Plus de 800 000 réfugiés : c’est le nombre qu’a accueilli l’Allemagne en 2015. Ce n’est pas la première crise des réfugiés, indique la mairie de Cologne, où nous nous trouvons pour notre premier jour de reportage, mais c’est la crise la plus importante. Qu’en a-t-il été de la couverture médiatique de ces réfugiés? Taher, 24 ans, jeune réfugié iranien qui a appris l’allemand en quelques mois et a repris ses études, regrette une couverture qu’il considère comme stigmatisante. « Il y a des gens qui utilisent les médias pour attiser la haine. Quand un crime est commis par un Allemand, on lira seulement qu’il a été commis par un “individu”. En revanche, si le crime est commis par un réfugié, alors on le précisera ». Une image des réfugiés encore ternie par les violences sexuelles qui ont eu lieu dans la foule à Cologne lors de la Saint-Sylvestre fin 2015. 

Pourtant, les auteurs ne faisaient pas partie de la vague des réfugiés, précise la mairie de Cologne. Les autorités ayant été prises de court, la municipalité déplore que le monde n’ait plus connu la ville que pour ces agressions. « Cologne, c’était un dôme, celui de l’église et cette nuit-là« , déplore-t-on à la municipalité. Un événement qui aurait pu se produire dans une autre fête alcoolisée d’une grande ville européenne, estime la mairie qui, sollicitée par tous les médias du monde, indique avoir alors passé des semaines à “expliquer ce que nous ne nous expliquions pas”.

Du côté de la radio publique WDR, radio majeure de l’ouest de l’Allemagne, on remarque que cette crise des réfugiés n’est pas la première. Helga Schmidt, rédactrice en chef adjointe de la radio publique, rappelle que dans les années 50, une radio avait été mise en place pour ceux qu’on appelait à l’époque les “travailleurs invités”, essentiellement venus de Turquie immigrés. « A l’époque, on pensait que ces travailleurs allaient rentrer dans leur pays. Aujourd’hui, on sait que ce n’est souvent pas le cas« , constate-t-elle. Située en plein centre de Cologne, les locaux de la radio WDR emploient 4 300 personnes, avec un budget de 1,4 milliards d’euros (contre 2,8 pour France Télévisions). Que fait WDR pour les migrants et réfugiés ? Financée par une redevance obligatoire, la radio a récemment dû renouveler son offre afin, notamment, de répondre aux attentes des plus jeunes. Parmi les nouveautés mises en place, une des nouvelles chaînes, Kosmo, propose « un programme international important pour les migrants”, indique Helga Schmidt. « Tous les jours, un émission d’une demi-heure par langue est diffusée, en kurde, en russe, en turc, espagnol, polonais, italien…Il est très intéressant de voir les confrontations internationales être reproduites dans le microcosme qu’est Kosmo« , remarque-t-elle. 

Helga Schmidt (à droite) présente la newsroom aux reporters du Bondy Blog

WDR For you, plateforme en ligne pour migrants et réfugiés

A l’égard des réfugiés et migrants, l’attitude et le manque de recul des médias été critiquée par le public, remarque Helga Schmidt. Cependant, elle note qu’une « grande solidarité » s’est établie entre le public et les journalistes. Chez WDR, une solution originale a été imaginée : « WDR For You”, une plateforme en ligne dont le contenu est pensé spécifiquement pour les migrants et réfugiés, qui souvent obtiennent leurs informations par smartphone. Diffusée en plusieurs langues, dont l’allemand, l’arabe et le farsi, WDR For You fournit notamment des indications sur les démarches en Allemagne : comment scolariser son enfant, comment obtenir un passeport… Elle fournit aussi des informations sur la région d’origine des migrants, en ayant recours aux correspondants de WDR présents sur le terrain. La plateforme propose aussi des reportages sur le quotidien des réfugiés, et une rubrique dédiée permet de traiter les fake news pour lutter contre la désinformation.

 « WDR For You a atteint les 2 millions de followers« , se réjouit Helga Schmidt. Les lecteurs sont pour moitié constitués de Syriens, mais aussi d’Afghans et d’Irakiens. Parmi les journalistes de la plateforme, on trouve des journalistes de WDR, des freelance, mais aussi des artistes, des auteurs, et des réfugiés. Les lecteurs peuvent aussi suggérer des sujets indique Helga Schmidt. Un « laboratoire pour les autres radios« , estime-t-elle. Une manière d’aider les réfugiés à s’intégrer en Allemagne, mais aussi une fenêtre pour les Allemands sur le quotidien des nouveaux venus dans leur pays.

Soraya BOUBAYA, Audrey PRONESTI, Sarah SMAIL

Ce reportage a été rendu possible grâce au partenariat avec le bureau parisien de la Fondation Konrad Adenauer

 

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