Qui se dit, un samedi soir de juin : « Tiens, si j’allais écouter Raphaël Glucksmann ? » Alors, on est allés demander. Le rendez-vous est fixé aux Docks de Paris. « De Paris » mais à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis. Pour quelqu’un qui voulait « éviter les banlieues », c’est original.
Première surprise : il y a du monde. Pas autant qu’au meeting de Jean-Luc Mélenchon qui a réuni 26 000 personnes à Saint-Denis, mais du monde quand même. 3 000 à 4 000 personnes, selon les organisateurs.
Les agents de sécurité bloquent même l’accès à la salle quelques minutes, le temps de réguler les flux, comme sur la ligne 13 entre 18 et 19 heures. Les soutiens s’impatientent. Une dame, fan de l’eurodéputée, montre son petit bracelet en papier vert, avec une certaine émotion « c’est Raphaël qui me l’a donné, en personne. Je dois être là pour le soutenir ».
Dans la salle, grosse ambiance. Applaudissements, Marseillaise, drapeaux français, européens et aux couleurs de Place publique. Certains ont même concocté des affiches, comme « Cap clair 2027 ». On avait encore jamais vu cette expression réutilisée au premier degré.
Dans la salle, quelques anciens ministres comme Bernard Kouchner et Marisol Touraine, la journaliste Anne Sinclair mais également l’actrice Bérénice Bejo et son compagnon, le réalisateur Michel Hazanavicius. On note l’absence du premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure qui plaide pour une primaire à gauche. Et la présence d’élus PS hostiles à Olivier Faure, à l’idée d’une primaire et à tout rapprochement avec les Insoumis.
Celui qui s’est donné encore quelques mois pour se déclarer officiellement candidat à l’élection présidentielle a balayé tout un tas de sujets d’actualité et de société dans son discours : Lyhanna, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, l’Ukraine, l’écologie, Shein, l’école publique, et même les quartiers populaires. « Quand les quartiers se craignent, il n’y a plus de République », a déclaré l’eurodéputé avant de parler de murs invisibles qu’il faut casser entre les cités et les zones pavillonnaires, en prenant Marseille pour exemple.
On n’a pas très bien compris où il voulait en venir mais puisqu’on est dans les années 80, il a fini par dire « ces jeunes ne veulent pas être français, ils SONT français ».
« Ça, c’est la gauche républicaine », entend-on en écho dans la salle où on rencontre « Sophie du 47 ». Elle est co-référente Place Publique de sa région, le Lot-et-Garonne. Immense sourire aux lèvres, elle passe un bon moment. « Le meeting est très positif, il est très clair et fédérateur, c’est très encourageant », s’enthousiasme Sophie.
Comme elle, les sympathisants documentent l’événement pour les groupes WhatsApp « Place Publique » de leurs régions. Beaucoup de smartphones protégés par des coques à rabat en similicuir. Un accessoire qui donne une information sur la moyenne d’âge de la salle. No offense. Les faits, rien que les faits.
« On m’accuse d’être le nouveau Macron », a regretté Raphaël Glucksmann pendant sa prise de parole. Il ne faut surtout pas dire ça à Omar, rare personne non blanche rencontrée dans la salle. « Je suis un déçu du macronisme, moi. Raphaël Glucksmann a su me convaincre, je pense que c’est celui qui peut réunir la gauche en 2027 », lance-t-il, convaincu.
On a demandé à quelques militants si Mylène Farmer ou Francis Cabrel étaient dans leur Wrapped Spotify, un peu comme l’avaient espéré les équipes de Raphaël Glucksmann dans une note interne qui a créé le malaise il y a quelques semaines.
Personne n’a voulu nous répondre. Malheureusement, on a pas non plus rencontré « Romain de Romainville, 43 ans et ingénieur chez EDF ». On a toutefois rencontré Marc, la petite cinquantaine, qui représenterait plutôt bien l’emoji qui hausse les épaules. « Je suis venu résigné en me disant que 2027 semble joué d’avance. » Il regarde dans le vide et semble se reprendre : « Mais je sors de ce meeting plutôt convaincu, je suis curieux du potentiel rassemblement de la gauche ». Emoji qui hausse les épaules, à nouveau.
Le cofondateur de Place publique finit par parler comme un entraîneur de foot avant un gros match. « On a 10 mois pour y arriver et pas une seconde à perdre. Je veux que vous vous sentiez toutes et tous investis d’une mission : convaincre. N’abandonnez pas un centimètre carré du territoire français », prêche le presque candidat.
Le discours se termine dans une ambiance de développement personnel. « Soyez heureux, soyez fiers de votre histoire, de vos idées, vous défendez la France ! ». Un « vous » qui paraît évident sur scène, un peu moins ailleurs.
Sarah Ichou