• Lieu : le plateau Wolf, quartier Wagner à Mulhouse raconté par Ahmed A.
  • Date de la photo : juin 2018

Début des années 2000, j’avais 16 ans, un dimanche après-midi, la punition ultime : direction, la cour du collège. Le temps que le fautif aille récupérer la balle, les autres joueurs font fi d’entendre les conseils de celui qui avait décidé ce jour-là d’enfiler le costume de leader tactique de l’équipe. Sportifs du dimanche, au sens propre du terme, aux oubliettes la récupération, les étirements ou autre signe de faiblesse susceptible de vous faire perdre votre place de titulaire. Les premiers rôles sont tenus par les « grands » du quartier. Et si le nombre d’acteurs vient à manquer, un plus jeune espère en secret jouer le rôle d’ « impact player », lui qui a répété ses gammes tout juste après Téléfoot et raté pour l’occasion le couscous dominical !

 Le plateau Wolf , un millefeuille de couche de bitume

Le plateau Wolf c’est « Mode de vie…Béton Style »* : un millefeuille de couche de bitume, le cauchemar des chevilles et des genoux. Loin du terrain de football conventionnel et même de n’importe quel « city stade », le plateau détonne par sa forme – ni rectangle, ni carré – et par la présence de panier de baskets, qu’il vous faut déborder avant de centrer vers un partenaire…On a les infrastructures qu’on mérite. Au collège, on pouvait apercevoir le terrain depuis la salle de classe et deviner aisément ceux qui avaient préféré le ballon au cours. Certains profs étaient dans la confidence et fermaient parfois les yeux sur les retards et les absences. Comme s’ils nous étaient redevables de ne pas pouvoir inscrire le foot dans le programme de sport de l’année.

Le spectacle était parfois sur le terrain et très souvent en dehors. Les joutes verbales des spectateurs et leur attitude un tantinet chambreuse vous faisaient passer l’enjeu sportif au second plan. Quand tu vas au plateau, muscle ton jeu et ta répartie.

Les graffs sur les murs rendent hommage au quartier et à ses légendes. Lorsqu’ils résistent aux temps qui les altèrent, ils doivent composer aujourd’hui avec les classiques « Nik la BAC & STUP » venus s’ajouter à la bombe. Les plus anciens se souviennent de la fresque de « Momo », arborant son maillot de l’Algérie, qu’un graff, plus proche de la science-fiction que du football, est venu remplacer depuis. Dans le graff, les meilleurs partent aussi les premiers.

Le développement de nouveaux équipements sportifs et plus tard l’avènement de nouvelles pratiques (futsal, five,…) ont rendu le plateau Wolf désuet. Aujourd’hui, on le traverse pour passer d’un côté du quartier à un autre en ressassant les souvenirs d’un but marqué/raté ou tout simplement d’un moment de vie passé sur le « rain-té » !

Ahmed AIT BEN DAOUD

*référence au 1er album du Rat Luciano, membre du groupe marseillais FF

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