« On a voulu le faire le moins chiant possible. L’écrire comme un roman plutôt que juste une histoire purement chronologique », commence Driver pour décrire son autobiographie, J’étais là, 30 ans au cœur du rap co-écrite avec le journaliste Ismaël Mereghetti. « Aujourd’hui, il connaît mieux ma vie que ma famille ou mes amis. On s’est connus via l’émission ‘La récré’ (une émission de débats autour du rap avec des invités, présentée par Driver sur Youtube, NDLR) . Au départ, on avait juste une relation professionnelle, et puis j’avais cette proposition de faire un livre », enchaîne celui qui a livré 30 ans de son histoire, 30 ans de la culture hip-hop des Etats-Unis à la France.

Ce qui est important dans cette musique c’est d’être différent, d’avoir son truc.

Driver, 45 ans, a connu le hip-hop dès sa naissance en France dans les années 1990. A l’époque il a commencé le rap dans son quartier à Sarcelles. Des K7 au streaming, de Ministère A.M.E.R à Ninho, il n’a jamais quitté cette culture. Aujourd’hui présentateur de l’émission La Récré, il continue à transmettre son savoir et à parler de rap avec des passionnés à l’intérieur comme à l’extérieur de cette culture devenue industrie.

Le livre nous plonge dans l’univers du mouvement Hip-Hop sarcellois des années 1990 et dans la carrière de Driver avec son lot d’anecdotes folles entre Paris, Los Angeles et New York, mais surtout plusieurs messages forts à destination de jeunes artistes ou autres « hustlers » (personnes en ascension dynamique à caractère débrouillard, NDLR) qui auraient soif de lecture.

J’étais là (publié chez Faces cachées) est disponible en librairies depuis le 25 mars dernier.

Amour, passion et motivation

Dans J’étais là  une idée nous frappe dès le premier chapitre. Celle d’un mec banal de Sarcelles qui part d’une usurpation d’identité pour arriver petit à petit à pouvoir vivre de ce qu’il aime : Rapper. La détermination c’est quelque chose de centrale dans la vie de Driver. Sa biographie parle autant de galère de thunes que de réussite. Il explique, avec un ton solennel, « je n’ai pas eu envie de faire un livre de super-héros, moi je voulais écrire un truc humain : faut comprendre que dans une carrière des fois on gagne et des fois on perd ». Une phrase qui résonne avec le ton du livre. Un discours brut, sans retouche et qui donne une détermination à en faire pâlir de jalousie les chaines YouTube de fitness.

Quand je rentre dans ce milieu ce n’est pas une industrie, c’est un mouvement.

À côté de cela, au fur et à mesure des pages du livre, on remarque un autre terme central, celui de la passion. « Quand je rentre dans ce milieu ce n’est pas une industrie, c’est un mouvement. Mon but à moi à l’époque c’était de plaire à mes pairs, c’est tout », affirme-t-il. Bien loin du cliché un peu facile de « mettre la daronne à l’abri », de notre heure.

Par le biais de cette passion, on perçoit également une véritable volonté de transmission dans l’ouvrage. N’importe qui peut y comprendre le fonctionnement de cette industrie, le tout sans oublier de mettre en lumière les acteurs pionniers, souvent dans l’ombre aujourd’hui, qui ont fait d’elle ce qu’elle est à l’heure du streaming.

Un truc plus fort que le rap chez Driver, c’est Sarcelles.

Même chose vis-à-vis des jeunes artistes, Driver nous livre un message : « La transmission même au niveau du rap c’est super important. On va tous mourir et il faut continuer à entretenir cette flamme. On mise tout sur les plus jeunes et pour ça il faut savoir se raconter, on n’est pas là pour faire des vieux discours de tonton à base de ‘nous avant…’», et ajoute avec confiance, « j’ai fait ça, j’ai eu ça. Fais toi aussi, et tu verras ce que ça donne. »

La vision hip-hop du sarcellois des 90’s : la mentale de quartier

À Sarcelles dans les années 1990 à l’époque de Driver parmi les artistes en place on retrouve notamment le Ministère A.M.E.R, MC Solaar. Dans le livre, son admiration pour ces artistes nous donne non seulement des envies d’enrichir nos playlists, mais nous éclaire aussi sur un critère qui les représente et qui traduit un aspect majeur du livre : celui de « la mentale de quartier ».

La mentale comme nous l’explique Driver elle passe par tous les secteurs : attitude, artistique, relationnel et j’en passe. Une notion que l’auteur relativise. Pour certaines choses la mentale est bénéfique, dit-il, comme pour la « loi de Sarcelles » dont on apprend l’existence au chapitre X. Mais pour d’autres aspects elle est un véritable diktat. Elle crée « le poids du regard de l’autre, le qu’en-dira-t’on » au quartier. Un poids que Driver a pu lui-même ressentir et auquel il donne des réponses au travers de ses expériences personnelles.

Ne vous emprisonnez pas dans le regard de l’autre, osez faire et ne faites pas forcément du lisse.

Il explique en s’indignant « le message à comprendre c’est : ne vous emprisonnez pas dans le regard de l’autre, osez faire et ne faites pas forcément du lisse. Pour moi ce qui est important dans cette musique c’est d’être différent, d’avoir son truc. J’ai toujours lutté contre des clichés sur la cité je suis dans un délire différent. Même dans ma vie je ne suis pas dans les embrouilles et autres clichés… ».

Soucieux du détail et dans une volonté de vouloir faire comprendre le problème il poursuit : « Dans la nouvelle vague de rappeur, ça existe encore le ‘je suis pas un suceur’ mais demander ce n’est rien. Au contraire, ça casse tellement d’occasions de ne pas demander. Moi je suis croyant, et Dieu tu as le droit de lui demander et tu ne veux pas demander à un humain ? C’est le problème que j’ai avec ça ! ».

Avec ses mots, on comprend que le quartier est une référence qui n’a jamais quitté Driver. Lui ne l’a jamais quitté non plus. Il y porte un véritable amour et selon Ismaël Mereghetti, le nouveau spécialiste du personnage : « Un truc plus fort que le rap chez Driver, c’est Sarcelles. »

Pour conclure, J’étais là, est un livre aux messages forts et une véritable lampe torche dans la grotte de la compréhension du hip-hop avec les lunettes d’un véritable passionné de cette culture. Vous auriez tort de vous en priver.

Ryan Baruchel

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