Les gouvernements successifs ont tenté, en vain, de colmater, la fracture entre les quelques 1 200 quartiers prioritaires et le reste du pays. Même la révolte des banlieues de 2005, n’aura pas permis aux décideurs politiques de prendre conscience que la misère sociale et économique dans ces quartiers était devenue le terreau des trafiquants et des radicaux qui y trouvent là la désespérance nécessaire pour leurs illégales et funestes activités.

Aussi, la réponse, ne peut pas et ne doit pas être exclusivement politique ou sociale. L’Etat est conscient que les entreprises sont des acteurs importants de l’amélioration de la situation dans ces territoires. Mes collègues entrepreneurs, issus ou non de ces territoires, sont nombreux à être prêts à s’emparer des opportunités nombreuses que recèlent la mise à niveau de ces quartiers.

Bien entendu, nous connaissons tous les priorités, nous qui en sommes issus, nous qui les portons dans nos cœurs, nous qui les avons gravés dans nos gênes, comme certains portent avec fierté leur ruralité ou leur insularité.

La situation sociale de nos quartiers appelle d’abord, mais pas que, des réponses économiques impératives. A l’aulne de près de 20 ans d’activisme pour le développement économique de nos banlieues, voici une sélection de mesures concrètes et impactantes qui peuvent être portées par les pouvoirs publics.

Vers un droit opposable à l’entrepreneuriat

Les forces vives délaissées des banlieues, une fois sensibilisées à l’entrepreneuriat, ont prouvé leur capacité à créer des entreprises viables. Seule l’instauration d’un « droit opposable à l’entrepreneuriat » permettra à chaque citoyenne ou citoyen du pays, mais aussi ceux de nos quartiers, de croire en sa capacité à entreprendre. Ainsi, chaque porteur de projet d’entreprise viable doit pouvoir le réaliser en ayant accès à un package « formation – financement – accompagnement ».

La prospective au service des besoins de demain

 « D’ici 30 ans, 9 emplois sur 10 que nous connaissons auront disparus », affirme le fondateur de Google. Dans nos quartiers, comme ailleurs, quelle prospective avons-nous mis en œuvre pour anticiper les nouveaux besoins, les nouveaux métiers de demain en lien direct avec le développement de l’IA, des objets connectés, de la robotique, de l’impression 3 D, etc ?

Une fiscalité suffisamment attractive

Plus une zone est dite à risque, plus la déduction d’impôts doit être importante pour les investisseurs plaçant leur argent dans le capital d’entreprises installées ou qui souhaitent s’installer dans ces territoires, qu’ils soient urbains ou ruraux.
Soyons audacieux et proposons aux contribuables-investisseurs une défiscalisation de 100% pour tout investissement dans le capital d’une TPE ou PME installée dans un quartier prioritaire de la ville

Aider celles et ceux qui favorisent les entreprises installées dans les quartiers

Le code postal d’une entreprise serait-il un facteur tout aussi discriminant que le code postal sur un CV ? Ma conviction est que lors d’un appel d’offre ou face à une commission de crédit, les entreprises implantées dans ces territoires, que leurs dirigeants soient ou non issus de nos banlieues, sont souvent cataloguées selon leur situation géographique.

Pour favoriser le développement de ces entreprises par un financement bancaire plus accessible et par un meilleur remplissage de leur carnet de commandes, je suggère d’une part, à l’image des « emplois francs », d’aider les entreprises et les organismes publics s’approvisionnant auprès d’entreprises installées dans ces territoires.

Vers une transparence bancaire pour changer les comportements

D’autre part, les établissements bancaires qui, lors de crises financières se tournent vers l’Etat pour être soutenus par l’argent de tous les contribuables, doivent être soumis à la transparence bancaire. A quel type d’entreprise les banques prêtent elles ? Taille et âge de l’entreprise ? Secteur d’activité ? Code postal ? Les cautions prises ? Par cette transparence, nous nous apercevrons que nos banlieues (et d’autres territoires) sont les parents pauvres de l’accès aux financements bancaires. Le souci de leur image et la concurrence pour ce segment de marché des entreprises de banlieues conduira les banques à changer leur comportement

Demandons au Medef d’agir davantage 

Enfin, à l’heure où le MEDEF va élire son nouveau président en juillet prochain, demandons aussi au premier syndicat patronal français d’agir davantage sur le sujet de développement économique de nos banlieues. Les 400.000 entreprises qui y sont installées sont bien souvent ignorés, ont besoin d’accompagnement et de services adaptés que pourraient offrir ce syndicat aux compétences et ressources nombreuses. Interpelons aussi les candidats en lice sur leurs projets et leurs visions sur le sujet.

En matière de développement de nos banlieues certains diront que l’on a tout essayé en arguant des milliards d’argent public déversés depuis des décennies sans stratégie réelle. On a tout essayé, sauf le bon sens des priorités, le courage de faire autrement et l’audace de croire en ces territoires.

Aziz SENNI

Président de www.cmontaxi.com

Vice-Président de la commission nationale du MEDEF dédiée à l’entrepreneuriat
Vice-Président « Les Premières », premier réseau international français d’incubateurs dédiés à l’entrepreneuriat au féminin

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