Alors que deux adolescents de 14 ans ont succombé à deux rixes dans l’Essonne, à Saint Chéron, puis à Boussy Saint Antoine, au cours de ces dernières 48 heures, le phénomène est de nouveau au cœur des débats médiatiques et politiques ce 24 février 2021.

Si on ne peut que déplorer la mort prématurée de ces enfants dans des circonstances aussi violentes, le fait que certains semblent (ou font semblant de) découvrir ce phénomène, interroge.Pour celles et ceux qui, comme moi, ont grandi dans l’Essonne (91), nul besoin d’habiter dans un quartier difficile, pour savoir que les bagarres entre bandes sont monnaie courante depuis des décennies.

Les rivalités étaient multiples, et certaines perdurent encore aujourd’hui.

Certains quartiers ont d’ailleurs payé un lourd tribut à la violence de ces affrontements. À la fin des années 1990 la rivalité opposant les jeunes du quartier des Tarterêts de Corbeil-Essonnes à ceux des Pyramides à Evry, est à son apogée. Le 9 mars 1998 au matin, Sinan 17 ans, habitant des Tarterêts, est tué par balle par un jeune du quartier des Pyramides, dans le centre commercial de l’Agora (devenu aujourd’hui Evry 2).

« L’Agora » était connu de tous comme un lieu d’affrontements réguliers, tout comme le RER D ou la ligne de bus 402, qui relie les communes de Corbeil-Essonnes, Evry, Ris-Orangis et Grigny. Les rivalités étaient multiples, et certaines perdurent encore aujourd’hui. Ainsi les jeunes des Tarterets s’opposent souvent à ceux de Montconseil (Corbeil-Essonnes). Une autre rivalité oppose les différents quartiers d’Evry entre eux. Les jeunes d’Etampes et ceux de Brétigny n’ont eu de cesse d’alimenter les affrontements, pour ne citer que ces exemples.

En 2000 c’est le petit Romuald 14 ans qui est victime d’une balle perdue au Canal à Courcouronnes, alors que le quartier est en guerre avec celui des Aunettes à Evry.

Si ce phénomène est probablement accentué par l’avènement des réseaux sociaux, il n’est cependant pas nouveau, ni même plus violent

Si ce phénomène est probablement accentué par l’avènement des réseaux sociaux, il n’est cependant pas nouveau, ni même plus violent. Il y a 20 ans, nos jeunes n’avaient pas besoin de Snapchat pour faire des descentes et régler leur compte. Il pouvait s’agir de rencontres fortuites entre deux équipes, ou encore de lieu de prédilection où ceux qui souhaitaient en découdre savaient qu’ils pouvaient se retrouver. (C’était le cas notamment du centre commercial d’Evry et de la gare RER d’Evry-Courcouronnes).

Comme aujourd’hui, ces conflits influaient sur la mobilité et la scolarité de ces enfants, originaires de quartiers rivaux qui se retrouvaient dans les mêmes établissements. Les conflits extérieurs se répétaient dans l’enceinte de l’école, participant à accentuer un décrochage scolaire déjà important.

Difficile de quantifier le phénomène il y a vingt ans. Cependant la médiatisation n’était pas la même, et le phénomène des rixes restait cantonné dans la presse locale. Alors si de mon côté je savais ce qu’il se passait dans mon 91, j’ignorais ce qu’il se tramait dans le 95 ou le dans le reste de la région. Quoi qu’il en soit on a grandi avec cette banalisation de la violence.

Force est de constater qu’en vingt ans rien n’a été fait pour enrayer la machine.

Force est de constater qu’en vingt ans rien n’a été fait pour enrayer la machine. Fermeture des centres sociaux, destruction des espaces d’éducation populaire, suppression des moyens alloués à des associations ancrées sur le terrain, au profit de structures créées de toutes pièces à la botte des élus en place. Vous savez, ces associations qui se vantent d’être présentes dans les quartiers mais que personne n’a jamais vu.

En 20 ans rien n’a été fait pour ces enfants. On peut donc légitimement s’interroger sur une volonté politique de laisser la situation se dégrader. Il est facile, à l’instar de certains politiques de pointer du doigt les parents comme étant les seuls responsables de ces drames. Nous avons tous une part de responsabilité dans ce désastre.

Alors admettons les échecs et faisons un réel constat. Quant à ceux (politiques, journalistes, militants) qui font mine de découvrir le phénomène, vous prouvez un peu plus votre déconnexion avec la réalité du terrain.

Céline Beaury

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