population des autres quartiers de la ville va venir à Maurepas. C’est un quartier très riche culturellement ».

L’arrivée du métro à Maurepas n’est que le début d’une rénovation urbaine importante dans le quartier. D’ici 2026, 1600 logements devraient être rénovés, 500 autres devraient être construits, deux nouvelles écoles devraient voir le jour, ainsi qu’un nouvel espace social commun.

Camille Bluteau

Articles liés

  • À Paris, le manque de terrains de foot brise des rêves

    La capitale, qui accueillera les Jeux Olympiques en 2024, est sous-équipée en stades et terrains. En raison de travaux d'urbanisme, certains clubs de football associatifs ont perdu un lieu essentiel pour s'entraîner à la rentrée. Une situation qui met en péril aussi bien l'avenir des clubs de quartier que les aspirations des jeunes.

    Par Meline Escrihuela
    Le 13/09/2022
  • Des gars d’Evry qui visent bien plus qu’une simple lucarne

    #BestofBB Phénomène viral de l’année 2021, la fameuse lucarne d’Evry n’en finit plus d’étonner. Malamine Sissoko et les siens ont su fédérer autour d’un projet entrepreneurial qui utilise le football comme levier pédagogique. Véritable action pérenne ou énième coup marketing pour faire briller la banlieue ? Rencontre à Poissy dans le cadre de la tournée nationale qu’ils viennent d’entamer avec leur lucarne mobile.

    Par Florian Dacheux
    Le 11/08/2022
  • Des gars d’Evry qui visent bien plus qu’une simple lucarne

    Phénomène viral de l’année 2021, la fameuse lucarne d’Evry n’en finit plus d’étonner. Malamine Sissoko et les siens ont su fédérer autour d’un projet entrepreneurial qui utilise le football comme levier pédagogique. Véritable action pérenne ou énième coup marketing pour faire briller la banlieue ? Rencontre à Poissy dans le cadre de la tournée nationale qu’ils viennent d’entamer avec leur lucarne mobile.

    Par Florian Dacheux
    Le 22/03/2022