[#PRÉSIDENTIELLE2017] Après des semaines d’une campagne électorale acharnée, le premier tour de l’élection présidentielle se tient ce dimanche 23 avril. À Bobigny, ville historiquement communiste, le Bondy Blog a rencontré ces habitants résignés qui ont choisi de ne pas se rendre aux urnes. Reportage.

Les membres de la communauté Sikh organisent un défilé festif et coloré, à Bobigny.

Dans les rues de Bobigny, terrasses des cafés et boutiques en tout genre semblent bien remplies en ce dimanche 23 avril, jour d’élection présidentielle. Dans les parcs, les parents profitent du soleil resplendissant pour s’amuser avec leurs progénitures. Pour célébrer le début du printemps, les membres de la communauté Sikh organisent un défilé festif et coloré. Quelques curieux les observent, peu préoccupés par le scrutin en cours. Téléphone à la main, Myriam, institutrice de 27 ans, observe le cortège avec émerveillement. « Regardez toutes ces couleurs ! C’est bien plus réjouissant que la politique », s’amuse-t-elle. Elle qui ne « s’est même pas inscrite sur les listes électorales » se dit « peu intéressée par une élection qui ne changera rien à son quotidien. J’aime autant ne pas perdre mon temps ».

Comme elle, Roger, tout juste retraité à 62 ans, ne croit plus vraiment dans la politique. « J’ai voté des dizaines de fois, pour des partis différents. Et tout ça pour quoi ? La déception est toujours la même », déplore-t-il, lassé par des années d’engagements non tenus et de paroles en l’air, dit-il. Aujourd’hui il en est sûr, « quel que soit le vainqueur, il ne sera pas en mesure d’améliorer la vie des Français ». Micheline, son épouse, a essayé de le convaincre « d’effectuer son devoir de citoyen« , en vain. « Il a perdu tout intérêt pour la politique de son pays« , confie-t-elle, amère.

Beaucoup de candidats, mais peu d’entrain

À quelques mètres de là, devant un mur où sont placardées les affiches des différents candidats, Jérémy et Antoine, attendent le tramway. Ces deux étudiants en histoire comptent aussi s’abstenir, déçus par « des personnalités politiques complètement déconnectées de leur réalité ». Seul Philippe Poutou et Nathalie Arthaud trouvent grâce aux yeux des jeunes hommes. « Ils travaillent tous les deux et connaissent les difficultés de la vie. Mais pourquoi voter pour des candidats qui feront 1% ?« , déclare Jérémy, désabusé.

Même sentiment quelques rues plus loin, à la terrasse d’un bar ensoleillé où sont attablés quelques clients. Mohammed, 48 ans, employé administratif, a suivi la campagne et les débats. Il aurait souhaité « se sentir emporté par un programme, une personnalité, ou même une mesure forte ». Un temps intéressé par le revenu universel proposé par Benoît Hamon, il considère aujourd’hui que « ce projet serait irréalisable et trop coûteux «  et préfère s’abstenir.

La conséquence des affaires politico-financières

Loin du calme des promeneurs, certains abstentionnistes se disent « en colère« . Dans cette ville populaire où le taux de chômage dépasse les 22% (contre 10% pour la moyenne nationale), les affaires Fillon et Le Pen ont laissé des traces… Mohammed, ambulancier de 30 ans, venu se promener au parc avec son épouse Louisa, fait partie des mécontents. Lui qui se dit « apolitique » critique « les politiciens pourris qui ne pensent qu’à l’argent pendant leurs années de pouvoir ». Seule solution pour lui, « une interdiction de faire de la politique durant plus de dix ans ».

Au milieu des passants, Lisa, jeune infirmière de 25 ans, partage cette opinion. Elle qui avait voté pour François Fillon lors de la primaire de la droite et du centre affirme aujourd’hui se retrouver sans candidat. « François Fillon n’est plus audible. Dès qu’il souhaitera mettre en place une mesure, tout le monde lui parlera de ses casseroles. Quant aux autres candidats, aucun ne me convainc ». Elle refuse donc de se rendre aux urnes et passera la journée « à flâner devant les boutiques et à profiter du printemps ». Et visiblement, elle ne sera pas la seule.

Maéva LAHMI

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