Faire d’un délire de potes un concept vidéo, facile à penser mais plus difficile à réaliser. C’est pourtant ce à quoi se sont attelés les Wanted en créant un univers parallèle, au conditionnel.

Et si…Facebook c’était la vraie vie. Et si…le verlan n’existait pas. Et si…les mails n’existaient pas. Et si on imaginait une autre réalité, comment verriez-vous les choses ? C’est cette idée qu’un jeune groupe de comédiens professionnels ou amateurs, dirigés par le duo des Wanted, a mis en scène dans une série vidéo. Le duo existe depuis 10 ans maintenant, il s’est formé autour de Lahcen Kourkdane alias Lahcen Lupin et son acolyte Wahib Waacha alias Wahib Seychelles.

Lahcen, 34 ans, est comédien, auteur, humoriste et metteur en scène aujourd’hui. Il vit à Nanterre, ville où il a suivi ses études d’art du spectacle. Une carrière qu’on pourrait dire toute tracée. Dans son enfance en effet, son père s’occupait d’un petit café au Maroc qui faisait office de cinéma le soir. Lahcen y passait alors une grande partie de son temps à y servir le café…mais surtout y regarder des films. On pourrait presque dire que Lahcen est tombé dans la « marmite du cinéma » quand il était petit.

« À la base, je voulais faire des arts martiaux. J’étais un fan de Jackie Chan. Je me suis donc inscrit aux cours de kung fu. Et petit à petit, en regardant les films de Jackie Chan j’ai découvert la comédie. Du coup je me suis dit que pour faire ça il fallait aussi que je fasse de la comédie. Je me suis donc inscrit à un cours de théâtre au collège. Et c’est là que je suis tombé amoureux du truc. C’était tous les jeudis, et tous les jeudis j’attendais avec impatience ce cours-là. Au final le théatre a pris le dessus sur les arts martiaux. C’était il y a un petit bout de temps. C’était au moment où en fait mon père tenait un petit cinéma au Maroc. Et au Maroc, ce qui marchait le plus à l’époque c’était les films indiens et les films d’arts martiaux ».

« On regardait toutes les cassettes que mon père ramenait, poursuit-il. On les regardait avant que le film ne soit diffusé au Maroc. J’ai regardé des films de Belmondo par exemple. Mes parents étaient fan de films indiens. Et moi c’était plus les arts martiaux et les films français. Je me souviens qu’il y avait des gros sacs remplis de cassettes vidéos, c’était hallucinant ! On a dû changer quatre ou cinq fois de magnétoscope, on le saignait avec mon grand frère. Puis à côté de mon cursus scolaire normal, j’ai pris des cours de théâtre jusqu’au bac. Quand j’ai eu mon bac, mes parents m’ont demandé d’essayer quand même d’avoir une porte de sortie. J’ai passé mon BTS en passant un an sur les deux ans en cours et je l’ai quand même eu à 10,01. J’ai choisi un BTS « maintenance industrielle » parce qu’en seconde mes potes faisaient ça. J’ai en fait coché mon dossier comme on coche au loto… ».

La suite logique, c’est qu’une fois son diplôme de « porte de sortie » en poche, Lahcen décide de s’inscrire en art du spectacle. Il arrive ainsi un peu en catastrophe lors des inscriptions où il se retrouve dernier…ou presque. Car il n’est pas seul, un autre nouvel étudiant arrivé en retard croise son chemin : Wahib.

Wahib, âgé de 34 ans, il est aussi auteur, humoriste et metteur en scène. Pourtant cela n’a pas été son premier rêve d’enfant. « Moi j’ai fait un spectacle quand j’étais en CM2. On avait fait un voyage organisé par l’école, aux États-Unis. Nous y étions restés un mois. On vivait dans une famille d’accueil. Et on avait un spectacle à faire sur scène là-bas. C’était sur la Révolution française. On avait joué devant tous les Américains, qui ne comprenaient rien à ce qu’on leur disait. Mais ils nous regardaient avec leurs yeux émerveillés, parce qu’ils nous voyaient avec les culottes de guerre de l’époque. Et aussi avec les décors à la Marianne, ils étaient subjugués parce qu’ils n’avaient pas ça chez eux. Du coup j’avais adoré ce moment-là ».

« J’avais gardé ça en tête, mais en revenant j’étais plus sur le basket, même si je ne mesure pas deux mètres, ironise Wahib. Je comptais faire sport-étude basket, mais mes parents ont plus retenu le sport que l’étude dans le terme. Ils m’ont dit « Tu veux juste t’amuser! Non tu ne feras pas sport-étude! ». Donc ils m’ont empêché de le faire. Je me suis dit que dès que j’ai mon bac, j’arrête ces trucs-là et je fais une formation de comédie. Après le bac j’ai fait économie, mais ça m’a vraiment lassé, pourtant j’avais de bonnes notes. Mais j’en avais marre de la macro-économie…Et après je me suis dis, c’est bon j’ai assez fait plaisir à mes parents, j’ai donc arrêté au bout de deux ans. Et c’est là que j’ai rencontré mister… »

C’est à ce moment que se croisent leurs chemins. Arrivés en dernier pour les inscriptions, ces deux compères doivent se résigner à prendre les cours qui restent, entre autre « mime et comédia » qu’ils caractérisent en cœur « d’horrible ». Ils se retrouvent dans les même cours et « on avait la même vision des choses et l’union faisant la force, nous nous sommes retrouvés à réserver une salle toutes les semaines où on écrivait et répétait nos sketchs. Le premier sketch que nous avons fait était une variante du corbeau et du renard de la Fontaine. C’était deux élèves qui devaient réciter la fable et comme ils ne l’ont pas appris, ils ont improvisé… » se souvient Lahcen.

Leur duo Wanted est né à partir de ce moment là. De scènes en scènes, en passant par le théâtre de Trévise, de la Main d’Or, du théâtre du Temple…devenant tour à tour humoristes, metteur en scène en écrivant notamment pour Rachid Debouzze ou pour Abdel Alaoui (Chef cuisinier et humoriste) et enfin comédiens, ce duo invente un nouveau concept : Et si…

Un jour, alors que Lahcen et Wahib sont en voiture, coincé dans un embouteillage monstre, en rentrant de Paris aux heures de pointe, Wahib émet l’idée « Tu te rends compte, si on pouvait se téléporter, il n’y aurait plus un seul embouteillage, il n’y aurait plus de pollution…! ». Lahcen le regarde alors : « Et si on en faisait un concept ? ».

Le tournage de la série a commencé en 2011, ils sont en ligne depuis peu et la série commence à être appréciée sur la toile et a même été sélectionnée récemment par le festival international du film urbain avec leur « Et si…le verlan n’existait pas ». Et si…Wanted n’existait pas, Lahcen serait « joueur NBA » et Lahcen « coiffeur pour manteau de fourrure ou éplucheur de crevettes parce que j’adore ça ! » répondent-ils à ma question. Et bien sûr Et si… n’existait pas…

 

[youtube]http://youtu.be/glk6OCfo5ZI[/youtube]

 

« Et si… le verlan n’existait pas »

Lien de leur page facebook pour voir les vidéos

Chahira Bakhtaoui

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