Andrea Comas/Reuters

« Le chômage en Espagne dépasse les 25% pour la première fois dans l’histoire du pays » titrait la grande majorité des journaux fin octobre. Tous les Espagnols sont conscients depuis déjà longtemps de cette réalité qui menace le pays. Un Espagnol sur quatre ne trouve pas de travail, malgré tous les efforts possibles. Le pays compte 5 778 100 de demandeurs d’emploi.

Les statistiques montrent que le chômage a augmenté, (85 000 personnes en plus ce trimestre). Il touche toutes les classes d’âge. C’est le cas de Rosa, 25 ans. A la recherche d’un emploi depuis maintenant un an et demi, elle a suivi des études de journalisme. Elle avait réussi à décrocher un stage alors qu’elle était en encore étudiante. Aujourd’hui, décrocher ce même stage lui serait impossible.

Elle a tout essayé : s’enregistrer sur le portail du travail, parcourir les entreprises, curriculum à la main, appeler tous ses contacts… En vain. Dernièrement, elle a trouvé un travail d’auxiliaire de vie auprès d’une personne âgée. « Même si je ne veux pas faire ce genre de boulot, pour le moment il n’y en a aucun autre. Sinon, il faudra que je rentre à Huelva (Andalousie) dans deux mois avec ma famille qui habite là-bas », raconte-t-elle, dépitée. Madrid est la région où le chômage a le plus baissé ce trimestre avec 15 100 inscrits de moins. En revanche, l’Andalousie enregistre le chiffre le plus élevé, avec 61 300 chômeurs de plus, selon la dernière enquête sur la population active (EPA).

Rosa assène : « Il faut investir dans la création d’emploi pour les jeunes et les entrepreneurs. Car même si l’on est très qualifié, il faut aujourd’hui mendier pour qu’une entreprise vous embauche. Le gouvernement doit aider les petites entreprises qui ont moins de moyens que les grandes pour investir ».

En 2010, Laura, 30 ans a quitté Madrid pour rejoindre l’Angleterre. Elle fait partie des 507 740 autres personnes qui sont se sont expatriées pour tenter leur chance ailleurs. Ce chiffre de l’Institut national de statistiques (INE) pour 2011 a donné un solde migratoire négatif. Une situation que l’Espagne n’avait pas vécu depuis longtemps. Diplômée en sciences économiques, elle a passé un an à Londres. A son retour en Espagne un an plus tard, elle a fait une poignée d’entretiens sans résultat, « mais je ne perds pas espoir. Je vais continuer la recherche et, s’il faut que je parte encore une fois, je le ferai sans hésiter ».

José, 36 ans, ingénieur industriel et Ana, 32 ans, architecte, ont décidé il y a un an de créer leur entreprise, Arquedomo pour tenter de se faire une place sur un marché en crise. Ce couple mise sur le rôle majeur des petits entrepreneurs. « J’ai toujours eu l’esprit d’entreprise, même si avant je travaillais comme salarié. Créer ta propre entreprise ce n’est pas facile, mais on a une stratégie de spécialisation : le secteur hôtelier est un peu vieux en Espagne, donc on propose de lui donner une image plus moderne », explique José. Selon la Commission Européenne Eurostat, l’Espagne était la première destination touristique européenne au moment de la création de l’entreprise. « Pour cette raison, on voit un futur difficile à moyen terme, à cause de la crise, mais vraiment positif à long terme, du fait de la modernité du secteur domotique, toujours en développement », ajoute-t-il, confiant.

Voilà deux ans que l’idée d’ Arquedomo leur est venue en tête. Ils ont consacré une année à l’élaboration de leur business plan. Côté financier, ils sollicité un service d’aide à la création d’entreprise à la Chambre de commerce de Madrid. « Aller là-bas nous a fait perdre notre temps. Nous nous sommes noyés dans un océan bureaucratique inefficace. Par exemple, si nous avions besoin de documents dans une autre institution, il fallait y aller plusieurs fois, parce qu’ils ne donnaient pas toute l’information au début ». La situation s’est empirée lorsqu’ils ont demandé des aides auprès du Centre des entrepreneurs d’Andalousie (CADE), une institution dépendant du gouvernement où on leur a rétorqué « On peut vous aider à faire la demande, mais on vous ne donnera aucune subvention ». Les critères d’attribution de ces aides sont en effet drastiques. « On a tout fait avec nos épargnes, parce que le gouvernement n’aide pas les entrepreneurs, qui sont pourtant ceux qui créent véritablement des postes », raconte Ana. Le nombre de travailleurs autonomes a augmenté de 65 100 personnes ce trimestre, selon l’Enquête sur la population active (EPA).

À moins de dix années de la retraite, Jesús, technicien en programmation, a été licencié de son entreprise en janvier. « On était 300 employés. Ils nous ont viré en deux fois, grâce à la nouvelle réforme du travail. En novembre, l’usine a définitivement fermé ». Jesús peut s’estimer chanceux malgré tout : il touche la totalité de l’allocation de chômage puisqu’il était soumis au seuil d’imposition le plus élevé. Dan le cas contraire, sa paie aurait été réduite de six mois. « C’est toujours la même histoire, le gouvernement coupe les aides à ceux qui ont le moins de ressources ».

Depuis son licenciement, Jesús a commencé suivre une formation à Pôle Emploi (SEPE en Espagne) mais celle-ci a été supprimée à cause de la politique d’austérité. Même s’il va encore percevoir une allocation pendant un an et trois mois, il rêve de nouveaux projets pour l’avenir, comme monter une salle de répétition pour des musiciens sans ressources, ou créer un business d’import-export avec un copain, « parce que le plus important, c’est de rester actif ».

Beatriz Alonso

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