Le musée du Louvre a ouvert ses portes à un nouvel espace dédié aux arts de l’islam. Près de 3000 œuvres sont exposées sur un espace de 3000 m2, provenant de 1300 ans d’histoire et qui couvrent trois continents différents allant de l’Espagne à l’Asie du sud-est. Toutes les richesses d’une civilisation dévoilées. Les visiteurs ont-ils su apprécier ?

Pour une banlieusarde proche de Paris, je dois avouer honteusement que c’est la première fois que je mets les pieds au musée du Louvre. Comme une touriste, je découvre ainsi ce musée avec surprise. J’ai l’impression d’être dans un labyrinthe et me demande où se trouve l’entrée. J’entre dans la cour carré qui a l’air d’être en rénovation pour ressortir par une autre porte. Je fais demi-tour et c’est là que je remarque l’interminable queue qui sans doute amène à l’entrée principale. Ce n’est pas étonnant, nous sommes le premier dimanche du mois et c’est gratuit! Alors je prends mon mal en patience et m’insère dans la queue. Au bout de trente minutes je m’introduis enfin dans l’antre de l’histoire pyramidale. A l’accueil je prends un plan où je découvre où se situe ce fameux département « Arts de l’Islam ». Il se trouve à l’aile Denon. Juste un escalier à monter et l’entrée est à gauche.

La salle n’est pas très grande mais sa baie vitrée laisse bien entrer la lumière. Elle est surmontée d’une sorte de grille métallique ondulée, ressemblant presqu’à des dunes. Le musée la décrit comme une « aile de libellule », une couverture de verre, dorée et tissée d’un fin réseau métallique ondulant. A 14h il n’y a pas foule. Je peux ainsi circuler librement et admirer les différentes œuvres exposées : de la vaisselle, des vases, des stèles funèbres, des frises décoratives, des écritures calligraphiées…J’ai l’impression qu’il n’y a pas grand-chose alors que je m’attendais à quelque chose de plus grand. Mais je vois un escalier au fond à droite. Une salle beaucoup plus vaste et sombre, légèrement éclairée, apparaît à mes yeux. On peut y découvrir des mosaïques, des portes sculptées, des tapis venant d’Iran ou de Turquie, des manuscrits coraniques… La visite continue dans une autre salle au fond où d’autres objets finement décorés ravissent les yeux. Il y a notamment ce globe céleste en laiton coulé avec un décor gravé et incrusté d’argent qui montre un millier d’étoile.

Il est déjà 15h quand je remonte pour faire une pause déjeuner. Quand je reviens dans la salle trente minutes plus tard, celle-ci est comble. Il y a de plus en plus de monde qui arrive, touristes et Français se mêlent. Je rencontre Yassmina, qui est venue avec son mari, ses enfants et leur tonton, de Châtillon. Elle profite de la gratuité du musée pour venir découvrir ce nouveau département. De l’art islamique, elle n’en avait vu qu’à l’institut du monde arabe. C’est par son mari qu’elle découvre ce nouveau département. Plus loin, c’est Gilles, 49 ans, Parisien, qui explique sa venue ici. Pour lui tout ce qu’on entend sur l’islam et ce qu’il est venu voir ici n’a aucun rapport. Il raconte qu’il « attendait avec hâte que le département des arts de l’Islam ouvre ». Car les objets qu’il voyait ci-et-là déjà, dans le musée, donnaient envie. Adepte des arts islamiques de part ses voyages au Maroc ou en Tunisie, il a pu déjà avoir un avant-goût de ce qu’il découvre aujourd’hui. Il continue donc son voyage à travers les différentes œuvres. Il apprécie plus particulièrement mosaïques murales, carreaux de céramique, « la fameuse bouche de fontaine qui est sur toutes les affiches » et la grille métallique qu’il appelle « le tapis volant ». Au royaume des milles et une œuvres, Gilles aurait donc trouvé son rêve bleu.

Je retourne au sous-sol où je rencontre Fatou. Elle m’explique qu’elle est là car elle est musulmane. Elle sait que cela fait cinq ans que c’est en travaux et elle est réjouie de son ouverture. Elle se dit aussi satisfaite de voir autant de monde malgré la stigmatisation de l’islam et des musulmans. Pour elle, le fait que les arts islamiques arrivent au musée du Louvre est une reconnaissance. Il faut savoir que ce département a été inauguré par François Hollande le 18 septembre dernier.

A quelques mètres, je vais voir Catherine qui est venue avec son bout de chou, Marcel, âgé de sept ans et demi. Penchée, à la hauteur de Marcel, je l’entends lui expliquer les différents ornements sculptés sur une porte. Depuis plusieurs années, elle passait devant ce département qui était en construction et avait promis à Marcel de l’y emmener quand ce serait terminé. Ces différentes œuvres rappellent à Catherine ce qu’elle avait déjà vu lors de visites en Algérie. Quand je demande à Marcel ce qu’il a le plus apprécié, il me répond de sa petite voix : « les mosaïques ». Il raconte qu’il a appris qu’il y avait une mosquée à Damas où il y avait des mosaïques, il a vu des stèles dont il m’explique que « quand la personne est enterrée, on met après… ». Marcel apprend donc beaucoup de choses avec sa maman.

A 17h, quand je lève  le camp, de plus en plus de personnes fourmillent autour des œuvres. Une galerie qui continuera donc de faire parler d’elle, qui ravira sans doute petits et grands avides de connaissances et d’art, et satisfera la curiosité de ceux qui attendaient son ouverture avec impatience.

Chahira Bakhtaoui

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