Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

TOUR D’EUROPE 2014.  Cinquième étape du voyage de Rémi : Varsovie, Pologne. Les méthodes de déstabilisation de Vladimir Poutine en Ukraine inquiètent les Polonais, ravivant des souvenirs de la période soviétique. Retrouvez le road-trip de nos blogueurs sur notre page spéciale. 

Première nuit dans le bus depuis le début de ce voyage ! Exténué, j’arrive au petit matin à la gare centrale de Varsovie. J’attends dans un café une heure plus décente pour réveiller mes hôtes polonais. Igor et Edyta sont deux jeunes trentenaires. Il y a quelques années, ils ont acheté un appartement « post-soviétique » à un ancien agent du KGB (« True Story! »). « Tu verras, tout est post quelque chose à Varsovie » s’amuse Igor. Dans la cuisine, le couple a placardé une affiche de Manu Chao. Exit le communisme certes, mais cette IMGP4257journaliste et cet anthropologue se considèrent encore de gauche et tentent de vivre dans l’alternative. A la radio, pas de hits internationaux, mais des groupes de rock indie. Ce soir, ces passionnés de cuisine nous concocte un bœuf au curry maison, l’occasion d’engager la conversation.

Igor et Edyta précisent d’emblée : ils n’appartiennent pas à la jeune génération sacrifiée de Pologne. Celle qui doit enchaîner les contrats précaires et qui vit au jour le jour. « On a pu réunir quelques économies, prendre un prêt et acheter un appartement. Mais pour avoir un enfant, il faudra attendre maintenant » explique Edyta avant de poursuivre : « Nous avons connu le communisme et la domination russe, nous savons ce que c’est. C’est pourquoi je ne suis pas contente que les médias français soient aussi pro-Russe à propos de Maïdan ».

Les Français, trop proches des Russes

IMGP4238L’attaque, sortie de nulle part, nous lance sur l’Ukraine pour une bonne partie de la soirée. En deux heures, j’ai eu la preuve que les actions des dirigeants d’Europe de l’Ouest, mais surtout de la France étaient scrutées avec attention par les Polonais. « Hollande n’a rien fait concrètement pour Maïdan. Et c’est à cause des journalistes et des élites qui sont trop proches des Russes. Vous avez continué à vendre des navires militaires [contrat mistral ndlr] après que les Russes se soient emparés de la Crimée » dénonce Edyta. Igor, qui est d’origine Biélorusse, suivait avec intention les réseaux d’opposants au régime de Ianoukovitch : « Entre le moment où j’ai vu des échos en ligne, où les choses ont commencé sur le terrain et les premiers articles de la presse française, il s’est passé plusieurs semaines. Vous n’êtes pas intéressés. Mais nous les Polonais, sommes inquiets de voir l’histoire se répéter ».

La domination de la Russie et des Soviétiques, les deux jeunes en gardent un souvenir amer : « Il n’y avait pas de liberté et on manquait de tout. Notre plat national a même été influencé par les privations » explique Igor. Le jeune gourmet me parle d’un réseau de restaurants subventionnés par les puissances publiques sous l’air soviétique et dont le logo est une vache : « Une vache laitière, précise-t-il. Pour compenser le manque de viande, les Russes ont poussé les polonais à consommer beaucoup de lait et de laitage. C’est pourquoi le plat national, les pierogis, sont des raviolis fourrés aux fromage frais ». L’adresse est notée. Je file, il me reste 30 min pour m’essayer à la gastronomie polonaise avant mon premier rendez-vous avec la jeunesse sacrifiée de ce beau pays.

Rémi Hattinguais

Articles liés

  • Brésil : Lula a gagné, mais le bolsonarisme n’a pas perdu

    Réélu dimanche 25 octobre, Lula a remporté la bataille des urnes. Mais la menace bolsonariste demeure. Depuis l'Amazonie, la journaliste et écrivaine Eliane Brum alerte sur les dangers que l'extrême droite fait peser sur la démocratie brésilienne et sur la plus grande forêt tropicale du monde.

    Par Aliénor de Matos
    Le 27/10/2026
  • Au Brésil, l’extrême droite bolsonariste confirme son emprise

    Au premier tour de la présidentielle brésilienne, dimanche 4 octobre, Flávio Bolsonaro, candidat d’extrême droite et fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, a recueilli 47,03 % des suffrages, devançant le président sortant Luiz Inácio Lula da Silva (45,16 %), en quête d’un quatrième mandat. Un résultat qui confirme la puissance du bolsonarisme et suscite sidération et inquiétude chez les soutiens de Lula, à trois semaines du second tour.

    Par Aliénor de Matos
    Le 07/10/2026
  • À Ceuta, des milliers d’exilés pris au piège après la traversée

    Les 30 et 31 juillet, quelque 72 000 personnes ont rejoint Ceuta depuis le Maroc, principalement par la mer. Si près de 70 000 d’entre elles sont depuis retournées au Maroc, des milliers de personnes restent dans l’enclave espagnole, sans solution d’hébergement et dans l’espoir de gagner le continent européen. Reportage.

    Par Aicha Bennani
    Le 04/08/2026