C’est avec humour et subtilité que Samir Talhaloui met en scène, depuis déjà quatre ans et demi, un vaudeville amusant entre les personnages de Karim (Samir Talhaoui) et Leila (Anne Boissart). Tous deux ne se connaissent pas et pourtant ils viennent de se marier. Comment une telle situation est-elle possible ?

Karim, jeune noctambule, quelque peu débauché par ses multiples rencontres et jouisseur de la vie en toutes circonstances, va faire une promesse qui ne se refuse pas. Avant que sa grand-mère ferme les yeux, il lui assure qu’il se mariera. Il annonce d’ailleurs la bonne nouvelle à ses deux amis Pedro (Jeremie HaÏk) et Vanessa (Vanessa Dieu) qui en rigolent d’avance. Ils le connaissent très bien, depuis longtemps même et ils ont du mal à l’imaginer rester fidèle. Ils vont malgré tout fêter l’enterrement de vie de garçon de Karim. Une bonne occasion supplémentaire de faire la fête, une dernière fois…

Karim, quant à lui, est sûr de son choix puisqu’il l’a fait sur « Mektoub Magazine » : il a vu Leila sur papier glacé. Elle est jolie et gracieuse, donc il reste confiant. Que ne fait-il pas en acceptant cet arrangement ? Illico presto, le mariage s’organise avec sa promise et les deux familles. Il est loin de s’imaginer que sa future épouse est l’opposé de ce qu’il espérait.

Leila est une femme, en apparence, très douce, très belle et très timide aussi… Oui mais seulement en apparence. Lorsque la fête du mariage (le fameux « halal ») est terminée, les deux « amoureux » rentrent ensemble à l’appartement… et c’est le drame ! Apprendre à connaître Leila est aussi violent qu’une douche froide. Karim et Leila se découvrent des intérêts complètement divergents. Le binôme de ces deux personnages principaux est comique, attachant et cocasse. Leila cherche à provoquer en permanence son cher et tendre, en basculant dans les clichés les plus fous et les provocateurs.

Elle s’adresse à lui « comme un bonhomme », elle parle en verlan, le pousse à bout en lui faisant croire qu’elle est ultra-pieuse alors que lui, non. En parallèle, Karim observe avec effroi qu’il a dit « oui » à une femme qui écoute du Booba à longueur de temps, qui rappe la nuit, qui fume la chicha et qui dit « frère » à chaque fin de phrase.

Une allégorie du choc des cultures

Quelques jours plus tard, après le mariage de Karim, une surprise de taille attend ce dernier ainsi que Vanessa (qui n’est autre que la petite amie de son meilleur ami Pedro). Une de ces tailles qui grossit pendant neuf mois mais Karim est bien trop occupé à gérer ses peurs au sein de son mariage. Il renonce à tout, à son ancienne vie, il promet à Leila tout ce qu’elle désire, par crainte de justement la contrarier. Il a aussi du mal à se confier à son meilleur ami Pedro car la situation est quelque peu gênante pour tout le monde. Et si Leila, sa femme, l’apprenait ?

La suite et la fin de l’histoire est à l’image du début de cette comédie… à savoir surprenante et inattendue.

Samir Talhaoui retranscrit une certaine finesse dans ses dialogues. Il fait évoluer ses répliques en fonction de l’actualité. Ses vannes, ses punchlines sont plutôt efficaces car certaines nous restent en mémoires telles que « s’expliquer, c’est s’excuser et s’excuser c’est s’accuser ». Une réplique de Karim « pour les hommes ». Une citation inspirée de Stendhal et son « s’excuser, c’est s’accuser ». Tous les dialogues sont piquants, très rythmés et les jeux de mots ou les comparaisons humoristiques remplissent un texte bien fourni. Les quatre comédiens n’hésitent pas à faire usage d’interactivité avec le public pour qu’il n’y ait aucun temps de pause et c’est plutôt bien réussi. Souvent la « confrontation » hommes-femmes est LE prétexte rêvé pour faire rire la salle.

Une salle qui d’ailleurs est pleine les samedis soir et qui abrite une belle proximité entre les comédiens et le public. Idéalement, c’est une représentation à aller voir en couple mais la finesse des répliques permettent aussi une belle sortie en famille. Du début jusqu’à la fin, rire garanti… Le pari est gagné.

Audrey PRONESTI

Mariage à Ranger, au théâtre Le passage vers les étoiles (11e arrondissement de Paris), les vendredis et samedis jusqu’à fin juin 2019

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