D’entrée de jeu, Anne-Laure Bonnet nous annonce sa bonne humeur, malgré la distance des écrans interposés. Bavarde, elle le reconnait volontiers. Décontractée, la jeune femme au sourire angélique n’est pas une inconnue pour les amateurs de sport automobile et de foot. Comment oublier ses apparitions sur la chaîne Téléfoot. Cette fois, c’est elle qui a accepté de répondre aux questions d’une trentaine d’internautes, samedi 24 avril, à l’occasion de la traditionnelle MasterClass du BB.

C’est la passion d’Ayrton Senna qui m’a poussée à faire du journalisme dans le sport. 

Avant de manier le micro devant la caméra, Anne-Laure est d’abord fan de sport automobile. Les exploits du légendaire coureur brésilien Ayrton Senna l’ont profondément marquée. « Le 1er mai est la fête du Travail mais pour moi, elle me rappelle sa mort. Ma passion du F1 est née grâce à lui, il me manquait quelqu’un comme lui. C’est ce qui m’a poussée à faire du journalisme dans le sport. »

Sans être une sportive chevronnée, Anne-Laure reste scotchée devant l’écran pour parler de sport. Toutes disciplines confondues. «  On n’était pas du tout sport dans ma famille. J’imitais juste mon grand frère qui regardait beaucoup de sport à la télé. Mais je n’ai jamais pratiqué une seule discipline. Mes parents ne m’ont jamais poussé mais le sport était déjà devenu une passion. »

Brésilienne de cœur

Son enfance aura été bercée par deux passions : la Formule 1 et le Brésil, pays dont elle se sent très proche. « J’habitais à Perpignan. Lors d’un séjour à Barcelone, j’ai rencontré des joueurs portugais. C’est le Brésil qui m’a appris le foot. Je n’en étais pas fan à la base» , confie Anne-Laure, fière supportrice du club de Rio de Janeiro, Le Fluminense FC. « Au Brésil, il y a des clubs par classes sociales, c’est un vrai reflet de la société. Le foot était le moyen idéal pour comprendre le pays. »

Cette fascination pour le pays des palmiers la conduit à apprendre le portugais. A l’aise avec les langues, elle décroche sans difficulté un bac littéraire et obtient une licence de langues étrangères avant de suivre un cursus à Sciences-Po. Une expérience « ultra-formatrice » qui l’a « aidée à apprendre et à réfléchir vite. » Des compétences qu’Anne-Laure va rapidement mettre en pratique.

La première fois que j’ai posée ma voix, je me suis trouvée horrible. J’ai ressenti une certaine lacune causée par l’absence de formation dans une école de journalisme.

Sans passer par une école de journalisme, la jeune femme utilise son bagout pour forcer son destin. Première occasion de faire ses preuves : rédiger un article sur… le Brésil. La néo-pigiste ne pouvait pas rêver mieux pour débuter dans le métier. L’angle du papier ? « Les relations sociales sur la plage. En fonction du lieu sur une plage, on catégorise les personnes selon leur milieu social. J’avais envie d’écrire, j’aimais les mots. » Malgré son dévouement à la tâche, ses écrits ne rencontrent pas le succès escompté.

Peu importe, Anne-Laure n’abdique pas. Mieux, sa persévérance finit par payer. Après avoir été rédactrice F1 pour Canal +, elle devient correspondante au Brésil en 2004 pour l’Equipe, avant d’enchaîner les petits contrats en rédaction. «  J’ai eu une grosse période vache maigre, je travaillais sept jours sur sept. Je faisais de la relecture. Ce n’est pas toujours agréable mais c’est très formateur. Je ne connaissais personne, je ne savais pas proposer des sujets. J’ai eu beaucoup de mal à trouver du travail. Je me suis donc tournée vers la télévision. La première fois que j’ai posée ma voix, je me suis trouvée horrible. J’ai ressenti une certaine lacune causée par l’absence de formation dans une école de journalisme. »

L’aventure transalpine avec Sky Sports Italia

Après une énième pige, remplaçante pour l’émission F1 à la Une qu’elle anime avec Denis Brogniart, Anne-Laure part s’installer en Italie en 2009, où elle travaille sur la chaîne Sky Sports Italia. Elle continue alors à se consacrer à l’actualité de la Formule 1, puis à celle du football italien et européen. Malgré son niveau d’italien basique selon elle, Anne-Laure finit par s’intégrer au sein de la direction transalpine.

« L’image des chaînes machistes, à la Silvio Berlusconi, existe c’est vrai mais la grande prêtresse du foot était une femme qui travaillait sur Sky. J’avais cette image de l’Italie bimbo. A mon arrivée, j’avais demandé dans mon contrat si je pouvais choisir mes vêtements. Pas de décolletés, talons hauts ou de mini-jupes. On était super maquillées à la télévision italienne si bien que ma nièce a hésité avant de me reconnaître (rires). On finit par s’y habituer mais je n’ai jamais eu de réflexions sexistes. Pour les Italiens, c’est tout à fait normal qu’une femme vienne présenter la F1. Peut-être que la pire chose dont ils redoutaient, c’était que ce soit une femme française. La Formule 1, quand on se trouve dans le pays d’Enzo Ferrari, çà leur appartient un petit peu. »

Il faut avoir une approche assez douce. Se mettre à la place d’un joueur qui a perdu une rencontre.

Le terrain, la révélation pour Anne-Laure Bonnet

Après un séjour long de quatre ans de l’autre côté des Alpes, Anne-Laure revient au bercail, plus expérimentée que jamais. Elle rejoint la chaîne BeinSports en août 2013 en tant que journaliste de bord de terrain. Sa nouvelle mission ? Réaliser les interviews d’avant et d’après-match lors des soirées football et handball de la chaîne sportive. Pas toujours simple pour la jeune femme. « On est situé entre les bancs de touche. Il faut avoir les yeux sur ce qui se passe sur les bancs mais aussi sur le terrain. On recueille les réactions à chaud à la fin du match donc il faut avoir une approche assez douce. Se mettre à la place d’un joueur qui a perdu une rencontre. »

Les souvenirs reviennent alors notamment les interactions avec les joueurs. « Je trouve qu’ils ne sont pas assez formés pour répondre aux interviews. Beaucoup d’entre eux te sortent des phrases bateaux. Ce n’est pas qu’ils sont tous bêtes, bien au contraire. C’est juste qu’ils ont peur de faire une erreur, qu’on les attende au tournant. Ils font très attention à ce qu’ils disent face caméra. S’ils se plaignent de quelque chose ou font une erreur de langage, ça peut leur retomber dessus ».

J’ai plus de scrupules avec certains joueurs notamment les plus jeunes. Je n’en ai aucun avec les entraineurs, encore moins avec
les présidents.

Si Anne-Laure sait faire preuve de pédagogie, elle n’hésite pas à se montrer ferme avec les autres protagonistes du ballon rond. « J’ai plus de scrupules avec certains joueurs notamment les plus jeunes. Je n’en ai aucun avec les entraineurs, encore moins avec les présidents. Ceux-là sont formés pour répondre aux questions des journalistes.»

Parallèlement à ses activités sur BeinSports, Anne-Laure anime l’émission Tout le monde joue avec le football sur France 2, avant de rejoindre en 2020 Téléfoot, la nouvelle chaîne dédiée au ballon rond du groupe sino-espagnol Mediapro. Malgré sa courte expérience de présentatrice du Vrai Mag (la chaine s’est arrêtée début février 2021), Anne-Laure n’a aucun regret sur son passage à la chaîne éphémère.

J’aimerais comprendre comment l’ensemble de la presse nous a condamnés avant même qu’on naisse.

« J’ai fait les plus belles années de ma carrière entre Sky et BeinSports mais seul un studio pouvait m’offrir cette opportunité de parler avec des gens. Il y avait un humoriste avec moi sur le plateau du Vrai Mag. On n’arrêtait pas de faire des blagues. Au début c’était difficile parce que je découvrais un nouveau rôle dans une tension hallucinante. J’aimerais comprendre comment l’ensemble de la presse nous a condamnés avant même qu’on naisse. La méchanceté qui entourait ce qu’on faisait m’a beaucoup marqué ». Anne-Laure fait référence aux critiques nombreuses de la presse dès le lancement de Téléfoot notamment sur les offres délivrées par Mediapro, jugées trop élevées.

Aujourd’hui, Anne-Laure se tourne vers d’autres horizons gardant en elle ses souvenirs les plus mémorables (Grands Prix de F1, matchs nationaux et européen, Coupe du monde). Ses aventures aux quatre coins du globe l’ont amenée à s’engager vers un nouveau défi. Celui de se consacrer à d’autres facettes du journalisme avec toujours le même leitmotiv : « Raconter des histoires, prendre le temps de rencontrer des gens, collaborer avec des boîtes de production. Papillonner, moins d’antenne, plus de documentaires. » Les initiatives ne manquent pas comme ou prendre un cours d’arabe sans prof sans raconter l’histoire des favelas de Rio sous forme de documentaire. Parce qu’elle est comme ça, Anne-Laure, toujours prête à partir vers l’inconnu, avec sourire et panache.

Fleury Viadiambo

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