• Lieu : la cité Karl Marx à Bobigny raconté par… Karima B.
  • Date de la photo : mai 2018
Comme chaque année, le 25 mai fût la « Fête des voisins »… Célébration qui a pour objectif de permettre aux voisins de se rencontrer en dehors de l’ascenseur, du hall d’immeuble ou du parking pour vivre, le temps d’une soirée, un moment de convivialité en rompant l’isolement à la bonne franquette… Jusqu’ici tout paraît bon enfant, chaleureux, sympathique sauf que…
Auparavant, quand je vivais encore chez mes parents dans leur cité HLM à Bobigny, je n’ai jamais eu à attendre une journée bien particulière dans l’année pour porter de l’attention à mes voisins et force est de constater que la majorité des banlieusards issus des quartiers populaires dressent le même bilan … Dans ces mêmes quartiers, contre lesquels les politiques et certains médias scandent tous azimuts qu’ils sont des lieux où règnent l’insécurité et donc la peur, déversent leur bile en s’en servant comme variable d’ajustement selon leurs intérêts, il y a pourtant une authentique fraternité et solidarité que je n’ai connues, jusqu’à présent, dans aucune résidence privée ou tout est, en apparence, si parfait, si séduisant…
Ma cité à moi c’est Karl Marx à Bobigny. Comme un clin d’œil…  Depuis l’adolescence, bien que depuis la ghettoïsation a quelque peu gâché le tableau, je m’y suis toujours sentie comme dans une tour de Babel… Ici tout y est passé ! Des voisins de confessions juives, chrétiens, musulmans, des Français, des Antillais, des Maliens, des Maghrébins, des Asiatiques etc…… Il y avait même (et il y a toujours, pour certains) des bonnes sœurs, les enseignants de l’école primaire du quartier et monsieur le Maire ! Un mélange de classes, d’origines et de religions qui peuvent sembler, en apparence, impossible à harmoniser mais qui pourtant offre la plus formidable des coexistences, une tolérance et un terreau fertile à l’entraide et à la bienveillance 365 jour par an.
Dans ma cité, on n’a jamais attendu une date particulière pour s’écouter, se confier, s’entraider et mutualiser nos compétences. Chaque prétexte est bon pour dompter la tentation de l’individualisme qui gangrène notre société… Du simple achat d’une baguette à la promenade du chien, il y a, au  minimum, un échange de sourire…
Dans ma cité, les joies et les peines de nos voisins vibrent à travers les murs. Nous sommes heureux et tristes ensemble
Dans ma cité, les joies et les peines de nos voisins vibrent à travers les murs. Nous sommes heureux et tristes ensemble. Chaque naissance nous met du baume au cœur. Chaque décès nous bouleverse. Chaque réussite nous donne de l’espoir. Chaque échec nous éprouve. Dans ma cité, nos mamans ont veillé sur tous les enfants, ont préparé des gâteaux, des mafés, des tiep, des couscous par dizaines et dizaines dès qu’une occasion s’y prêtait. Dans ma cité, les papas sermonnent à la moindre bêtise et ne sont jamais avares de leurs conseils ou de leur savoir-faire pour dépanner !
Dans ma cité, on soulève le pack d’eau du papy, on se dit bonjour dans l’ascenseur, on laisse passer les dames en leur tenant la porte du hall. Dans ma cité, on ne demande pas juste du sel pour dépanner et chacun retourne chez soi… Non, on en profite également pour demander des nouvelles de toute la famille en citant chaque personne par son prénom. Ma voisine marocaine a cuisiné pour mon mariage… Ma mère algérienne a cuisiné pour le mariage de sa fille… Comme une évidence. C’est un état d’esprit spontané, sincère et altruiste !
Evidemment, tout n’est pas idyllique… Je ne vais pas dresser ici toutes les problématiques rencontrées dans les quartiers populaires qui ont été maintes et maintes fois soulevées. Seulement, je crois sincèrement que cette communion qui nous rassemble dans l’adversité et le désintérêt de tous est un pied de nez au mépris formidable contre celles et ceux qui nous relèguent parmi les citoyens de seconde zone. Plus ils nous déconsidèrent, nous avilissent et nous mésestiment, plus notre
fraternité est indéfectible ! Quelle plus belle impertinence ?
On a coutume de dire que de sortir de sa cité est une forme d’ascension sociale, de succès et d’aboutissement mais à mes yeux, la nostalgie est grande… Où est la progression et la revanche quand on a les moyens de vivre dans le privé sans connaître ses voisins ni compter sur eux ?
Karima B, ancienne habitante nostalgique de la cité Karl Marx à Bobigny, y a grandi

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