Capharnaüm s’ouvre sur la petite silhouette nerveuse de Zain (Zain al Rafeea) prise derrière les barreaux d’une prison. C’est ce môme de 12 ou 13 ans – il ne le sait pas lui-même – qui nous emmène dans le dernier film réalisé par Nadine Labaki. Dans les quartiers pauvres de Beyrouth où s’entassent des réfugiés syriens, des travailleurs immigrés et les plus démunis, Zain se débat contre des parents aux faux airs de Thénardier et contre la violence de son quotidien. Le visage renfrogné, il ira jusqu’à poursuivre ses géniteurs en justice leur reprochant de « l’avoir mis au monde ».

La rencontre de cet enfant des rues avec Rahil (Yordanos Shifera), une jeune Éthiopienne sans papier et son bébé Yonas (Treasure Bankole), amorce le temps fort de Capharnaüm. La complicité que nouent les deux enfants est d’une tendresse folle et les exploits de débrouillardise accomplis par Zain achèvent de nous charmer. Bourrés de talents, ces acteurs non-professionnels sont la vraie force d’un film qui manque parfois de subtilité. Alors que le sujet n’a pas besoin de violons en renfort, les scènes tire-larmes et la bande originale larmoyante sont en trop.

Mais il faut faire fi de ces détails car le tableau dépeint par Nadine Labaki met un visage sur des statistiques froides, sur une misère qui peut paraître lointaine et abstraite. La réalisatrice parvient à mettre en lumière une foule de problématiques peu évidents à aborder : mariages précoces,  vulnérabilité des sans-papiers et bien sûr celle de ces enfants mal-aimés et maltraités.

Avant de fouler le tapis rouge du festival de Cannes – où le film a reçu le prix du jury – Zain al Rafeea était réellement un de ces enfants violemment ballotés par la crise syrienne, tout comme les autres acteurs qui ont, à peu de chose près, interprété leur propre rôle. Après le tournage, Zain al Rafeea et sa famille ont eu la chance de pouvoir émigrer en Norvège. Un privilège que ne partagent pas les milliers d’enfants qui subissent toujours les conséquences de ce grand capharnaüm.

Héléna BERKAOUI

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