“Discipline, travail, et réussite. Dans cet ordre là, parce que l’un entraîne l’autre ». à peine passée la porte, Idriss Niang scande les trois mots qui font le succès de l’association qu’il a pensée et co-fondée il y a presque dix ans. « Agir ensemble » s’est nichée depuis janvier 2009 dans un local à deux pas de la mairie de Drancy, en Seine-Saint-Denis. Dans le lieu mis à la disposition par la municipalité, collégiens et lycéens s’y retrouvent jusqu’à quatre fois par semaine pour un soutien scolaire personnalisé. La feuille de présence épinglée sur la porte de ce qui fait office de salle de classe donne l’ambiance. Tarif : 60 euros seulement par an tandis qu’agences privées de soutien scolaire demandent à l’année plusieurs centaines d’euros. Ici, les adolescents, bénéficiaires des cours de soutien plus jeunes, accompagnent à leur tour les plus petits en mathématiques ou en orthographe. « On rend ce qu’on nous donne et on devient responsable », chuchote Sarah, 17 ans. Le passage de témoins, une valeur essentielle chez « Agir ensemble. »

Un épisode à la fac m’a beaucoup marqué : on me faisait remarquer que je n’avais pas ma place ici, puisque je venais d’un bac pro. Il y avait un mépris, alors que je voulais vraiment réussir. Je me suis dit, plus jamais

L’objectif du Drancéen Idriss Niang est clairement affiché : planter le plus tôt possible la graine de l’ambition dans l’esprit de ces jeunes. Un rapide tour de table suffit à évaluer la réussite de la démarche. À 17 ans, Feryel sait qu’elle veut devenir juriste. Inès, qui a obtenu son bac en étant mineure, n’exclut pas d’être à la tête d’un centre d’éducation spécialisée. Pour instiller cette confiance en eux, Idriss a puisé dans sa propre expérience. 

Diplômé d’une licence lettres modernes et de deux masters (intervention sociale et politique sociale), Idriss Niang, détaché de la mairie de Drancy pour mener son projet associatif, est de ceux qui refusent la fatalité, incitant les jeunes qui poussent la porte de l’association à tout donner pour atteindre leur ambition. « Un épisode à la fac m’a beaucoup marqué : on me faisait remarquer que je n’avais pas ma place ici, puisque je venais d’un bac pro. Il y avait un mépris, alors que je voulais vraiment réussir. Je me suis dit, plus jamais ».

Idriss Niang, président de l’association « Agir ensemble » dans le local de l’association à Drancy

Selon l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ), les jeunes basculent plus facilement dans la violence et le chômage durable s’ils n’ont aucun diplôme. Et chaque année, environ 100 000 élèves décrochent du système scolaire sans aucun diplôme, selon l’étude du Cnesco publiée en novembre 2017. « Pas les miens, répond sourire aux lèvres Idriss Niang. On veut être l’école de la première chance. Une femme de 44 ans a même obtenu son baccalauréat en venant ici ! L’objectif c’est d’en faire plus ». « Agir ensemble » est aidée financièrement par les soutiens publics suivants : la mairie de Drancy, la Fondation de France, la Caisse d’Allocations Familiales, la région Ile-de-France et le département de Seine-Saint-Denis. Du côté du privé, on trouve la Société Générale ou bien encore Carrefour Market… 

BAFA et permis à prix cassé

Dans la salle de classe aux murs rouges flanqués de drapeaux du monde, ils sont une vingtaine à être venus ce dimanche pour préparer l’examen du BAFA. Sous l’oeil intransigeant de Mehdi, le formateur, les étudiants défilent pour défendre leur projet à l’oral. « Le Bafa c’est indispensable si on veut travailler l’été, estime Léna, élève du cours. Normalement ça coûte 400 euros, juste pour le passer ! L’asso nous fait payer seulement 200 euros et nous forme en plus. C’est donné! » Depuis 2010, « Agir Ensemble » met un point d’honneur à continuer à proposer ces formations et ce « bon plan » pour plus d’autonomie financière des jeunes. 

C’est pour les aider encore plus à disposer des outils pour accéder à l’emploi qu’Idriss Niang et son association développent deux autres axes. Par un habile jeu entre partenariats et bourses régionales, Idriss Niang a fait le pari d’offrir 90 % des frais du permis de conduire à 20 jeunes à partir de janvier 2019. « On passe ainsi de 1 500 euros à 150 euros pour un permis qui est déterminant sur un CV. Tout le monde a des aides pour le permis, sauf les étudiants ! On s’occupe des personnes dont personne ne s’occupe ». Prochaine étape : devenir une auto-école associative avec la future acquisition de deux véhicules pour les cours de conduite.

Devenir une passerelle pour l’emploi

Autre ambition d' »Agir ensemble » : s’affirmer comme véritable passerelle pour l’emploi entre les jeunes de Drancy et des villes alentours et les opportunités professionnelles du bassin. Exemple concret avec le dernier partenariat signé par l’association avec un très gros poisson. La SNCF a ainsi sollicité Idriss Niang pour identifier des demandeurs d’emploi et les former aux 140 postes de conducteurs de l’extension de la ligne 4 du tramway jusqu’à Clichy-Montfermeil. C’est la première fois que l’entreprise ferroviaire fait appel à une association pour une procédure de recrutement, preuve de sa difficulté à toucher des candidats des quartiers et de l’expertise d’Idriss Niang et de son association. « J’ai présélectionné les candidats, tout le monde était ravi, déclare le président avec fierté. Puis, ça a germé dans mon esprit. Le coeur de tout, c’est l’emploi. Il faut travailler pour s’en sortir. Les voyages, les diplômes, le permis… c’est multiplier ses chances de ne pas finir au chômage ». L’ambition d’Idriss Niang semble bien partie : il s’apprête à conclure un autre partenariat du même type avec Transkeo, une filiale de la SNCF. 

Une expérience humanitaire pour les élèves

Ces ambitions n’empêchent pas « Agir ensemble » de continuer un de ses axes originels : la solidarité internationale. En 2018, l’association a lancé une campagne de crowdfunding pour financer un voyage humanitaire au Sénégal. Le transport des étudiants étant assuré par les partenaires d’ “Agir ensemble”, l’association devait trouver 1 000 euros pour financer la construction d’un puits, chantier auquel les élèves doivent prendre part. En quelques jours, la cagnotte dépassait les 2 500 euros. Idriss Niang a même dû plafonner la levée de fonds. 

“On applique simplement le nom de notre groupe : on agit, on fait ensemble. J’espère qu’on continuera à être soutenu et félicité pour notre action. C’est ce qui nous motive à faire plus, pour l’emploi, l’éducation, les filles, et le social », conclut Idriss Niang. L’association espère pouvoir recruter des salariés pour mener à bien tous ces projets qui reposent pour l’instant sur les épaules d’Idriss Niang et l’engagement des bénévolesAprès s’être vu décernée la médaille de la ville de Drancy en 2017, l’association “Agir ensemble” est en lice pour décrocher la médaille départementale de Seine-Saint-Denis. Une beau cadeau à coup sûr pour son dixième anniversaire.

Sarah NEDJAR

Articles liés

  • Les Bâtisseurs avec Ranzika Faïd, présidente de Mobil’douche

    Ce vendredi 10 mai, le Bondy Blog investissait, comme chaque mois, le studio de France Bleu Paris pour mettre en lumière les Bâtisseurs de nos quartiers. Ce mois-ci, Amine Habert interviewe Ranzika Faïd, présidente et co-fondatrice de l'association "Mobil'Douche". Revivez l'entretien en vidéo.

    Par Bondy Blog
    Le 18/05/2019
  • L’association Asad vise « l’excellence » pour les enfants des 4000

    En plein milieu de la cité des 4000, à La Courneuve, l’association Asad accueille chaque soir une quarantaine d’enfants et de jeunes entre 5 et 20 ans. L’objectif : les amener à la réussite scolaire mais aussi à l’épanouissement culturel. Pour ça, ils sont près d’une centaine de volontaires et bénévoles à s’affairer, sept jours sur sept, auprès des jeunes. Le BB a ouvert la porte d’Asad, un soir comme les autres. Reportage.

    Par Audrey Pronesti
    Le 05/04/2019
  • Mobil’douche, l’hygiène partout et pour tous

    Créée en 2012, l'association Mobil'douche propose aux sans-abri et aux personnes mal logées une toilette, où qu'ils se trouvent. Les bénévoles et permanents de l'association arpentent le sud de Paris et la petite couronne pour offrir à ceux qui en ont besoin un des fondamentaux de la dignité : l'hygiène. Le BB a suivi une maraude à bord d'un des cinq camions de Mobil'douche. Reportage.

    Par Amine Habert
    Le 26/03/2019