Le rap français n’a plus de secrets pour Hamad. Quand on l’écoute énoncer des rappeurs, célèbres ou méconnus, on reconnaît le passionné, jadis ancien employé de vidéo-club, devenu rédacteur en chef de Booska-P, média d’information en ligne spécialisé dans le rap et les cultures urbaines qu’il a co-fondé le 31 octobre 2005.

Dès le début de la masterclass, Hamad, de son vrai nom Amadou Ba, nous dévoile ses deux préférences artistiques : la musique et le cinéma. Pour comprendre ce qui l’a conduit à vouloir traiter l’actualité du rap sur internet, il faut remonter à son adolescence dans les quartiers d’Evry-Courcouronnes (Essonne). D’abord au sein de son entourage familial où la passion du rap est transmise par ses ainés. « Je suis issu d’une famille nombreuse. Ma grande sœur écoutait pas mal de sons. C’est venu comme çà. »

Nous voulions faire un DVD dans lequel on filmerait les rappeurs de nos quartiers. Comme c’était compliqué de sortir le disque, on a décidé de créer un site internet.

Ensuite dans les couloirs du collège où il en partage le goût avec Fif  Tobossi.  « C’est mon ami d’enfance, on se connaît depuis tout petit. On était grave branchés rap français, lui beaucoup plus que moi. Moi, j’étais branché sur tout ce qui est cinéma. J’ai toujours voulu bosser dans la réalisation, se souvient Hamad. Alors on a eu l’idée d’associer nos deux passions. Nous voulions faire un DVD dans lequel on filmerait les rappeurs de nos quartiers. Comme c’était compliqué de sortir le disque, on a décidé de créer un site internet ».

Fan du travail du célèbre réalisateur américain Quentin Tarantino, amateur de films hong-kongais des années 1970, Hamad abandonne ses études de cinéma, jugeant les cours « trop théoriques avec pas assez d’exercices pratiques », et travaille dans un vidéo club, situé place d’Italie à Paris (13ème arrondissement). Mais l’idée de créer un site de contenus vidéos reste toujours là. Le jeune Hamad décide alors de sauter vers l’inconnu…

Premiers succès avec Sinik et Diam’s

Premier défi aussitôt réalisé avec la création du site Booska-P, mis en ligne fin octobre 2005, avec le concours d’un ami commun, Alexis Nouaille. Pour les férus du septième Art, le nom du site est une référence Buscapé, personnage principal du film-culte brésilien La Cité de Dieu (2002) de Fernando Meirelles. « C’est lui qui va dans les favelas pour chercher les images avec son appareil photo. Un peu comme nous qui allions dans les banlieues pour filmer les rappeurs », ajoute Hamad.

Les trois hommes se concentrent sur la production de vidéos en lien avec le rap. Les résultats ne se font pas attendre. Le site met en ligne sa première vidéo, un clip musical du rappeur Sinik qui attire plus de 2 500 visiteurs dès le premier jour. Devant ce constat encourageant, le site sort en exclusivité le célèbre clip de Diam’s, La Boulette en 2006. Le succès du site est tel qu’il se plante temporairement face à l’afflux d’internautes.

C’était un kiff pour nous à la base. Mais on trouvait que le rap français n’était pas bien représenté dans le paysage médiatique.

Une envie de proposer une alternative aux médias mainstream ou simple volonté d’afficher ses passions pour le genre musical hérité de la culture américaine ? Pour Hamad, c’est un mélange des deux. « C’était un kiff pour nous à la base. Mais on trouvait que le rap français n’était pas bien représenté dans le paysage médiatique. Il y’avait la presse spécialisée mais c’était une presse mensuelle. Ce qui nous intéressait c’était de savoir comment les rappeurs vivaient leur musique ». 

Plus de 1.7 million d’abonnés sur YouTube

Avec Booska-P, Hamad entend vivre sa passion à fond. Et les idées, le média n’en manque pas. Alors que le co-créateur ressent un ronronnement éditorial, après un succès reconnu, vers 2017, le site lance de nouveaux formats pour diversifier sa ligne éditoriale et renforcer sa position sur Youtube notamment : « les 11 rappeurs à suivre », les Booska’Press, et le format vidéo « Wesh » destiné à découvrir de nouveaux talents.


Nico Colombien, un des talents que Booska P a fait émerger ces dernières années. 

Avec l’arrivée de nouveaux journalistes, la plateforme gagne en expérience sur le traitement journalistique même si les rapports avec les rappeurs peuvent être tendus. « Nous avons l’avantage d’être proches des artistes. On est de la même génération, partage le même code culturel ce qui explique cette proximité. Il faut savoir que la plupart d’entre eux sont susceptibles. Il nous est arrivé de nous brouiller avec certains rappeurs pour une histoire de contenus. On essaie de rester assez objectifs même si l’objectivité n’existe pas dans le métier de journaliste. »  

Nous voulons développer un volet social, raconter des sujets qui nous touchent.

Avec ses contenus vidéo, Booska-P propose, séduit et rassemble les aficionados de la culture rap. Le site compte actuellement 1.7 million d’abonnés sur YouTube et plus de 3.2 millions d’abonnés sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter et Instagram). Désormais référence-phare du traitement de l’actualité du rap français sur Internet, Booska-P entend prendre de nouvelles directions. « Nous voulons développer un volet social, raconter des sujets qui nous touchent (violences policières, précarité, insertion professionnelle, etc …), dévoile Hamad. Nous avons grandi en banlieue, on s’est construit grâce à ce genre de vécus et d’histoires ». 

Gageons que ce nouveau défi récolte le succès espéré grâce au flair d’Hamad et son équipe. Parce que Booska-P, c’est aussi l’histoire du premier, celle d’un ado des banlieues qui aura réussi à faire de sa passion commune, une réussite.

Fleury Vuadiambo

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