TOUR D’EUROPE 2014. L’étape de Rémi dans les pays baltes se termine sur une note partagée entre la volonté de construire une identité commune au sein de l’Europe et l’héritage d’une autre identité qui les a uni et séparé. Retrouvez le road-trip de nos blogueurs sur notre page spéciale

Souvent présenté comme une entité géographique, les pays baltes n’ont pourtant pas grand chose en commun. Si le lituanien et le letton ont quelques racines communes, les habitants des deux pays peinent à se comprendre et ne déchiffrent pas un mot d’estonien, langue plus proche du finnois.

Ce qui a rapproché les trois pays, c’est d’abord la lutte contre le communisme. Dès l’été 1987, des mouvements se forment dans chacun des trois pays baltes pour dénoncer leur annexion par la Russie depuis 1940. Le 23 août 1989, plus de deux millions d’Estoniens, de Lettons et de Lituaniens forment une chaîne longue de 560 km pour réclamer leur indépendance.

téléchargementtéléchargementAndris, un jeune Letton de 29 ans se souvient de l’ambiance de cette nuit : « j’étais très petit. Je me souviens du contact des paumes de mon père. Je me souviens que les gens étaient pleins d’espoir ». « C’est peut être la seule fois où nous avons été unis », estime Allar, un jeune Estonien du même âge qui a aussi participé à la manifestation. « On ne partage rien. Aucune culture commune, très peu au niveau linguistique. On a juste le même destin économique« .

Après leur indépendance, les trois pays connaissent de grandes difficultés économiques. Depuis, la courbe de leur Produit intérieur brut connait les même variations et les échanges économiques se renforcent. Andris travaille aujourd’hui pour une banque norvégienne : « C’est surtout les investissements scandinaves et européens qui maintiennent aujourd’hui les liens entre nos pays« . Au cours de mon voyage, j’ai noté la présence de nombreuses stations essences (Statoil entre autres) et de banques scandinaves (DNB, Nordic…). Ces dernières ont prêté 43,4 milliards d’euros aux pays baltes au plus fort de la crise.

Pour les pays baltes, ces investissements sont une bonne manière de réduire la dépendance au voisin russe. Depuis 4 ans, la bourse balte de l’électricité fonctionne. Mais le projet de train à grande vitesse supposé rallier Berlin à Helsinki par les pays baltes est au point mort. Entièrement financé à hauteur de 2,1 milliards d’euros par les Etats membres de l’UE, ce projet est une priorité du réseau de transport transeuropéen (RTE-T).

Il permettrait d’améliorer les liens économiques de ces pays en favorisant le transport de fret jusqu’ici effectué par de lourds camions sur des routes en mauvais état. En faisant adopter un écartement des rails aux normes européennes, il renforcerait surtout l’intégration des pays à l’Europe, car le système ferroviaire existant est pour le moment structuré sur un axe Est-Ouest destiné à relier les ports de la baltique à l’ex-Union soviétique.

Rémi Hattinguais

Articles liés

  • Le « dégoutage » : bien plus qu’un spleen à l’algérienne

    En Algérie, le phénomène du “dégoutage” persiste depuis des décennies. Le terme existait bien avant le hirak, (révolution pacifique citoyenne algérienne). Parmi la population, les jeunes, mais aussi les personnes âgées vivent ce sentiment qui n’a pas de définition dans le dictionnaire français.

    Par Amina Lahmar
    Le 14/09/2022
  • « Au Canada, deux mondes se croisent et doivent cohabiter » : réflexions sur la Justice restaurative

    Au Canada, les porte-paroles des premières nations se battent contre la surreprésentation des populations autochtones dans les prisons. Face à un système juridique, parfois opposé aux valeurs de ces peuples, les militants se battent pour tenter d'endiguer le phénomène. Adéline Basile, étudiante en droit à l’université d’Ottawa et vice-cheffe de la Première nation Ekuanitshit en fait partie. Interview.

    Par Meline Escrihuela
    Le 20/07/2022
  • A Montréal, errance et identité autochtones

    A Montréal, il n’y a pas de quartier autochtone comme on aurait un Little Italy ou un Chinatown. Mais ceux que l’on appelle « les itinérants » c’est-à-dire les sans-abris dont bon nombre sont autochtones ont un parc où ils se retrouvent : le square Cabot. C'est dans ce lieu emblématique que différentes institutions tentent de répondre à leurs besoins en multipliant les initiatives culturelles et solidaires tout en faisant vivre l’identité autochtone.

    Par Meline Escrihuela
    Le 23/06/2022