Que feriez-vous si l’un de vos proches, victime de harcèlement scolaire vous suppliait de ne rien dire à qui que ce soit ? C’est à ce dilemme qu’est confrontée la jeune Nora, à peine plongé dans le grand bain de l’école primaire, et qui se retrouve victime collatérale d’Abel, son grand frère.

En voulant défendre sa petite sœur, le garçon devient le souffre-douleur de ses camarades. Violences physique, verbale, psychologique, tout y est pour Abel qui ajoute un peu plus de peine à sa douleur en décidant d’endurer sans rien dire à personne, ni sa sœur, ni son père.

C’est logiquement que va naître en Nora ce cruel sentiment d’impuissance. Eui souhaitant protéger son frère, elle ne dira rien du drame qui se joue aux adultes présents dans l’école. Bien que l’occasion se soit présentée plus d’une fois. La jeune fille souffre de voir son frère rongé par la colère à force d’humiliations répétées et le spectateur souffre avec elle.

Une plongée dans le harcèlement à hauteur d’enfants

Avec « Un monde », la réalisatrice belge a décidé de travailler un sujet peu traité jusqu’alors dans le cinéma français : le harcèlement scolaire, en centrant le récit autour du personnage de Nora, interprétée par la talentueuse Maya Vanderbeque. Son personnage à peine entrée au CP, avec toute son insouciance, voit son grand-frère Abel, incarné par Günter Duret, essuyer de violents sévices jour après jour.

Le film nous dépeint de manière bouleversante 72 minutes de vie dans les yeux d’une petite fille de six ans, tiraillée entre son frère qui lui demande de garder le silence, son père qu’il lui demande de réagir. Avec en toile de fond le besoin de s’intégrer auprès de ses nouveaux camarades.


La bande-annonce du film « Un monde ». 

Alors même qu’un rapport parlementaire datant d’octobre 2020 faisait état de 700 000 enfants victimes chaque année de ce triste phénomène, la mise en scène soignée et audacieuse vient dépeindre la complexité souvent invisible du harcèlement.

En centrant le film sur Nora, Laura Wandel démontre que le harcèlement ne se limite pas qu’aux seul·e·s victimes mais également à leurs proches qui deviennent à leur tour des victimes collatérales, comme par exemple le père impuissant des deux poupons, incarné par Karim Leklou.

Le fossé silencieux entre adultes et enfants

Le long-métrage met en lumière la difficulté sourde des adultes à prévenir ce phénomène. Une prise de conscience qui intervient souvent trop tard, du fait du sous-effectif du personnel des animateurs périscolaires dans les établissements notamment. En décembre dernier, le BB racontait le mouvement de grève national des animateurs périscolaires, de plus en plus détresse face à la précarité. « Un monde » illustre aussi un manque de formation des professeurs sur le sujet. A l’image de l’une des professeurs d’Adèle qui lui rétorque « tu sais les garçons ont l’habitude de se chamailler », alors même que son grand-frère subit les coups de ses bourreaux.

Également, la réalisation démontre à merveille l’engrenage qu’engendre le harcèlement pour les victimes : traumatisme, violences, honte, et mutisme. La cour de récréation devient ainsi impitoyable et ressemblerait à s’y tromper au monde qu’attend ces jeunes bambins. Les marginaux deviennent exclus et discrédités pour un oui ou pour un non, en fonction du statut social des parents, de la consistance des goûters, de la manière dont on s’habille. Laura Wandel dépeint avec finesse une réalité beaucoup trop présente à ce jour dans les classes de primaire, collège et lycée.


Maya Vanderbeque, interrogée par Brut, au sujet du harcèlement scolaire. 

Sélectionné au dernier Festival de Cannes dans la section Un certain regard, le film avait déjà à l’époque fait sensation et a été très bien accueilli, en raison notamment de la performance de Maya Vanderbeque qui porte quasiment à elle seule le film. Il ne faut pas manquer le premier travail multi-primé de Laura Wandel, et qui espérons sera suivi d’une prise de conscience collective sur la question.

Félix Mubenga 

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