Du haut de son mètre quatre-vingt-dix, Yazid Assoumani affiche un sourire resplendissant au moment de nous retrouver dans un café vers République, cœur battant du stand-up parisien. Allure de chanteur américain, son éternel durag protège jalousement des waves qu’on devine impeccables.

« Un jour, Jason Brokerss m’envoie un message pour me demander de faire sa première partie au Havre. Je lui ai répondu Je ne peux pas, j’ai réunion parents-profs. » Ou comment un jeune professeur des écoles, qui faisait du stand-up « à côté », réalise qu’il est en train de changer de catégorie socio-professionnelle plus vite qu’il ne le pensait.

D’instit’ à intermittent : le saut dans le vide

« J’arrête d’être prof des écoles à partir de l’année prochaine. » Depuis la scène de La Petite Loge, où nous avons assisté à une représentation de son premier spectacle en rodage, Esquisse, la déclaration de l’homme de la soirée interpelle. Il y a à peine quelques mois, l’humoriste natif de Marseille manifestait sa volonté de continuer d’enseigner et de faire du stand-up le plus longtemps possible. Le moment du choix semble être arrivé plus vite que prévu. « J’en parlais avec Louis Chappey dans son podcast, raconte-t-il. Je lui ai dit que j’arrêterai de travailler comme prof des écoles quand je n’aurai pas d’autre choix pour être un meilleur stand-uppeur ».

« Avant je le pratiquais comme une activité à côté, comme du basket, du badminton etc. », raconte Yazid. Mais au fil des scènes ouvertes, des premières parties, le professeur contractuel de 27 ans a fini par changer de catégorie. « Là, je vais jouer avec des gars trop forts. Avec des gens dont c’est le métier ! s’enthousiasme-t-il. Si je veux avoir leur niveau, il faut que je mobilise plus de temps sur l’écriture. »


« Je pense à mon tout premier passage télé, capté à la Cigale pour le Paname. C’étaient mes cinq meilleures minutes. Je me disais que je ne ferais rien de meilleur de ma vie. Aujourd’hui, ce passage, je ne peux plus me le voir ! Je me suis amélioré depuis. »

Né à Marseille, Assoumani Yazid Mdahoma (pour l’état civil) est l’aîné de sa fratrie. C’est dans les quartiers des Dervallières et à Malakoff, qu’il grandit. L’humoriste Ahmed Sylla, les footballeurs Chaker Alhadhur, Abdoulaye Touré, Mouctar Diakhaby… Le stand-uppeur franco-comorien énumère fièrement les célébrités qui viennent des quartiers de son enfance. « J’espère qu’un jour il y a des gens qui diront “J’étais à l’école avec Yazid”. Pour l’instant personne ne le dit. (Rire) »

Il s’installera ensuite avec sa famille à Trappes, dans le quartier des Merisiers. Il a alors 13 ans. « Avant que j’arrive à Trappes, mes cousins qui habitaient là-bas, ils me mentaient ! Ils me disaient qu’ils voyaient La Fouine tous les jours, qu’ils parlaient avec lui et tout », se souvient-il en souriant. À Trappes, il fréquentera les classes du collège Gustave Courbet, où est passé un certain Jamel Debbouze.

C’est à la fac de Nanterre, où il étudie la psychologie, qu’il se découvre deux vocations : l’enseignement, et l’humour, lors d’un concours organisé à l’université. Il se lance sur scène, en même temps que sa bande de la fac de Nanterre : PV, Bastien Morisson, Louis Chappey, Sylvain DK, Boriss Chelin, Samy Bel. Aujourd’hui encore, il les croise régulièrement dans les loges du Paname Art Café, Barbès Comedy Club et autres Jardin Sauvage. « Mon rêve c’est une photo à la Cigale, de tous les gars de la fac de Nanterre. »

Validé par les meilleurs, tout reste à faire

Cinq ans plus tard, du chemin a été parcouru. Si Yazid ambitionne d’exploser dans les prochaines années aux yeux du grand public, il s’est déjà mis dans la poche plusieurs pointures du stand-up français.

Shirley Souagnon, Jason Brokerss, Paul Mirabel, Panayotis Pascot, tou·te·s ont mis à l’honneur l’humoriste franco-comorien en première partie de leurs spectacles respectifs. « La reconnaissance des autres humoristes ne suffit pas à remplir les salles, tempère le comique, avec humilité. Mais c’est quand même un gage de qualité ! Quand des humoristes plus connus me font une petite dédicace, ça me fait du bien pendant une semaine, je suis sur un nuage ! »

Dans son interview avec John Sulo sur Clique Panayotis le salue notamment pour sa capacité à faire des blagues « de musicalité ». Car c’est bien là un point fort de Yazid : il se démarque par la mélodie et le rythme caractéristique de sa voix lorsqu’il narre les anecdotes de sa salle de classe ou qu’il mentionne ses complexes liés à son poids, sous les rires du public. « Il y a le fait que je sois prof et qu’on ne s’y attende pas, et ma manière de raconter des blagues. C’est cette singularité qui m’a permis de me faire un peu remarquer », analyse-t-il. « Mais il ne faut pas que je me bloque là-dedans. »

 

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Yazid Assoumani sur scène, son élément naturel. 

Fort de cet avantage qui lui permet d’échapper au formatage des plateaux d’humour, il reste conscient de sa marge de progression. « Je pense que je ne réfléchis pas assez sur ma manière de faire des blagues. Je suis encore trop spontané. », affirme-t-il. « Maintenant, je me concentre énormément sur les blagues et les mots que j’emploie, leur ordre etc. Et j’ai cette chance d’avoir la musicalité qui arrive directement. »

Quand on évoque la série Drôle, le verdict est sans appel : « J’ai adoré la série ! s’exclame-t-il. J’en parlais avec mon cousin récemment. Quand il y a Aïssatou (Mariama Gueye, ndlr) qui parle de ses sketches avec son mari, moi mon mari… c’était mon cousin ! (Rires) » L’identification ne s’arrêtait certainement pas là. Car dans la série, Aïssatou est elle aussi à un moment charnière de sa carrière, qui s’apprête à décoller.

Hadrien Akanati-Urbanet et Hiba Benzekri

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