Les mains claquent en rythme et les voix s’élèvent en chœur : « Siamo tutti antifascisti ». Sur le parvis de la basilique de Saint-Denis, 26 000 personnes, selon les organisateurs, sont venues assister au premier meeting de campagne du candidat insoumis. Ce dimanche 7 juin, le soleil cogne sur cette place saturée de monde. Beaucoup de jeunes sont présents et des drapeaux sont brandis : celui de la Palestine, celui du parti insoumis, celui de la France…
Saint-Denis n’a pas été choisie au hasard. Deuxième plus grande commune d’Île-de-France, cette ville a été emportée dès le premier tour par le candidat insoumis Bally Bagayoko lors des municipales. « Terre de mémoire et terre d’avenir », comme le revendique le nouveau maire, cette ville se veut également le symbole de la « Nouvelle France ». Dans une foule aux aguets, Bally Bagayoko rend hommage à cette France populaire et métissée.
Nouvelle France VS grand remplacement
Au cœur du discours de Jean-Luc Mélenchon, cette formule revient comme un refrain : « La France est nouvelle ». Le candidat décrit un pays plus métissé, plus urbain, plus diplômé, plus connecté. Il revendique le droit du sol et insiste sur la légitimité des Français issus de l’immigration à rester sur le territoire : « Né en France, Français ! » La foule répond en scandant : « On est chez nous ! »
Notre pays n’est pas raciste, notre pays aime la culture, l’intelligence et le rassemblement
Un symbole dans une ville où le maire, dès son élection, a été la cible d’un déferlement de racisme inouï. À la tribune, le leader insoumis a fustigé le « suprémacisme » du Rassemblement national visant à diviser les peuples « en ethnie et en religion ». « Nous ne renierons pas, mesdames et messieurs les fachos, les sacrifices et l’amour de nos grands-parents qui nous permettent d’être ici dans ce pays qu’ils ont tant contribué à bâtir », a tonné l’insoumis.
Jean-Luc Mélenchon se présente ainsi comme la seule alternative au parti d’extrême droite, donné vainqueur à la présidentielle de 2027 dans les sondages. « Chaque voix dès le premier tour » sera déterminante, a-t-il martelé. « Notre pays n’est pas raciste, notre pays aime la culture, l’intelligence et le rassemblement », a lancé l’insoumis devant une foule conquise.
Mélenchon affirme plier le match à gauche
Alors que les autres candidats de gauche sont empêtrés dans des primaires incertaines, Jean-Luc Mélenchon, devant des milliers de convaincus, clame : « La primaire est finie ».
C’est nous qui avons gagné l’honneur de marcher en première ligne
« C’est nous qui avons gagné l’honneur de marcher en première ligne », assène l’insoumis. Dans son discours d’une heure, le candidat a balayé de nombreux sujets : les guerres, le dérèglement climatique, la montée des nationalismes… Trois adversaires sont nommés : le macronisme, le néolibéralisme européen et le « suprémacisme » associé au RN.
Consolidé au fil de ses trois dernières campagnes présidentielles, son programme et ses mesures phares sont égrainés. Retraite à 60 ans, SMIC à 1 700 euros, sécurité sociale renforcée, planification écologique, refus du libre-échange… Jean-Luc Mélenchon a également assuré que la Nouvelle-Calédonie irait « vers l’indépendance » s’il remportait la présidentielle, promettant à la Corse une « autonomie étendue » au nom des peuples à disposer d’eux-mêmes. Un horizon qu’il propose aussi aux « camarades de la Réunion et des Antilles […] quand et seulement quand les populations concernées la souhaitent, et au rythme qu’ils auront choisi ».
Un rassemblement festif et plein d’espoir
Dans les allées du parvis, de nombreux jeunes ont répondu présents. L’ambiance est festive, renforcée par la musique et des DJ sets entre les interventions. La musique Hind’s Hall de Macklemore, qui scande « Palestine is free, fuck the police », accompagne plusieurs séquences.
Dans la foule, un autre marqueur visuel attire l’attention : des tortues en crochet, des peluches et même une bouée circulent entre les militants. Devenu un clin d’œil affectif à Jean-Luc Mélenchon, ce symbole improvisé circule de main en main tout au long du rassemblement.
« Le SMIC et la retraite, c’est vital »
Parmi les sympathisants, Kaïs, étudiant de 22 ans, est emporté. « Franchement, depuis que je m’intéresse à la politique, LFI c’est ce qui me parle le plus. Sur les valeurs, le discours, ça me correspond », explique-t-il.
Pour lui, les priorités sont claires : « La retraite, le SMIC à 1 700 euros… surtout le pouvoir d’achat. À Paris, 1 400 euros, ça suffit à personne ». Loin d’être accablé par les multiples sondages qui prédisent une victoire de l’extrême droite à la présidentielle, Kaïs garde espoir. « J’ai envie d’y croire pour 2027. Si ce n’est pas maintenant, ce ne sera jamais. »
Nawel Belouizdad
Photo : Salma Moutaouakil