A 17 ans, Chris est étudiant en première année de BTS comptabilité. Sa rencontre avec le hip-hop remonte à trois ans, quand il était en première. C’est, à cette époque, un élève renfermé, qui ne parle à personne et passe son temps le nez dans les bouquins ou rivé devant les jeux vidéos. A la fin de la seconde, il apprend qu’il y a une activité de danse au lycée et décide d’aller y jeter un œil. Il découvre que les élèves « s’amusent bien et qu’ils sont entre eux », mais il se dit que le hip-hop ne va rien lui apporter. C’est l’année suivante alors qu’il commence à avoir des problèmes de concentration et n’arrive plus à suivre les cours, qu’il décide de changer d’avis. Il s’ouvre alors ce mode d’expression pour décompresser un peu et notamment à la danse. Au fur et à mesure il rencontre plusieurs personnes et commence à aimer « l’esprit du hip-hop ».

Sa mère est ravie qu’il utilise la musique comme moyen de distraction, elle qui s’inquiétait de sa timidité maladive et prévoyait même de l’emmener chez un psychologue. Le hip-hop lui a ouvert une voie nouvelle. Un changement radical s’est opéré. Chris se souvient qu’en seconde il n’osait « même pas demander une gomme à un camarade de classe, et si je n’en avais pas, je faisais sans ». Ne sachant pas danser, il commence en autodidacte et apprend via des vidéos de YouTube, en choisissant ce que l’on appelle le « locking ». Une danse un « peu funky et fluide où les gens sont toujours en train de sourire ».

Pour lui, le hip-hop apporte la persévérance, chose qu’il essaie de faire comprendre à son frère de 14 ans qui abandonne souvent quand il échoue. « Car à force de travail, on obtient ce que l’on veut, et c’est ce que j’ai appris avec la danse. Parfois on taffe et on ne réussit pas, mais avec la danse, même si on n’arrive pas au sommet sur les scènes, on aura au moins la satisfaction de savoir danser, d’avoir réussi quelque chose. »

Et puis le hip-hop, « ça fait passer le temps dans les transports et ça fait aussi rencontrer des gens ». Il y voit le bon côté, où « les personnes viennent naturellement vers toi pour t’aider. Pas comme un touriste que tu vois avec sa carte dans tous les sens et que personne ne vient aider. »

Aujourd’hui le hip-hop a pris le pas sur les cours, au grand dam de sa mère. Il s’entraîne tous les jours après les cours ainsi que le week-end où il assiste à des compétitions, « même en cachette de sa mère », avoue-t-il, qui s’inquiète de son avenir professionnel. Il n’a pas pour autant mis une croix sur ses études, car elles sont pour lui une sécurité pour accéder à un emploi plus tard. Il aimerait un jour pouvoir vivre du hip-hop, mais pour l’instant la comptabilité est un métier qui lui permet de garder les pieds sur terre.

Entre les chiffres et la créativité qu’il développe dans la danse, il a trouvé un certain équilibre. Entre rigueur et responsabilité. Mais son imagination, il la met aussi en pratique avec l’écriture. Chez lui, attendent une « trentaine d’ouvrages fantastiques » qu’il n’a jamais osé faire publier, de « peur que cela n’intéresse personne ». En tout cas l’écriture est un autre exutoire pour ce jeune homme qui peut ainsi « sortir toute son imagination de sa tête ».

A l’avenir, il se voit tantôt comptable, tantôt professeur de danse, chorégraphe ou écrivain… Chris pour l’instant doit faire un choix. Cette année il a donné trop de temps au hip-hop et se retrouve juste un peu en dessous de la moyenne. Il a choisi l’an prochain de se concentrer sur ses études pour mieux revenir à la la danse, car « le repos fait aussi partie du travail ».

Chahira Bakhtaoui

Articles liés

  • « Freda » : Ôde à la résistance haïtienne et féminine

    Présenté dans la catégorie Un Certain Regard et deuxième film haïtien à être présenté au festival de Cannes depuis 1993, Freda est un film important et immersif sur la jeunesse féminine haïtienne telle qu’elle est. Analyse et interview de la réalisatrice Gessica Généus.

    Par Farah El Amraoui
    Le 18/10/2021
  • « Reconnaître le 17 octobre 1961 c’est reconnaître les autres combats contre un système d’impunité »

    Le massacre des Algériens le 17 octobre 1961 n'est toujours pas reconnu comme un crime d'État. Malgré les déclarations d'Emmanuel Macron, la France ne se considère toujours pas responsable d'une des pages les plus sombres de l'histoire coloniale. Fabrice Riceputi, historien, revient sur cette nuit sanglante et rappelle les enjeux d'une reconnaissance encore loin d'être gagnée. Entretien.

    Par Amina Lahmar
    Le 17/10/2021
  • 007 : les femmes ne sont pas qu’un matricule

    Sorti cette semaine, Mourir peut attendre est le 25ème opus de la série James Bond. Le dernier avec Daniel Craig dans le rôle éponyme d'une série qui a alimenté la polémique sur les questions de représentation ethnique et de genre. Félix Mubenga a vu le film, et salue la place des héroïnes jouées par Lashana Lynch et Ana De Armas. Critique.

    Par Félix Mubenga
    Le 07/10/2021