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Des rencontres, des expositions, un concert… Ce weekend, au Relais Solidaire de Pantin, auront lieu les Assises pour la Palestine. Un événement organisé par le réseau associatif Plateforme des ONG françaises pour la Palestine. Cette organisation rassemble une quarantaine d’associations dont Amnesty International, la Ligue des Droits de l’Homme, Médecins du monde… En amont de ces assises, nous avons rencontré Mariam Chfiri, directrice exécutive de ce réseau associatif. Entretien.

Comment est née l’idée d’organiser ces assises pour la Palestine ?

Ces assises sont nées des besoins qu’ont nos 40 associations d’être au plus près des réalités palestiniennes et de pouvoir se rencontrer, échanger autour de thématiques pour expliquer la colonisation israélienne. L’objectif des assises est de proposer différents temps de débats et d’échanges pour saisir ces réalités palestiniennes.

L’idée est de mettre au centre de cet effort le récit palestinien porté par ses propres acteurs. On se donne ce temps et ces moyens pour faire venir à nous des Palestiniens qui vont porter ces sujets au grand public. Nous voulons décloisonner la Palestine, pour en faire une question universelle.

Il y a une urgence, ces 18 derniers mois, à expliquer la situation des Palestiniens

Il y a une urgence, ces 18 derniers mois, à expliquer la situation des Palestiniens. On ne peut pas la comprendre si on ne comprend pas la mécanique de la colonisation israélienne, à la fois dans son histoire, mais aussi dans son actualité. Il y a une méconnaissance de la société israélienne qui se présente comme une société dans laquelle toutes les personnes jouissent des mêmes droits.

Il est assez clair pour les peuples du monde que les Palestiniens subissent un régime d’apartheid et que la colonisation israélienne imposée aux Palestiniens est une situation qui dure depuis des décennies. C’est quelque chose qui est vu, mais est-ce qu’elle est comprise ? Avec les Assises, on veut écouter les questions des gens et pouvoir y répondre en donnant le micro aux personnes qui sont confrontés au quotidien à la réalité de l’Apartheid, de la colonisation israélienne.

C’est un moyen de vulgariser la situation palestinienne auprès de tous ?

Oui, mais avec une approche différente. Le génocide change à jamais la manière de faire comprendre aux gens le massacre et le projet d’effacement du peuple palestinien. La colonisation est la source de toutes ces inégalités que subit le peuple palestinien. C’est du jamais vu. On se retrouve dans une accélération de l’occupation et des tentatives d’annexion.

Du point de vue français, il y a une difficulté à déconstruire la question coloniale. C’est quelque chose qui est de plus en plus porté par beaucoup d’associations et de médias engagés. Mais, si on ne se saisit pas du point de départ qui est celui de la colonisation israélienne, on s’enlève les possibilités de comprendre les réalités palestiniennes.

On parle beaucoup de vulgarisation, mais aujourd’hui, on parlera plus de prise de conscience. De ce que veut dire, être un peuple colonisé, quels sont ses droits, les obligations du colonisateur. On ne peut comprendre les agissements de l’État israélien que si on se saisit vraiment de son projet colonial.

En France, la question du conflit israélo-palestinien divise la société. Est-il d’autant plus nécessaire d’organiser des assises ici ?

En tant qu’association, on suit avec vigilance la restriction de l’espace d’action et de parole pour les associations ou toute personnalité qui expriment sa solidarité avec le peuple palestinien. Cela passe par les pressions, des intimidations, des accusations d’importation du conflit israélo-palestinien…

Les évènements en solidarité avec la Palestine ont été d’une exemplarité de pacifisme. Et pourtant, il y a eu beaucoup de pression sur ces manifestations, certaines ont été interdites.

Ce qu’on aimerait faire comprendre aux gens, c’est qu’il ne faut pas avoir peur de parler de la Palestine, parce qu’il n’y a pas de mauvaise intention en la soutenant. On est porté par une question de solidarité et d’humanité. Je pense que les gens ont beaucoup de questions. Il y a un décalage entre ce qu’ils voient sur leur téléphone et les réactions des gouvernements occidentaux par rapport à l’urgence de la situation.

Parlez-nous de la programmation de ces Assises ?

Nous sommes ravis d’avoir deux invités d’honneur cette année. Francesca Albanese, la rapporteure spéciale des Nations Unies sur les territoires palestiniens occupés, et Wafa Abdurrahman, une responsable associative palestinienne. Cette dernière portera la question du féminisme, et notamment du travail trop souvent invisibilisé des femmes journalistes, que ce soit à Gaza ou en Cisjordanie.

Nous démarrerons avec une table ronde sur la question du génocide et des Palestiniens. Nous aborderons la question des violences coloniales en Palestine occupée, la question de l’écocide. C’est extrêmement important parce qu’à Gaza, les bombes ont tout détruit, mais ont aussi contaminé les terres. Il y a une question qui se pose pour les générations futures, d’une terre qui n’est plus viable et vivable. On parlera aussi de diffamation, d’invisibilisation et de censure.

La question du pinkwashing et l’instrumentalisation par Israël des luttes queer et féministes sera abordé. On parlera des images qui avaient été diffusées par des soldats et qui avaient été reprises en masse par des médias occidentaux. C’est important de revenir sur cette question. Dans toutes les histoires de colonisation, l’emprisonnement, la restriction physique et corporelle ont toujours été des leviers forts.

Il y a aussi exposition et un concert. Est-ce que vous pouvez nous en parler un peu ?

On propose aux membres de la plateforme et aux partenaires d’occuper des espaces d’exposition. Nous accueillerons une exposition photo proposée par Wafa Abdelrahman. Elle forme et accompagne des femmes journalistes en Palestine. Avec le CCFD Terre solidaire  (organisation membre de la plateforme), nous allons avoir une exposition qui retracera le quotidien de ces femmes journalistes en Palestine et qui va permettre de donner des éléments visuels au public.

Par ailleurs, nos membres proposeront différents supports tels que des photos, des cadres chronologiques, des éléments qui permettront au public d’aller plus loin sur une question ou de découvrir d’autres organisations. Et en clôture de ce week-end, il y aura un concert.

Il y a une volonté de sortir d’un format classique ?

Oui, le format de ces assises est pensé pour sortir de l’aspect classique et universitaire, où l’on s’assoit et on écoute les conférences tout au long de la journée. Tout sera accessible et traduit. Les gens auront devant eux des Palestiniennes et des Palestiniens avec des experts français et des militants à qui pourront poser n’importe quelle question.

Propos recueillis par Hamama Temzi

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