Tout commence sur le quai d’une gare. Benny qui est à la recherche d’un emploi, rate son train et l’opportunité de remplir ses poches bien vides. Il est d’autant plus désemparé que le prochain train est indiqué «En grève » sur le panneau d’affichage. Un homme vêtu d’un long manteau noir et coiffé d’un chapeau haut-de-forme s’approche de lui en lui demandant une «petite pièce ». Après un échange de monnaie l’ on comprend alors que l’homme est riche et qu’il veut continuer à s’enrichir sur le dos du pauvre. « Monsieur, vous avez l’air bien trop riche pour un pauvre » dit-il à Benny. Et le riche jouant au« pauvre » de répliquer « heureusement qu’il y a des pauvres comme vous pour donner à des riches comme nous ».

A partir de là, les événements et les quiproquos s’enchaînent, la situation échappe à Benny. Il devient tour à tour pickpocket, terroriste puis victime d’un contrôle au faciès qui tourne mal. On se laisse alors rapidement emporter par les différentes scènes mais aussi par les personnages qui défilent, en passant par le touriste asiatique, le présumé « terroriste » victime des quiproquos, l’Américain profiteur de l’exploitation de café du pauvre Colombien…Tous les préjugés y passent : le mendiant à l’apparence de riche, les mille et une astuces du pauvre pour mendier, le riche qui exploite le pauvre, l’asiatique avec son appareil photo qui photographie tout ce qui bouge…

Toutes ces petites histoires défilent sous une thématique principale : celle de l’équité et du vivre ensemble dans une pièce où le burlesque se mêle au clown, au mime et même au slam. Joué par deux acteurs, dont Abdasamad le metteur en scène, et Nordine, sous leur nom de scène Samed Ben et Issa Haddad, la pièce dépeint une dizaine de personnages qui viennent les uns après les autres pendant un peu plus d’une heure. On sourit, on rit, on réfléchit dans cette petite salle du théâtre Darius Milhaud.

Cette pièce n’est pas le fruit du hasard, elle a été commandée il y a deux ans, par un professeur de français du lycée d’Alembert à Aubervilliers, en collaboration avec le conseil général. Celui-ci voulait une pièce qui traite du commerce équitable, explique Abdasamad. Il pense que cela pourrait être une bonne expérience et se lance alors dans l’aventure, d’autant que quand « on lance une pièce comme ça devant un public ayant du répondant, on a toute de suite la réponse positive ou négative ».

La pièce ne durait alors qu’une demi-heure et les premières représentations ont eu lieu devant « 200 élèves non habitués à aller au théâtre » précise le metteur en scène. Sa crainte était de se retrouver devant des huées du public, des moqueries ou face à une salle sans réactions. Mais la pièce a fait son effet : des rires, des applaudissements et des salves d’applaudissements venant des élèves. Elle est alors à nouveau présentée devant 200 élèves d’un autre lycée et rebelote, le courant passe. Deux ans après, la pièce est sur les planches du théâtre parisien avec de nouveaux personnages mais elle s’est allongée d’une heure et sera même présentée à Avignon.

Chahira Baktaoui

Du 8 mai au 26 juin 2011

Tous les samedis à 19h15 et les dimanches à 18h00 (relâche le 29 mai et le 5 juin)

Au théâtre Darius Milhaud – 80 allée Darius milhaud 75019 Paris

Et au Festival d’Avignon du 8 au 31 juillet 2011 de 12h15 à 13h20.

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