Artiste accomplie et précoce, Izïa Higelin a déjà reçu trois Victoires de la musique et un César. A 22 ans, elle écrit son troisième album. Rendez-vous au café « la Fourmi » en face de « la Cigale », la salle de concert parisienne pour en parler.

Tu as commencé très tôt à faire de la musique, pour quelle raison ?  

Le collège, c’était l’horreur. J’étais en mal-être scolaire. Dès que j’arrivais devant la grille, je me mettais à chialer. C’est mon premier vrai concert qui m’a décidé à arrêter l’école. A 15 ans, je me suis produite au Printemps de Bourges. Je me souviens, à l’époque je me suis dit : « Putain, c’est ce que je veux faire, ce que j’aime, c’est faire des concerts. » Une semaine après, j’arrête d’aller au collège. Dans la foulée, je monte mon groupe et on part en Kangoo pourrie sur les routes de France,  le matos dans le coffre. On donne alors des concerts dans des festivals. On a joué sur les plus petites scènes du monde (rires). Et puis, par le bouche à oreille, on s’est construit une sorte de légende autour de nos prestations « live ». Au début, il y avait 50 personnes dans le public puis 200, 300, 400… C’était la période Myspace. Beaucoup de groupes se faisaient connaître par ce site internet et nous, on était fiers de nous faire connaître par la scène. Notre notoriété a grandi et on a fait un concert au Nouveau Casino à Paris en 2007. Pour l’occasion, on avait invité toutes les maisons de disques. Certaines commençaient à se montrer intéressées. Tout s’est accéléré après. A 17 ans, j’enregistre mon premier album. A 18 ans, je reçois mes deux premières Victoires de la musique.

Tu as trois Victoires de la musique, un César. Tu as déjà la carrière d’une artiste accomplie. Comment expliques-tu que tu aies fait autant de choses à seulement 22 ans ?

J’ai toujours été comme ça. Hyperactive et passionnée. Mon père et ma mère ont cultivé chez moi ces traits de caractère. J’étais une petite fille qui allait beaucoup vers les autres, qui était tout le temps en train de faire des trucs. Je suis passionnée par la vie. C’est hyper mongolien de dire ça (rires). J’ai décidé de prendre la vie de ce côté-là. Un pote se moque de moi tout le temps. Il me dit : « tout ce que tu fais, c’est toujours le meilleur truc du monde que t’aies jamais fait ». C’est vrai, je parle comme ça. Tout prend des proportions incroyables avec moi. Ça peut être fatigant pour les autres et surtout pour moi. Mais c’est ce flot-là qui m‘anime. On n’a qu’une vie, j’essaie de ne pas passer à côté de la mienne. Mais il faut savoir se reposer aussi. Je reviens d’une semaine en Corse où je me suis vidé la tête.

Comment s’organise ta vie en ce moment ?

En ce moment, je suis en pause et j’écris mon troisième album. Ma tournée s’est terminée il y a six mois et, à l’époque, j’ai essayé de me remettre directement à l’écriture. Entre temps, il y a eu les César. Ça a été une période un peu brouillonne. J’ai fait trois-quatre morceaux que j’adore, mais l’écriture était un peu laborieuse. Alors je me suis dit, et c’est très important dans ce métier, il est temps de faire un break, de laisser l’inspiration venir, pour finalement écrire mes nouvelles chansons de manière évidente. J’ai décidé de passer ma vie en Corse et de rentrer à Paris quand j’ai un truc à faire. Là-bas, j’ai un piano, je peux écrire.

Un magazine people t’a classée, il y a quelques jours, dans la catégorie « ces stars qui ont disparu ». Qu’est-ce que tu en penses ?

Ça me fait rire ! Surtout qu’après, le journaliste précise que je me suis retirée pour préparer mon troisième album. Quand tu es artiste, ne rien faire ne signifie pas que tu es inactif. Tu es une éponge. Tu absorbes tout ce que tu vois, tout ce que tu écoutes comme musique. Tu nourris ton âme en fait. Tout ce temps où je n’écris pas forcément, ce n’est pas du temps de perdu. J’ai mis longtemps à le comprendre et à le respecter. Avant, il fallait toujours que je fasse quelque chose. Hier mon père m’a dit : « t’es tarée, t’as eu un César cette année, t’as fini ta tournée y’a six mois, t’as le droit de te calmer, de te poser. » Je suis très angoissée en fait. C’est le bon discours à avoir, mais je fais de la méthode Coué là. Dans deux heures, je vais me dire : « Putain je fous rien, qu’est-ce que je vais faire, qu’est-ce que je vais devenir, comment je vais pouvoir faire évoluer ma musique ? » En fait, je fréquente beaucoup de gens plus âgés que moi. Du coup, je compare ma vie à la leur et, fatalement, ils ont fait plus de choses que moi. Je mène la vie d’une femme de 30 ans alors que je n’en ai que 22. Il y a une opposition entre mes envies de jeune femme et celles de femme active, plus mûre. La petite nana de 22 ans n’a qu’une envie, c’est d’aller boire des coups et traîner quand la trentenaire veut faire évoluer sa carrière et sa musique.  J’ai vraiment envie de prendre mon temps pour revenir avec un album très différent. Je veux surprendre le public en chantant de manière inédite. Ce sera du rock mais plus actuel et plus minimaliste. Je joue aussi dans un film en octobre, une comédie sociale.

Ce n’est pas difficile d’entrer dans le monde du spectacle aussi jeune ?

Il faut savoir bien s’entourer. Moi, j’ai ma famille. Je suis une fille à papa et maman (rires). Je vis encore chez mes parents à 22 ans, parce que j’ai besoin de ça. Je passe ma vie sur la route, en tournée. Quand je rentre, j’ai besoin d’avoir ce cocon familial.

Propos recueillis par Mathias Raynal

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