Le Bondy Blog : En quoi consiste l’action de Cap ou pas cap

Tiphaine Surmont : Notre association agit pour que le plus grand nombre de citoyens s’engagent dans des actions alternatives pour la construction d’une société humaine, écologique et solidaire. Nous animons une carte numérique et collaborative qui permet à chaque citoyen qui le souhaite de s’engager directement auprès d’une alternative proche de chez lui.

L’idée c’est que les citoyens fassent des demandes pour construire leur propre boîte à dons parce qu’ils considèrent que cela peut être utile à leur quartier et éviter ainsi le gaspillage et la surconsommation

Le Bondy Blog : Parlez-nous de cette carte ?

Tiphaine Surmont : C’est une carte numérique et collaborative qui rassemble les lieux alternatifs, associations, restaurants sympas sur toute la France. Tout le monde peut rajouter des adresses sur la carte. Le but, c’est qu’un citoyen qui se dit par exemple : ‘tiens moi je veux sortir autrement, dans des lieux alternatifs’, puisse trouver tous les bars, cafés, restaurant associatifs. Mais aussi : ‘j’ai envie de manger sain et local, me déplacer autrement ou me fournir en électricité renouvelable’. Le but c’est qu’on agglomère un maximum d’alternatives qui existe en France pour que les citoyens puissent s’engager plus facilement.

Le Bondy Blog : Parlez-nous du mobilier collaboratif que vous proposez également ?

Tiphaine Surmont : C’est une boîte en bois qu’on appelle aussi boîte à don. C’est une sorte d’armoire dans laquelle chacun peut venir déposer des objets non périssables qu’on n’utilise plus comme des vêtements, des jeux, des livres, une lampe… N’importe qui peut se servir ou déposer ces objets. Ces boîtes sont en libre-service dans Paris. Mais on veut aller plus loin ! L’idée c’est que les citoyens fassent des demandes auprès de la mairie pour construire leur propre boîte à dons parce qu’ils considèrent que cela peut être utile à leur quartier et éviter ainsi le gaspillage et la surconsommation.

Le mobilier collaboratif permet à des habitants d’un quartier qui n’ont pas forcement les moyens de se procurer ces objets et de les avoir gratuitement

Le Bondy Blog : Comment fonctionne ce mobilier collaboratif ?

Tiphaine Surmont : On s’appuie toujours sur une structure qui accepte de supporter le projet. Par exemple, vous trouvez une boîte à dons place Félix Éboué à Daumesnil dans le 12ème arrondissement de Paris. Globalement, le but des boîtes à don c’est que des citoyens puissent déposer des objets dont ils ne se servent plus pour que d’autres viennent les récupérer au lieu de les amener en déchèterie. En même temps, cela permet à des habitants d’un quartier qui n’ont pas forcement les moyens de se procurer ces objets et de les avoir gratuitement.

Le Bondy Blog : Combien avez-vous installé de meubles solidaires ?

Tiphaine Surmont : Nous en avons installé vingt-cinq dans Paris. Elles sont principalement dans le XVIIIe et XIXe arrondissement près des structures comme le foyer pour jeunes de la CAF ou au pied de logements sociaux.

Le Bondy Blog : Avez-vous des partenaires pour ce projet de meubles et de frigos solidaires ?

Tiphaine Surmont : Oui, la mairie de Paris a financé ce projet à hauteur de 2 000 euros. Nous avons acheté et installé 2 frigos grâce à cette aide. Le premier frigo a été installé devant le restaurant « La Cantine » dans le XVIIIe arrondissement de Paris et le second au supermarché bio éLes Nouveaux Robinson », avenue Daumesnil, dans le XIIe arrondissement. Un troisième frigo doit être installé très bientôt. La mairie de Paris était prête à aller plus loin et à investir dans près de 200 frigos solidaires mais nous avons refusé parce que ce n’est pas notre but de devenir gestionnaire de frigos. Cela demande beaucoup trop de travail et aurait voulu dire que nous serions devenus propriétaires de ces frigos. Notre objectif est simplement d’impulser des initiatives citoyennes.

Le Bondy Blog : Du coup les frigos et les meubles s’inscrivent dans la même démarche ?

Tiphaine Surmont : Les frigos c’est l’équivalent des meubles collaboratifs pour le gaspillage alimentaire. Il faut une structure qui accepte de porter le projet. Par exemple dans le XVIIIe c’est « La Cantine du XVIIIe ». Pour le second c’est auprès de la coopérative bio « Les Nouveaux Robinson« . Pour les personnes intéressées, pas la peine de rentrer dans le magasin, on peut venir même la nuit et se servir gratuitement. L’idée c’est que les salariés de l’enseigne mettent tout ce qui va périmer le lendemain et qui est invendable dans le frigo alors que c’est encore bon à la consommation.

Le Bondy Blog : Comment avez-vous fait pour obtenir un accord avec Les Nouveaux Robinson ?

Tiphaine Surmont : Tout d’abord, le bio c’est plutôt dans notre état d’esprit. De plus, depuis 2016, il y a une loi contre le gaspillage alimentaire qui a été votée et qui oblige les commerces de plus de 400 mètres carrés à conclure des conventions avec des associations. Cette loi nous a permis de trouver un accord avec Les Nouveaux Robinson. Cette chaine n’est pas encore excessivement grande, ils ont accepté très facilement. La seule contrainte pour eux c’est qu’ils ne veulent pas que ce soit un travail supplémentaire pour leurs salariés, ce qui est logique. Du coup, le frigo est installé dehors, à côté de leur devanture : ils ont juste à y déposer les produits qu’ils vont jeter. 

Le Bondy Blog : Vous avez mené un projet de guide d’installation de frigos pour les citoyens, pouvez-vous m’en dire plus ?

Tiphaine Surmont : Plutôt que d’installer d’autres frigos et de mobiliers solidaires, nous avons sorti un guide appelé : « Installer un garde-manger frigo solidaire ». L’idée c’est chacun puisse se dire : ‘moi, par exemple, je suis épicier, tous les soirs, je suis obligé de jeter des trucs, mais pourquoi pas installer un frigo solidaire ?’ Donc notre guide explique toutes les étapes de la construction et surtout les demandes d’autorisations parce que il y a toujours une autorisation à demander à la mairie. L’idée c’est que chaque citoyen puisse entreprendre une action solidaire par lui-même.

Mohamed ERRAMI

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