D’entrée de jeu, on est saisi par les images : il se fait tard, c’est un contrôle policier banal, des jeunes sont suspectés de dissimuler du cannabis dans leurs vêtements. Le ton monte, l’un des jeunes hommes se révolte et somme l’un des gardiens de la paix de « baisser son bâton télescopique ». Le policier ne bronche pas et les fait s’aligner contre le mur ; une policière prend la parole et rappelle qu’“on est en France ici, dans un pays de droit ». Entre jeunes et policiers, un « je t’aime moi non plus » en dents de scie, qui dans le pire des cas finit en bavure policière. Un rapport de l’Inspection Générale de la Police Nationale fait état d’une hausse de 16% des signalement de violences policières en 2016. Le réalisateur, Marc Ball, amène sur la scène publique un sujet pour lequel le Haut Commissariat des Nations Unies a déjà interpellé la France pour « usage excessif de la force par la police », déplorant le manque de transparence sur les chiffres.

« Indésirables » dès 12 ans

En février dernier, le Bondy Blog vous racontait l’audition, au Tribunal de Grande Instance de Paris, de quatre policiers sous le coup d’une plainte collective déposée par 18 adolescents du 12ème arrondissement de Paris. Sur les 44 faits dénoncés, trois  seulement ont été retenus par le Procureur de la République de Paris, les policiers coupables étant condamnés à cinq mois de prison avec sursis. Une histoire parmi tant d’autres, que le réalisateur tente de faire surgir de l’ombre en donnant la parole aux jeunes victimes d’exactions policières. À la sortie des délibérations, l’avocat des jeunes, Maître Slim Ben Achour, spécialiste de la matière, s’offusque auprès des journalistes de l’appellation donnée par la défense aux jeunes plaignants, perçus comme des  « indésirables« . Des indésirables qui ont parfois 12 ans, 13 ans, et qui ont eu le malheur de se promener aux alentours de chez eux.

Rayan en fait partie. Il raconte comment il a été interpellé et frappé près de son domicile de la cité Rozanoff, théâtre de violences et de tensions entre les jeunes et la police. Son récit est digne d’un série télévisée : Rayan est plaqué au mur par les policiers et copieusement insulté sur ses origines. Son amie tente de le défendre, en vain. Elle est projetée au sol, gazée et laissée à terre par les policiers, qui s’éloignent comme si de rien n’était tout en ricanant. Le décor est ainsi posé d’une police qui couvrirait ses traces pour ne pas que l’on remonte jusqu’à elle, mettant des gants pour ne pas laisser d’empreintes sur les victimes.

Misère sociale

Marc Ball aborde aussi la thématique du contrôle au faciès, que dénoncent ces jeunes du lycée d’Epinay-sur-Seine, contrôlés alors qu’ils étaient en sortie scolaire. Intelligemment, Marc Ball inscrit ses témoignages dans un tissu social émaillé par la misère et l’entassement d’une population dans des HLM.

Une épaisseur de plus à un problème où le chômage des jeunes et le sentiment du recul de la République dans les quartiers sensibles sont de plus en plus oppressants. Malgré des victoires juridiques, il n’en reste pas moins un grand décalage entre la population habitant les quartiers sensibles et la police. En avril, une étude de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales montre qu’un quart de la population juge l’action des forces de l’ordre peu efficace ou pas efficace du tout (25 %), voire inexistante (27%).

Des policiers qui dénoncent dysfonctionnements et omerta 

Le plus intéressant de ce documentaire c’est la parole libre de certains policiers qui dénoncent avec courage les conditions de travail exécrables dans lesquelles ils sont plongés, ainsi que l’omerta autour des comportements outranciers de brebis galeuses au sein de leurs effectifs. En cause, la politique du chiffre, en marche depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur, et des effectifs en baisse. Une situation qui amène au départ de certains agents pour burn out. Ceux qui s’insurgent et s’érigent en lanceurs d’alerte se disent moqués et ostracisés. Dans l’affaire des 18 jeunes ayant porté plainte, le Procureur de Paris avait d’ailleurs signalé les dysfonctionnements graves qui régnent dans le poste de police du 12ème arrondissement.

Aujourd’hui, les récits d’accusations contre la police s’allonge notamment avec les dernières affaires : Adama Traoré, Théo…. Mais une question reste en suspens : L’Etat français a-t-il pris la mesure de ce qui se passe sur ses terres ? 

Jimmy SAINT-LOUIS

« Police, illégitime violence », documentaire de Marc Ball, sera diffusé ce lundi 12 novembre à 23h50 sur France 3.

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