A Bondy, terre socialiste, ils sont nombreux à ne pas partager les valeurs de la Droite et du Centre mais ils sont quand même partis voter. Pour faire barrage essentiellement à Nicolas Sarkozy. Reportage.

Pas grand monde cet après-midi au bureau de vote numéro 25 à Bondy dans l’enceinte de l’école maternelle Jules Ferry. Sans doute parce que le lieu est difficile à trouver. « C’est la troisième école que je fais, raconte un électeur. Sur internet on m’avait indiqué le 10 rue Jules Ferry qui n’existe pas à Bondy. Ça sent le complot ! »

Moi-même, j’ai eu du mal à trouver le chemin des urnes alors que cette ville, qui m’a vu naître, je la connais comme le fond de mes narines. Je me suis retrouvé devant l’école primaire Jules Ferry, fermée à double tour. Comme nous sommes à Bondy, des âmes charitables m’ont pris dans leur voiture pour me déposer à destination, quatre rues plus loin, à la maternelle éponyme.

« On choisit celui qui va se retrouver face à Marine Le Pen »

Fief socialiste depuis la nuit des temps politiques, beaucoup d’électeurs de la ville, qui se sont déplacés ce dimanche, ont le cœur à gauche. C’est le cas de Philippe et Corinne, la cinquantaine qui ont donné leur vote à un candidat de droite pour la première fois depuis Jacques Chirac en 2002, quand ce dernier s’est retrouvé au second tour de la présidentielle face à Jean-Marie Le Pen. « Nous préparons le second tour de 2017, c’est maintenant qu’on choisit celui qui va se retrouver face à Marine Le Pen », affirme Philippe.

Stéphanie, 35 ans, a quelques scrupules. Avant de signer la charte qui m’engage à soutenir les valeurs de la droite et du centre, j’ai croisé les doigts dans mon dos ». Mourad 36 ans, entrepreneur, clame aussi son attachement aux valeurs de la gauche, alors qu’un programme de droite servirait mieux ses intérêts et ses affaires. « Je n’oublie pas d’où je viens. Je me souviens de tout ce que Mitterrand a fait, du temps où mes parents ont débarqué du bled. Sans les socialistes, je ne serais peut-être pas là où j’en suis. Aujourd’hui, je suis là pour faire barrage à Sarkozy qui va épuiser le pays à faire des lois pour 50 personnes qui veulent porter un burkini au lieu de s’occuper des vrais problèmes ».

Faire barrage à Nicolas Sarkozy à tout prix

Faire barrage à un homme qu’on ne veut surtout pas voir ou revoir à L’Elysée, c’est le leitmotiv de beaucoup de votants ce dimanche. Un militant des causes pour l’égalité et la promotion de la diversité, qui souhaite garder l’anonymat, me confie. « Il faut éliminer Sarkozy. Le mal qu’il a fait au pays sous sa présidence, je ne suis pas prêt à le revivre encore une fois. Il y avait un avant et un après Sarko. Il a institutionnalisé l’islamophobie. C’est terrible. C’est gravé dans le pays. Ça va être horriblement long à défaire. Ce vote est historique. Une fois que le mal sera fait, je n’irai pas manifester dans la rue. C’est maintenant qu’il faut agir ».

Salomon, fonctionnaire, vote en dépit de son soutien au Parti socialiste. Mais un candidat lui plait plus que les autres. « Bruno Le Maire est jeune, brillant, et il n’a pas de casseroles aux fesses. Il se dégage de lui une forme d’honnêteté ». Quant à Sylvain, croisé non loin du bureau de vote, cadre dans une compagnie d’assurances et dont le dernier vote à droite remonte pour lui aussi à Chirac 2002, il hésite encore à prendre un bulletin ce dimanche. Finalement il a pris sa décision, en me montrant une pièce de deux euros. « A bien y réfléchir, je préfère la jeter dans le caniveau que leur donner ». Voter dans le caniveau, une forme bien imagée d’abstention…

Idir HOCINI

 

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