C’est avec malice, provocation et espièglerie, qu’Antoine Desrosières remet en scène ses deux actrices phare, Souad Arsane (Yasmina) et Inas Chanti (Rim), tandem pétillant mis en lumière dans son précédent film, « Haramiste ». Dans « A genoux les gars », Rim et Yasmina sont deux sœurs adolescentes qui vivent dans un quartier en banlieue. Particulièrement complices, toutes deux découvrent ensemble la complexité des relations filles-garçons. Rim a un petit ami, Majid (Mehdi Dahman) et Yasmina entame une relation avec Salim (Sidi Mejai). Sans aucun complexe, elles se confient leurs doutes et se marrent quand elles parlent de relations sexuelles. Un sujet pourtant complètement fantasmé puisqu’elles sont toutes les deux inexpérimentées !

Le quatuor de choc paraît soudé mais les choses vont se compliquer très vite et tournent au cauchemar. Yasmina est manipulée par Salim et Majid, qui la font chanter grâce à une sextape où il est question de fellation. Sur fond de comédie, Antoine Desrosières dénonce le viol et le cyberharcèlement qui peut en découler. Et il le fait avec provocation, humour, légèreté et sans aucune vulgarité. Les dialogues sont frais et percutants, mais aussi touchants et criants de vérité.

Un message fort pour un sujet fort

En 2014, la méthode Desrosières avait déjà fait ses preuves avec le moyen métrage « Haramiste ». Le réalisateur y abordait la sexualité des adolescents par le prisme des a priori culturels et religieux. Tout aussi direct et sans tabou, on reconnaît dans « A genoux les gars » la douce insolence de ce réalisateur qui a choisi le rire pour aborder des sujets dramatiques. Il mélange tendresse et cynisme avec finesse et légèreté, un étrange cocktail qui peut mettre parfois mal à l’aise mais pour la bonne cause ! Ce film est ambitieux et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il est efficace : il ne laisse pas indifférent. En une heure et trente-huit minutes, l’objectif est atteint : il pousse à réfléchir et c’est tant mieux.

Les jeunes actrices et acteurs ont participé à l’écriture du film. Et ça se ressent ! Après tout, ce sont les mieux placés pour parler d’eux-mêmes. L’équipe souhaite par ailleurs projeter ce film dans les collèges et lycées pour faire de la prévention autour de la sexualité et du cyberharcèlement.

Antoine Desrosières ne compte pas s’arrêter là puisqu’un autre projet sort demain ! Cette fois-ci, YouTube sera son nouveau terrain de jeu avec une web série. Mais ces ingrédients préférés seront les mêmes : des histoires autour de la sexualité et du cyberharcèlement avec Rim, Yasmina, Majid et Salim. Une équipe clairement à suivre !

Audrey PRONESTI

Articles liés

  • Small Axe : une série au service des siens

    Le réalisateur oscarisé Steve McQueen a réalisé pour la chaîne BBC une anthologie de cinq films retraçant l'histoire de la diaspora antillaise dans l'Angleterre des années 1970 et 1980. Disponible en France sur la plateforme Salto, Small Axe est une œuvre foisonnante qui réaffirme les missions du service public. Critique.

    Par Meline Escrihuela
    Le 20/09/2022
  • Deux secondes d’air qui brûle : la poétique du brasier de Diaty Diallo

    Une cité sans nom qui rappelle la Place des Fêtes avec feue sa pyramide, la banlieue Est. Un de ces endroits où « rien de ce qui apporte du confort ne dure ». Son architecture, ses habitants, sa vie tranquille malgré tout. Deux secondes d’air qui brûle (Editions du Seuil, 2022), le premier roman de Diaty Diallo, nous a secoués. Interview.

    Par Nassera Tamer
    Le 12/09/2022
  • La Guerre des bouffons : une légende de Bondy

    Dans ce premier roman qui vient de paraître chez Clique Editions, Idir Hocini revient sur ses années d’enfance et ses aventures au lycée Jean Renoir de Bondy. L’ancienne plume du Bondy blog dont l’écriture était déjà remarquée, se dépasse et fait notre fierté. Interview.

    Par Nassera Tamer
    Le 09/09/2022