Depuis le 6 mars, nous – quatre Français actifs dans la promotion de la diversité – sommes invités par le Département d’Etat américain (équivalent du ministère des Affaires étrangères) pour un séjour d’études aux Etats-Unis : Najat Azmy (ex-conseillère municipale de Roubaix déléguée à l’éducation, conseillère à la communauté des Marocains à l’étranger dans les domaines de la culture et de l’éducation) ; Rokhaya Diallo (présidente de l’association Les Indivisibles, chroniqueuse à Canal + et RTL), Aimé Djinekou (médiateur social, sportif et culturel dans le quartier du Mirail à Toulouse) ; Dogad Dogoui (consultant en communication et en gestion de la diversité en entreprise, président du club Africagora).

Pendant trois semaines, notre programme « Managing Ethnic Diversity in the US » nous conduira dans cinq Etats et six villes (Washington, San Francisco, Indianapolis, Selma, Montgomery et New York) à la rencontre de divers acteurs (institutionnels, médiatiques, militants…) impliqués dans les questions relatives aux droits civiques des minorités, à l’intégration des immigrés, au multiculturalisme et bien sûr à la lutte contre le racisme.

Ce voyage entièrement financé par le gouvernement américain, s’inscrit dans le cadre de l’International Visitor Leadership. Depuis 1940, des young leaders du monde entier sont invités à participer au programme d’échange professionnel dans le but de construire une « compréhension mutuelle » entre leur pays et les Etats-Unis. Depuis sa création le programme a accueilli des milliers d’individus, parmi lesquels plus de 290 chefs d’Etats ou de gouvernement actuels et passés (dont Nicolas Sarkozy, Indira Gandhi ou Tony Blair).

Lors de notre première semaine à Washington nous avons découvert la place centrale de la Constitution dans la vie américaine : toutes les actions juridiques intentées par des citoyens (minorités ?), des ONG, des mouvements de droits civiques se fondent sur l’exigence d’un égal accès aux droits inscrits dans cette constitution.

Au nom du respect des droits de chacun, l’Etat doit veiller à ce que tous les citoyens soient traités de manière égale. Il s’est ainsi doté d’un département – la Civil Rights Division – créé au sein même du ministère de la Justice pour défendre les individus ou groupes dont les droits civiques ou humains sont lésés.

Un tel dispositif n’existe que grâce à une forte volonté politique qui n’est pas tombée du ciel : en 1964, sous la pression des militants des droits civiques, le gouvernement n’a pas eu d’autre choix que de créer cette institution. Aujourd’hui, l’Etat lui-même dispose au niveau fédéral de 350 avocats dont l’unique mission est d’intenter des procès à quiconque entrave ces libertés individuelles.

Parmi ces libertés, nous avons noté l’attention particulière portée aux libertés religieuses. Il ne s’agit pas seulement de lutter contre les discriminations ayant trait à la religion, mais d’offrir à chaque citoyen la possibilité de pratiquer sa religion en toute liberté (y compris sur le lieu de travail).

Malgré cette volonté, l’inscription « in God we trust » estampillée au fronton de la Chambre des Représentants, et sur les billets de banque nous a rappelé l’absence de séparation entre la religion et Etat. Les Etats-Unis forment une nation de croyants (92% d’entre eux croient en Dieu). Rappelons que les Pères fondateurs ont créé le pays sous la protection de Dieu. Au point que malgré le climat islamophobe qui a pu naître après le 11 septembre, les athées restent beaucoup plus mal vus que les musulmans.

Nous avons été frappés de constater à quel point les Américains sont décomplexés dans l’appréhension des minorités, ils revendiquent l’appartenance communautaire et n’hésitent pas à se structurer sur la base de ce critère pour revendiquer l’égalité, sans jamais manquer d’invoquer la Constitution. Mais s’ils sont « Africains Américains», « Latino Américains» ou « Irlandais Américains », ils sont avant tout américains. Aussi, c’est en tant que citoyens américains qu’ils revendiquent leurs droits.

Il nous est apparu, que contrairement à la France, lesdites communautés vivent les unes à côte des autres, se mélangent assez rarement. Le quartier très pauvre d’Anacostia que nous avons visité à Washington est composé à plus de 90% de Noirs ! A cela s’ajoute une situation critique dans l’enseignement public, comme en ont témoigné les travailleurs sociaux nous que nous avons rencontrés. Enfin, nos rencontres nous ont amenés à constater l’importante place des ONG dans la gestion de la « diversité », ces organisations sont structurées autour de juristes palliant l’absence de l’Etat.

Après Washington, direction San Francisco, les deux semaines à venir nous réservent sans doute bien des surprises !

Najat Azmy, Rokhaya Diallo, Aimé Djinekou et Dogad Dogoui

Vivez en direct l’aventure des 4 Frenchies sur http://rokhaya.blog.canalplus.fr/

Najat Azmy, Rokhaya Diallo, Aimé Djinekou, Dogad Dogoui

Articles liés

  • Le « dégoutage » : bien plus qu’un spleen à l’algérienne

    En Algérie, le phénomène du “dégoutage” persiste depuis des décennies. Le terme existait bien avant le hirak, (révolution pacifique citoyenne algérienne). Parmi la population, les jeunes, mais aussi les personnes âgées vivent ce sentiment qui n’a pas de définition dans le dictionnaire français.

    Par Amina Lahmar
    Le 14/09/2022
  • « Au Canada, deux mondes se croisent et doivent cohabiter » : réflexions sur la Justice restaurative

    Au Canada, les porte-paroles des premières nations se battent contre la surreprésentation des populations autochtones dans les prisons. Face à un système juridique, parfois opposé aux valeurs de ces peuples, les militants se battent pour tenter d'endiguer le phénomène. Adéline Basile, étudiante en droit à l’université d’Ottawa et vice-cheffe de la Première nation Ekuanitshit en fait partie. Interview.

    Par Meline Escrihuela
    Le 20/07/2022
  • A Montréal, errance et identité autochtones

    A Montréal, il n’y a pas de quartier autochtone comme on aurait un Little Italy ou un Chinatown. Mais ceux que l’on appelle « les itinérants » c’est-à-dire les sans-abris dont bon nombre sont autochtones ont un parc où ils se retrouvent : le square Cabot. C'est dans ce lieu emblématique que différentes institutions tentent de répondre à leurs besoins en multipliant les initiatives culturelles et solidaires tout en faisant vivre l’identité autochtone.

    Par Meline Escrihuela
    Le 23/06/2022